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La Dernière flèche

Jérôme NOIREZ

Fantastique  - Illustration de Didier GRAFFET
MANGO Jeunesse, coll. Mondes imaginaires, dépôt légal : avril 2010
360 pages, catégorie / prix : 17 €, ISBN : 978-2-7404-2722-4
Couverture   verso

    Quatrième de couverture    
     Angleterre, avril 1212.

     Diane de Loxley est une adolescente belle et farouche, au caractère trempé comme l'acier. Ses mots touchent leur cible aussi sûrement qu'une flèche. Rien d'étonnant quand on est la fille de Robin des Bois. Mais il est difficile d'être l'héritière d'une légende, d'un homme meurtri par la mort de son épouse, la célèbre Marianne.
     Diane veut de l'action, Londres va la lui fournir. La cité tentaculaire, pleine de bruits et de fureurs, est contrôlée par de ténébreux démons. Afin de les combattre, la fille de Robin devra s'associer avec le séduisant et mystérieux prince des mendiants, et rassembler les anciens compagnons de Sherwood. Sans compter un allié inattendu, l'ennemi intime de son père, le terrible shérif de Nottingham...

PARCE QUE LES LÉGENDES
NE MEURENT JAMAIS

 
    Critiques    
     Alors que le film de Ridley Scott avec Russell Crowe sort sur les écrans, Jérôme Noirez nous livre sa vision de Robin des Bois. Dans ce roman, le seigneur de Loxley, qui élève seul sa fille Diane depuis le décès de Marianne, décide de se rendre à Londres pour s'occuper de ses affaires, mais aussi pour changer les idées de Diane. Celle-ci est en effet en pleine crise d'adolescence, rebelle à l'autorité parentale, et ceci d'autant plus que son père n'est selon elle guère conforme à sa légende. Elle envisage avec horreur d'aller à Londres, même si Will l'écarlate les reçoit avec bonheur. Toutefois, la ville bruyante et malodorante va vite devenir un terrain de jeux pour la jeune fille, confrontée à une menace démoniaque qui pèse sur la ville. Diane saura-t-elle déjouer le complot ? Parviendra-t-elle à gagner la confiance du prince des mendiants, et à redorer le blason des compagnons de Sherwood, qui, à des degrés divers, ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes ?

     C'est à une passionnante relecture du mythe de Robin des Bois que nous convie ici Jérôme Noirez. On pourrait trouver facile le procédé de prendre pour protagoniste la fille du légendaire personnage, mais force est de constater que ça fonctionne. Cela tient tout d'abord au décor : le Londres du XIIIe siècle est ici particulièrement crédible. Jérôme Noirez sait utiliser le détail qui sonne juste, comme par exemple les instruments de musique de l'époque — rappelons à ce titre que l'auteur est spécialiste de la musique médiévale. Les personnages sont également bien campés, tous crédibles, même s'ils n'ont qu'une petite partition à jouer ; mention spéciale au shérif de Nottingham, remarquablement bien travaillé.

     Le roman est rythmé en diable, ne mollit jamais, et fait la part belle aux actes héroïques, dans la plus pure tradition de Robin des Bois — il y a notamment un certain nombre de clins d'œil, comme par exemple la façon de pénétrer dans la demeure d'un des nantis (par les airs). Saupoudrez d'une bonne dose d'humour lié à la truculence des personnages, et vous comprendrez que ce livre se dévore d'une traite.

     Mais il s'agit quand même d'un texte signé Jérôme Noirez. Et l'univers de l'auteur est pour le moins, comment dire... torturé. Aussi ne pouvait-il écrire une histoire à la Walt Disney : La Dernière flèche baigne dans une ambiance très sombre, voire maléfique. Ville bruyante, malodorante, Londres est aussi le théâtre d'actes violents, contre nature ; elle croule également sous la misère. Noirez ne se contente pas, au prétexte qu'il écrirait pour la jeunesse, d'en livrer une version édulcorée. Après tout, Londres au XIIIe siècle ne devait pas sentir la rose, loin de là. Au contraire, il nous met le nez dans la fange, afin que l'on s'imprègne des remugles de la pauvreté ou de l'âme humaine. Les légendes ne seraient pas ce qu'elles sont si elles ne côtoyaient la laideur, voire ne naissaient de cette dernière. En fait, si écriture pour jeunesse il y a, il faut moins la chercher du côté de la thématique que de la facilité de lecture, du fait d'une intrigue linéaire sans réelle surprise — une simplicité qui sert parfaitement le propos.

