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Le Vieil homme et la guerre

John SCALZI

Titre original : Old Man’s War
Cycle : Le Vieil homme et la guerre vol.

Traduction de Bernadette EMERICH
Illustration de Didier FLORENTZ
L'ATALANTE, coll. La Dentelle du Cygne n° (160)
Dépôt légal : janvier 2007
384 pages, catégorie / prix : 5
ISBN : 978-2-84172-356-0   
Genre : Science Fiction 



    Quatrième de couverture    
     J'ai fait deux choses le jour de mes soixante-quinze ans : je suis allé sur la tombe de ma femme. Puis je me suis engagé.
     A soixante-quinze ans, l'âge requis, John Perry n'est pas le seul à intégrer les Forces de défense coloniale, billet pour les étoiles, mais sans retour. Rien ne le retient plus sur Terre. Combien d'années peut-il espérer vivre ? S'engager, c'est protéger l'expansion de l'humanité dans la Galaxie, retrouver une seconde jeunesse et, à l'issue du service, obtenir le statut de colon sur une planète nouvelle. Mais qu'advient-il réellement de ces recrues ?
     Dans la lignée de Starship Troopers de Robert Heinlein et de La guerre éternelle de Joe Haldeman, John Scalzi, pour son premier roman, a été finaliste du prix Hugo et a obtenu le prix Campbell du meilleur nouvel auteur de s.-f.

 
    Critiques    
     Que faire à soixante-quinze ans ? Attendre plus ou moins sereinement la mort, dans un corps décrépi qui vous lâche chaque jour un peu plus ? Ou s'engager comme simple soldat dans les Forces de Défense Coloniale afin de partir dans l'espace et d'y obtenir une « seconde chance de mourir jeune » ?
     Car les FDC bénéficient de technologies avancées qu'elles refusent de partager avec la Terre. Elles peuvent notamment vous rendre votre jeunesse — ou tout au moins « une » jeunesse — en échange d'un service militaire de deux à dix ans, auquel vous avez bien sûr toute chance de ne pas survivre.

     Dans la première partie de ce roman, nous faisons connaissance avec John Perry, un sympathique vieillard qui s'apprête à partir pour les étoiles. Un départ définitif puisque, déclaré légalement mort, il ne pourra jamais revenir sur cette Terre où, de toute façon, il n'a plus rien à espérer. Avec quelques nouveaux amis — qui se nomment eux-mêmes les Vieux Cons — , John va faire mieux que rajeunir : il va devenir un homme modifié, amélioré, à la peau verdie par la chlorophylle, aux veines emplies d'un SangmalinTM bien plus performant que le sang commun. Plus puissant, des sens aiguisés, des yeux de chat, un ventre plat... Un surhomme, certes, mais peut-être plus tout à fait humain.
     Dans la deuxième partie, le nouveau John, autrefois un pacifiste militant, se voit enfin confronté au monde militaire. L'entraînement, d'abord, avec un instructeur qui assume en toute conscience son rôle de salopard, puis les premiers combats contre des extraterrestres, toujours plus bizarres et incompréhensibles. Curieusement, John s'adapte parfaitement à sa nouvelle vie, et ce n'est qu'en affrontant une race trop humanoïde à son goût que le doute surgit : « Notre boulot se réduit à aller à la rencontre d'étranges nouveaux peuples, de nouvelles cultures, et de tuer ces fils de pute aussi vite que possible. Nous ne connaissons d'eux que ce qui est nécessaire pour les combattre. [...] Je n'éprouve aucune horreur de mes actes. Et ça me terrorise. Ce que ça signifie me terrorise. J'écrase tous les habitants de cette ville sous mes pieds comme un monstre. Et je commence de penser que c'est précisément ce que je suis. Ce que je suis devenu. Je suis un monstre. » (p.231) Pourtant, la crise de conscience sera brève, et la diplomatie une solution alternative rapidement écartée.
     Enfin, au cours de la troisième partie, John va transitoirement intégrer les forces spéciales, les « brigades fantômes », dont les soldats sont, à l'instar de la créature de Frankenstein, « faits de morceaux de morts » (p.343) et ne connaissent aucun autre mode de vie que le combat perpétuel. Il y trouvera un amour bien inattendu...

