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Je suis ta Nuit

Loïc LE BORGNE



Illustration de François DAMVILLE

INTERVISTA , coll. 15 - 20 n° 2
Dépôt légal : mars 2008
Roman, 370 pages
ISBN : 978-2-910753-81-8   
Genre : Fantastique



    Quatrième de couverture    
     Eté 1980, dans un village de Bretagne... Ils sont six copains, inséparables, rêvant à Star Wars, Goldorak et aux filles. Lors d'une partie de casse-bouteilles, ils découvrent le cadavre mutilé d'un vagabond. C'est le début d'une cascade d'évènements terrifiants, mystérieux, dont les enfants sont l'épicentre. La peur s'installe dans le village et peu à peu, la bande comprend qu'une force maléfique rôde et qu'elle cherche à les détruire. Le Mal est-il de retour ?

     Un roman sur la chute des illusions de l'enfance, décrite ici avec une intense puissance d'évocation, qui est aussi un grand roman d'angoisse, dans l'esprit de Ça de Stephen King.

    Cité dans les pages thématiques suivantes :     
 
    Critiques    
     Je suis ta nuit, le nouveau titre de Loïc Le Borgne, paru dans la collection 15-20 des Éditions Intervista, retient l'attention par sa formulation. Comment peut-on être la nuit de quelque chose ou de quelqu'un ? Faut-il chercher ailleurs que dans une simplissime connaissance physique et revenir à la nuit, source de terreur et d'angoisse inscrite profondément dans nos gènes ? Pour des milliers de générations ce phénomène, inconnu et effrayant, a généré tant de peurs et donné naissance à tant de récits, plus horrifiques les uns que les autres. Certes, il y avait matière à angoisser ! Je suis ta nuit prend ainsi une autre dimension, s'apparente à un autre univers fait de menaces et de dangers, se rapproche alors de la notion de péril, de prédation.
     L'auteur dévoile ce qui, dans son récit, représente l'épouvante. Il s'agit du Bonhomme Nuit, « Un monstre qui, avec son regard mort d'épouvantail, fauchait les gosses comme on joue aux quilles. » Le propos est placé ! Le cadre est tracé et les éléments constitutifs d'un climat d'horreur peuvent s'imbriquer.

     Le roman relate les souvenirs d'un père qui, face à un fils confronté pour la première fois à la mort d'un être proche, se remémore les circonstances qui l'avaient placé dans la même situation.

     Dans une petite ville bretonne, les Grandes Vacances commencent dans la joie pour une bande de six enfants de dix à onze ans. Mais quand le petit groupe découvre un cadavre mutilé, c'est le début d'une vague d'événements d'abord étranges, puis de plus en plus terrifiants jusqu'à...

     L'auteur joue avec nombre de concepts du genre littéraire, en particulier avec toutes les variations, avec toutes les possibilités offertes par le noir, la couleur symbole de mort et de deuil. Il met, au service de son histoire, cette angoisse devant le noir, la nuit, la source de dangers et de terreurs. Il s'approprie nombre de symboles horrifiques tels que la possession psychique, la mutilation, la folie, le décalage entre une réalité quotidienne relativement paisible et l'intrusion d'une force maléfique impalpable. Avec ces données, il construit une histoire pour une collection destinée à un public de jeunes adultes, dont l'objectif, selon Denis Guiot l'un des directeurs littéraires, est de : « ...proposer des romans en prise directe avec les grands enjeux de notre société, des romans pour rêver et prendre conscience, des romans d'apprentissage où les héros devront « mouiller leur chemise », des romans écrits dans une langue claire, dynamique et naturelle. »
     Plaçant son intrigue, par la logique de celle-ci, au début des années 80, il fait donner par ses personnages nombre de références de cette époque, appuyant particulièrement sur Star Wars (un choc « culturel » et commercial lors de sa sortie), sur l'essor de la télévision auprès du public jeune avec des dessins animés où se détachait la série Goldorak.

     Mais outre son contenu horrifique, l'intérêt du livre réside dans l'observation du monde de l'enfance, puis dans la désagrégation de cet univers quand il est confronté à celui de l'âge adulte. L'auteur nous invite à suivre l'évolution du héros qui prend conscience de la réalité ; celle-ci n'est pas ce havre protégé par des parents qui écartent les dangers et ces derniers (à travers l'histoire de Maël) peuvent aussi être défaillants, aussi perdus et malmenés qu'un enfant par l'existence.
     Il reprend, avec justesse, la nature même de l'enfance où le temps n'a pas la même dimension qu'à l'âge adulte, où les décors et l'environnement sont plus vastes. Il use également de la capacité d'un enfant qui, passionné par un sujet, peut l'évoquer des dizaines de fois dans la même journée.

     Avec Je suis ta nuit, Loïc Le borgne fait un traitement novateur d'un thème déjà bien exploité, avec une intrigue qui maintient un bon niveau de tension.


Serge PERRAUD
Première parution : 28/4/2008 nooSFere


     Parce qu'une amie de son fils s'est suicidée, son père lui écrit une longue confession, racontant son enfance dans un village breton des années 80, enfance placée sous le signe de Goldorak et de La Guerre des étoiles. Sa bande de copains, dont une fille aux allures de garçon manqué, venait de s'agrandir cette année d'une nouvelle recrue, Maël, qui vit seul avec sa mère. Ils sont victimes et témoins d'événements de plus en plus oppressants, comme l'attaque d'un corbeau, la menace d'un chien, la découverte d'un cadavre amputé de ses doigts, sa langue et son sexe ; un point commun : la couleur noire, notamment les yeux des animaux devenus féroces, voire des humains quand les voisins se montrent soudainement menaçants envers les enfants et la mère du narrateur. Alors que les vacances finissent par tourner au cauchemar, Maël explique que son père a disparu subitement, pourchassé par le Bonhomme Nuit, et que ce croquemitaine est certainement de retour.

     Effectivement, les menaces se précisent, le Monstre s'incarnant de plus en plus souvent dans l'entourage de la bande. Les enfants savent qu'ils doivent agir vite, mais le Bonhomme Nuit les prend de vitesse. Maël disparaît, Mélanie est grièvement blessée, d'autres enfants meurent...

     Il est rare de tuer des adolescents dans les romans pour la jeunesse. Loïc Le Borgne confronte ses personnages à ces disparitions brutales qui marquent de jeunes esprits. En outre, dans la seconde partie du roman, il dévoile progressivement la nature du monstre. Le narrateur apprend, au cours de son enquête pour retrouver Maël, que le Bonhomme Nuit est la métaphore d'une réalité autrement plus horrible qu'un croquemitaine ancré dans l'imaginaire enfantin...

     Avec ce roman, l'auteur marche sur les traces du Stephen King du Fléau et de Ça : on y retrouve la même évocation émerveillée de l'enfance, et on tremble de même devant un croquemitaine effrayant. Le roman fait aussi penser à Nuit d'été de Dan Simmons. Le thème de la perte de l'innocence est ici traité avec brutalité et sensibilité à la fois. Les frissons sont en tout cas garantis : Loïc Le Borgne a le sens du suspense et sa narration est très bien menée. Après son agréable trilogie de science-fiction dans la collection « Autres Mondes » chez Mango (alors dirigée par Denis Guiot, le même qu'on retrouve à la tête de cette toute nouvelle collection jeunesse « 15-20 », chez Intervista), il s'impose définitivement comme un auteur à suivre.

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/7/2008 dans Bifrost 51
Mise en ligne le : 21/9/2010


 
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