     La thématique de La Dernière flèche, ce sont bien évidemment les légendes qui, selon la quatrième de couverture, « ne meurent jamais ». Robin des Bois n'est plus que l'ombre de lui-même ? Qu'importe, sa fille prendra le relais, et saura bâtir à son tour un mythe ; le roman se pare alors d'une bien belle réflexion sur la filiation, rendue encore plus difficile par la personnalité du père. Et l'adolescente rebelle, qui raisonne surtout en fonction de ses envies, va peu à peu s'ouvrir à son entourage et passer à l'âge adulte, même si cela ne se fera pas sans douleur — on aura rarement vu livre pour la jeunesse où les menstrues sont décrites aussi crûment.

     Bref, à plus d'un titre, La Dernière flèche est un splendide roman, qui confirme si besoin était encore que Jérôme Noirez est un écrivain talentueux, capable de passer de la littérature adulte à celle pour la jeunesse sans trahir son propos. Et de s'approprier un mythe qu'on n'aurait pas nécessairement imaginé très soluble dans l'univers de l'auteur. Une bien belle réussite.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 1/7/2010
dans Bifrost 59
Mise en ligne le : 29/11/2012


     Robin des Bois, vingt ans après... le temps a passé, et les exploits des hors-la-loi de la forêt de Sherwood ne sont plus désormais qu'un lointain souvenir pour ceux qui les ont vécus. Frère Tuck a renoncé aux plaisirs de la bonne chère et mène à présent une vie d'ermite. Will l'écarlate est devenu charcutier. Petit Jean, accusé du meurtre de sa femme enceinte, attend dans une geôle sordide que sa sentence de mort soit prononcée. Quant à Robin de Loxley, il porte le deuil de l'amour de sa vie, Marianne, et s'occupe seul de l'éducation de Diane, sa fille unique. Laquelle Diane, âgée à présent de quinze ans, mène une vie à ce point terne et sans surprises qu'elle envisagerait presque sérieusement d'entrer au couvent. Jusqu'à ce qu'un voyage à Londres en compagnie de son père ranime enfin la flamme de l'aventure.

     Début 2010, au moment où, dans les salles obscures, Ridley Scott revenait aux origines du mythe de Robin des Bois, Jérôme Noirez choisissait de son côté de le prolonger, et de montrer comment, malgré les années qui passent, les légendes ne meurent jamais. De fait, s'il fallait trouver un équivalent cinématographique à ce roman, on penserait plutôt à La Fille de D'Artagnan, de Bertrand Tavernier. Il y a dans ces deux œuvres une volonté comparable de rendre hommage à tout un pan de la culture populaire.

     C'est donc Diane de Loxley qui tient le premier rôle dans La Dernière flèche, tandis que son père, frappé par un mal mystérieux, se tient en retrait d'une grande partie de l'action. C'est à travers son regard innocent de jeune fille de la campagne que l'on découvre une Londres grouillante, écœurante, fascinante et mortellement dangereuse. Comme à son habitude, Jérôme Noirez parvient à décrire de manière extrêmement précise et vivante le cadre historique dans lequel il situe son récit, sans jamais l'alourdir de longs passages didactiques. Ce n'est pas la moindre de ses qualités.

     Robin des Bois a beau avoir depuis belle lurette remisé au placard arc et carquois, son souvenir demeure vivace chez certains. Diane va en prendre conscience en rencontrant un jeune homme énigmatique, Tredekeiles, qui va lui faire découvrir les bas-fonds de Londres et les hommes qui luttent à ses côtés pour perpétuer le combat de son père. Mais c'est de manière plus insidieuse que la légende va petit à petit prendre pied dans le récit, s'intégrer dans son décor urbain et donner une tournure plus fantastique au roman. Car l'histoire de Robin est intrinsèquement liée à la forêt de Sherwood, ce que les Londoniens vont découvrir avec stupéfaction.

     Et puis, une aventure de Robin des Bois ne serait pas envisageable sans la présence du shérif de Nottingham. Il est bien là, mais dans un rôle plutôt inattendu. Si sa haine pour son vieil ennemi n'a pas faibli, il éprouve en revanche des sentiments bien plus tendres envers Diane, en qui il croit retrouver sa fille disparue prématurément. D'où le comportement ambigu et parfois contradictoire qu'il va jouer tout au long du roman.

     Qu'il s'amuse à mettre en scène les truculents compagnons de Robin ou qu'il expose les côtés les plus abjects de la vie londonienne du XIIIe siècle, qu'il s'intéresse aux premiers émois amoureux de sa jeune héroïne ou qu'il la projette au cœur des combats, Jérôme Noirez se montre d'une inspiration et d'une maîtrise égales. La Dernière flèche constitue ainsi un divertissement de choix, à la fois hommage intelligent aux œuvres qui l'ont inspiré et roman d'aventures trépidant.

Philippe BOULIER
Première parution : 1/10/2011
dans Bifrost 64
Mise en ligne le : 20/2/2013


 
Base mise à jour le 9 septembre 2017.
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