     Tour à tour, ce premier roman de John Scalzi évoque le film Cocoon, le Homme-plus de Pohl, ou bien sûr La Guerre éternelle et Starship troopers, cités en quatrième de couverture. Pourtant, le ton est indéniablement original. Le point de vue d'un « jeune » héros intérieurement « âgé » change l'optique, en conférant au personnage une sérénité, un relatif fatalisme, une sorte de détachement inhabituel. Pour John, ses nouvelles aventures sont un bonus, un cadeau inespéré, un sursis concédé par la mort. Il n'a rien à perdre et se bat ainsi avec l'énergie de quelqu'un qui a déjà connu la vieillesse et qui préfère mourir jeune plutôt que de revivre cela. Cet aspect est troublant, car on ne sait plus bien si le propos se veut militariste ou anti-militariste. Une chose est sûre, une quelconque entente entre les races de l'univers est impossible : la guerre permanente et l'annexion incessante de nouvelles colonies paraissent les seules options permettant à l'humanité de survivre au milieu de cette jungle spatiale — où l'Homme est sans doute l'une des créatures les plus redoutables.
     Une seconde chose est sûre : Le Vieil homme et la guerre se montre captivant de bout en bout. Humour, mélancolie, action et exotisme se conjuguent à merveille pour soutenir un intérêt sans faille. Des questions classiques de la SF — à partir de quand un homme modifié n'est-il plus humain ? comment faire face à l'Autre ? un clone peut-il vivre détaché de son Moi antérieur ? — sont revisitées avec talent dans ce roman aussi efficace et prenant que nombre de classiques. Bien que le thème central soit la guerre, ce livre est à lire même — surtout ? — si l'on n'est pas un amateur de space operas militaires.


Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 18/3/2007 nooSFere


[Critique commune aux deux premiers romans du cycle]

          S'engager dans l'armée à soixante-quinze ans, alors qu'on a toujours été anti-militariste, relève forcément de motifs qui n'ont rien à voir avec les guerres que l'humanité en expansion mène dans la Galaxie contre diverses espèces extraterrestres. John Perry, à présent veuf, ne désire pas connaître le naufrage de la vieillesse : contre deux ans de service dans les Forces de défense coloniale, l'armée promet de lui rendre la jeunesse puis de l'expédier en « retraite » sur une colonie, le retour sur Terre étant interdit.

     En fait de rajeunissement, John Perry reçoit un nouveau corps, cloné lors de l'engagement selon des méthodes de croissance accélérée et amélioré génétiquement : dans ses veines coule le SangmalinTM, qui donne une couleur verte à sa peau et assure une oxygénation optimale, et son esprit dialogue avec AmicerveauTM, un ordinateur jouant le rôle de pager mais aussi d'interface avec le corps, décuplant par exemple les capacités de réaction ou de précision.

     Le temps de tester leur nouvelle enveloppe très performante avec des partenaires sexuels, les nouvelles recrues commencent un entraînement qui relativise l'excellence de ces formations. Les premiers combats achèvent de détruire les illusions. Il apparaît vite que l'engagement de deux ans n'a plus cours en temps de guerre ; or, les Terriens, non seulement sont engagés dans nombre de conflits, mais ne font rien pour y mettre fin : aucune négociation n'a jamais été envisagée, pas plus qu'on n'a tenté de comprendre le point de vue de l'ennemi. L'humanité se contente de poursuivre une politique d'expansion agressive sans pitié, ni stratégie élaborée pour limiter ses pertes. Le simple fait d'envisager une entente est considéré comme un acte de trahison. John Perry, qui a révélé, contre toute attente, un sens militaire lui valant de monter en grade, se demande quelle part d'humanité conservent en eux des soldats génétiquement améliorés et à l'esprit assisté par leur AmicerveauTM, capables de piétiner des êtres évolués hauts de cinq centimètres comme s'il s'agissait de fourmis. C'est ce type de questions éthiques et philosophiques que pose le premier volume — questionnement souligné par un sens de la dérision et un humour très second degré complètement gâché en VF par une traduction inepte. Des propos qui ne renouvellent pas ceux de La Guerre éternelle, le roman de Joe Haldeman auquel on ne peut s'empêcher de penser, Starship Troopers (de Robert Heinlein) étant l'autre référence qui vient à l'esprit ; le présent roman condense au contraire l'ensemble des préoccupations liées à ce type d'histoire, d'une manière fort habile, tout en développant un récit passionnant sans aucun temps mort.

