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La Théorie des cordes

José Carlos SOMOZA

Titre original : Zigzag
Traduction de Marianne MILLON
ACTES SUD, coll. Lettres hispaniques
Dépôt légal : mars 2007
528 pages, catégorie / prix : 23 €
ISBN : 978-2-7427-6669-7   
Genre : Science Fiction 



    Quatrième de couverture    
     LE POINT DE VUE DES EDITEURS

     Isolée sur un atoll de l'océan Indien, la fine fleur de la physique mondiale est en quête du Graal. Elle œuvre à un ambitieux projet fondé sur la théorie des cordes, qui permettrait d'ouvrir le temps. S'ils parviennent avec ravissement à contempler le passé de l'humanité — la crucifixion du Christ ou la terre à l'ère jurassique — , les scientifiques perçoivent rapidement que ce programme, financé par de mystérieux fonds privés, pourrait connaître des applications moins angéliques. Un drame conduit à la suspension immédiate des recherches, dispersant aux quatre vents les apprentis sorciers.
     Dix ans plus tard, dans une université de Madrid, Elisa Robledo déplie un journal pour étayer une thèse de physique théorique. Une fraction de seconde lui suffit à comprendre qu'elle est en danger de mort.
     Aux côtés d'un confrère, depuis toujours intrigué par la modestie des aspirations professionnelles de la séduisante physicienne au regard de son cursus académique, Elisa et ses anciens acolytes retournent aux origines de la tragédie, sur cet îlot où ils avaient profané le temps.
     Intensité, profondeur, puissance narrative : José Carlos Somoza porte les énigmes de la physique au cœur d'un roman dont l'efficacité fait frémir.

     José Carlos Somoza est né à La Havane en 1959 et vit à Madrid. Ses ouvrages : La Caverne des idées (Actes Sud, 2002, et Babel n° 604), Clara et la Pénombre (Actes Sud, 2003, et Babel n° 669) et La Dame n° 13 (Actes Sud, 2005, et Babel n° 793) sont traduits dans le monde entier.

 
    Critiques    
     Un vrai roman de hard S-F publié chez Actes Sud, voilà qui surprend. A y regarder de plus près, c'est toutefois assez logique : l'œuvre de José Carlos Somoza y est intégralement éditée et l'imaginaire de ce madrilène d'adoption (trop) peu connu en France n'a cessé de dériver lentement d'un fantastique nourri de références littéraires vers un fantastique de plus en plus crédible clairement orienté science-fiction. Après l'excellent La Caverne des idées et quelques autres de la même trempe, où l'érudition permet de tordre le mythe, Somoza s'attaque à un autre mythe, plus moderne, celui-ci, la théorie des cordes. Dans une histoire impeccablement traitée qui ne déparerait pas en « Lunes d'encre » ou en « Rendez-vous ailleurs », l'auteur s'offre le luxe de jouer avec le temps (entendre, sa « dimension physique ») tout en accouchant d'un thriller horrifique des plus prenants. Malgré une quatrième de couverture inepte probablement rédigée par un stagiaire aveugle sans doute intellectuellement trop élevé pour s'abaisser à lire un livre pas sérieux, La Théorie des cordes s'impose comme le meilleur roman écrit sur la question. Avec une plume fluide et parfois hard-boiled (servie par une traduction des plus correctes, malgré quelques erreurs de débutants qui énervent le lecteur hispanisant), Somoza navigue entre plusieurs époques. 2015, tout d'abord, ou une (encore jeune) physicienne illustre la théorie des cordes devant un parterre d'étudiants avachis en dépliant une feuille de papier journal, acte anodin qui lui révèle et confirme une horreur sans nom, et 2005 avant tout, où la même (toute jeune) physicienne est enrôlée par l'illustre professeur Blanes, seul espagnol nobélisable, dont le travail tourne autour de sa propre théorie des cordes, la théorie du séquoia. Entre ses deux dates, l'inavouable s'est produit, et il faut maintenant comprendre exactement ce qui s'est passé.

     Admirablement découpé, le scénario de La Théorie des cordes renvoie le plus machiavélique des scénaristes hollywoodiens chez sa mère et déroule sa ligne narrative apparemment sans heurt, se contentant d'offrir le minimum à un lecteur de plus en plus secoué par l'épouvante que subissent les protagonistes principaux. Retour en arrière (2005, donc), où une station scientifique spécialement conçue pour le professeur Blanes avec des fonds privés plutôt louches entre en fonction sur un minuscule atoll de l'océan Indien. Dans le plus grand secret, plusieurs physiciens brillants arrivent sur l'île, dont la jeune Elisa qui joue malgré elle le rôle de personnage principal. Mais la physique n'est pas tout. Deux paléontologues et un psychologue théologien accompagnent l'équipe. C'est qu'il s'agit ici de contempler des images du passé, arrachées au temps via un processus effroyablement compliqué (et intelligemment décrit, d'ailleurs, même s'il reste imbitable pour le néophyte). Images du quaternaire ou image de la Jérusalem de l'an 33, comme vue depuis un satellite des plus modernes... Seul hic, l'Impact, ce choc psychologique inattendu et néfaste qui perturbe profondément l'esprit de ceux qui voient de telles images. Un choc violent qui fait craquer les nerfs des plus solides caractères et qui vaut à la petite équipe d'être traitée comme des pestiférés potentiels par la société qui finance toute l'opération. Si les choses semblent se dérouler correctement, Elisa commence à éprouver d'étranges sensations. Bientôt, des rêves l'assaillent, des rêves horriblement violents et sexuels dans lesquels elle sert d'esclave à une ombre dont seuls les yeux blancs sont visibles. Et quand un drame se produit sur l'île, c'est toute l'expérience qui cesse brutalement et qui dissémine les scientifiques aux quatre coins du monde. 2015, Elisa Robledo constate que la mort effroyable de certains de ses ex-collègues ne peut être le fruit du hasard. Quelqu'un ou quelque chose les élimine. Mais pourquoi ? Ne serait-ce pas simplement la folie qui les guette tous ?

     Plongée psychanalytique dans l'univers des Dix petits nègres à la sauce Planète interdite, le roman de Somoza se dévore d'une traite et horrifie peu à peu son lecteur avec ses descriptions impeccables et cette sensation d'angoisse étonnamment bien rendue. Sexe, mort, tourments de l'inconscient et surprenante illustration d'une théorie physique séduisante, La Théorie des cordes fourmille d'idées géniales. Géniales, car elles n'inventent rien (ou si peu), mais recyclent avec bonheur l'histoire classique de la noirceur humaine. Ajoutez à cela quelques gouttes du meilleur des romans à suspense, et vous obtenez un livre d'une exceptionnelle facture, à découvrir au plus vite. Espérons qu'il ne passera pas inaperçu dans la petite communauté des lectrices et lecteurs de S-F.

Patrick IMBERT
Première parution : 1/4/2007 dans Bifrost 46
Mise en ligne le : 8/9/2008


 

 
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