     Ces interrogations sont accentuées par la révélation d'escadrons fantômes encore plus déshumanisés. En effet, l'armée dispose malgré tout des candidats à la vie militaire qui seraient décédés avant leur incorporation : elle les clone et y introduit un esprit entièrement conçu pour la guerre. S'agit-il encore d'humains ? On comprend le secret entourant ces Brigades fantômes : comment réagir face à l'enveloppe physique de son épouse devenue une machine à tuer ? L'amélioration du processus conduit, dans le second volume, à disposer de soldats d'élite à peine nés : il est déstabilisant de croiser des individus apte à parler une minute après leur naissance, à marcher deux minutes plus tard et à mener l'interrogatoire d'un ennemi au bout de quinze jours. Pour beaucoup, un soldat des Brigades fantômes n'est qu'un Amicerveau logé dans un support biologique, qui est d'ailleurs transformé en engrais si l'esprit qui l'occupait a été transféré dans un autre corps.

     L'un d'eux, Jared Dirac (tous portent des noms de scientifiques), a en outre reçu un second esprit, celui de Charles Boutin dont il est déjà le clone, un scientifique de la Recherche militaire accusé d'intelligence avec l'ennemi pour avoir donné aux Rraeys des informations sur l'Amicerveau. L'armée pense que si les Rraeys s'allient avec les Eneshans et les Obins, forçant l'humanité à combattre sur trois fronts à la fois, c'est grâce au rôle joué par Boutin. Pour maquiller sa fuite, Boutin a transféré son esprit dans un clone qu'il a abattu. Une prouesse dans la mesure où le transfert d'esprit ne pouvait s'effectuer que d'un corps à l'autre avant que le savant ne réussisse à stocker la conscience sur un support numérique. C'est parce qu'il n'a pas eu le temps de vider la mémoire de celui-ci que son esprit est une nouvelle fois transféré dans le corps du soldat Jared, soumis à haute surveillance en lisant ses pensées par le biais des Amicerveaux, une possibilité qu'on avait cachée aux soldats pour ne pas les inquiéter ; on espère qu'il retrouvera ainsi quelques-unes des informations permettant de savoir où Boutin se cache et connaître surtout la nature du complot ourdi contre les Terriens. Au fur et à mesure qu'il retrouve la mémoire de son hôte, Jared gagne en humanité en même temps qu'il devient apte à juger sa hiérarchie, laquelle n'a pas hésité, pour obtenir des renseignements, à inoculer à un extraterrestre prisonnier un poison nécessitant la prise d'un antidote à vie.

     John Scalzi franchit, dans Les Brigades fantômes, un cran supplémentaire dans la perte d'humanité, du point de vue physique comme du point de vue moral. D'épineuses questions éthiques sur la légitimité de la violence, la définition de l'humain ou le contrôle d'autrui continuent d'être posées à travers ce roman fort prenant qui n'a jamais perdu de vue la dimension aventureuse de son récit ni l'indispensable touche d'humour. Même le projet de Boutin ressasse ces interrogations selon des perspectives inédites.

     Pour Le Vieil homme et la guerre, son premier roman, John Scalzi a reçu le prix Campbell et a été nominé au Hugo. Des récompenses bien méritées, ce diptyque temporaire se révélant passionnant de bout en bout. En attendant la traduction du troisième opus de cette saga, The Last Colony, tout en priant pour que l'éditeur nous épargne cette fois une traduction de Bernadette Emerich.

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/11/2007 dans Bifrost 48
Mise en ligne le : 15/12/2008


[Critique commune aux deux premiers romans du cycle]

     Expansion humaine

     A 75 ans, après s'être rendu sur la tombe de sa femme, John Perry va s'engager dans l'armée. Les forces de défense coloniales disposent en effet d'une technologie qui permet, semble-t-il, de rajeunir le corps. Avec une vie entière derrière soi, mourir au combat contre les extraterrestres les plus divers ne paraît plus si dramatique. Par son incongruité, le début du récit de John Scalzi, Le Vieil homme et la guerre, donne vraiment envie d'en savoir plus.
     La vérité se révèlera bien sûr plus complexe et encore plus incroyable. C'est ainsi que le héros des Brigades fantômes, Jared, est un clone né d'une cuve et son esprit n'est pas le sien.
     Les deux récits de John Scalzi modernisent le mythe de Frankenstein dans un environnement de Space opera typique du genre : en pleine expansion à travers les étoiles, l'humanité se heurte à des extraterrestres guerriers aux motivations diverses. A l'image du film Starship Troopers, ces romans peuvent se lire au premier ou au second degré. Au premier, récit de batailles et impérialisme américain triomphant ; au second, réflexion sur la conscience et l'âme. L'originalité du ton rend ces deux romans étonnants.

Jean-François THOMAS (lui écrire)
Première parution : 26/9/2008 24 heures
Mise en ligne le : 15/12/2008


 

 
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