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Itinéraires Nocturnes

Tim POWERS


Traduction de Jean-Pierre PUGI
Illustration de Martine FASSIER

DENOËL (Paris, France), coll. Lunes d'Encre n° (125)
Dépôt légal : février 2011
Recueil de nouvelles
ISBN : 978-2-207-26036-4   
Genre : Imaginaire



    Quatrième de couverture    
     Mondialement connu pour ses romans tels que Les Voies d’Anubis, Le Poids de son regard et Les Puissances de l’invisible, Tim Powers a publié au cours de sa carrière une douzaine de nouvelles (dont trois en collaboration avec son ami de longue date James P. Blaylock). Des textes courts, tous au sommaire du présent ouvrage, sur lesquels l’influence de Philip K. Dick (dont Tim Powers fut un ami proche) est indéniable. On retrouve dans ces nouvelles les thèmes de prédilection de l’auteur : les fantômes, la poésie du XIXe siècle, l’alcool (qu’on n’appelle pas « spiritueux » par hasard), la mystique chrétienne, la nature de la réalité, les manipulations temporelles, l’immortalité. Lire cette facette de Tim Powers, son art de la miniature, c’est découvrir une Californie inquiétante, hantée par des forces occultes contre lesquelles il est presque toujours inutile de lutter, une Californie tissée de fantômes et de malédictions, dans laquelle temps et réalité dérapent volontiers, parfois au même carrefour ou quand souffle le Santa Ana, le vent du désert.

     Né à Buffalo, État de New York, en 1952, Tim Powers a presque toujours vécu en Californie. Son dernier roman paru en France est À deux pas du néant (Denoël, 2008).

    Sommaire    
1 - Vers le bas de la colline (The Way Down the Hill), pages 7 à 36, nouvelle, trad. Jean-Pierre PUGI
2 - Turbulences (Night moves), pages 37 à 65, nouvelle, trad. Jean-Pierre PUGI
3 - James P. BLAYLOCK & Tim POWERS, La Better Boy (The Better Boy), pages 67 à 96, nouvelle, trad. Jean-Pierre PUGI
4 - James P. BLAYLOCK & Tim POWERS, Par longs chemins (We Traverse Afar), pages 97 à 107, nouvelle, trad. Jean-Pierre PUGI
5 - Où Ils se cachent (Where They Are Hid), pages 109 à 139, nouvelle, trad. Jean-Pierre PUGI
6 - Itinéraire (Itinerary), pages 141 à 154, nouvelle, trad. Jean-Pierre PUGI
7 - Au tréfonds de mon être (Through and Through), pages 155 à 169, nouvelle, trad. Jean-Pierre PUGI
8 - James P. BLAYLOCK & Tim POWERS, Cinquante cents (Fifty Cents), pages 171 à 193, nouvelle, trad. Jean-Pierre PUGI
9 - Pat Moore (Pat Moore), pages 195 à 234, nouvelle, trad. Jean-Pierre PUGI
10 - Le Réparateur de bibles (The Bible Repairman), pages 235 à 251, nouvelle, trad. Jean-Pierre PUGI
11 - Une âme dans une bouteille (A Soul in a Bottle), pages 253 à 282, nouvelle, trad. Jean-Pierre PUGI
12 - L'Heure de Babel (The Hour of Babel), pages 283 à 308, nouvelle, trad. Jean-Pierre PUGI
13 - Alain SPRAUEL, Bibliographie des oeuvres de Tim(othy) Powers, pages 309 à 312, bibliographie
 
    Critiques    
     Si Tim Powers est un romancier assez prolifique et bien traduit (douze romans écrits, onze édités en français), il n’en est pas de même pour ses textes courts : sur quinze nouvelles publiées en presque trente ans (soit à peu près le même rythme que Ted Chiang), deux seulement ont paru en France : Itinéraire dans l’anthologie « 999 » et Turbulences sous le titre Itinéraire nocturne dans Bifrost n°50 spécial Tim Powers (les changements de titre au fil des rééditions semblent être un grand jeu mystérieux du monde éditorial pour dérouter le lectorat). La parution de ce recueil de douze récits, dont dix inédits, tient donc de l’évènement pour tout amateur de l’auteur américain. Ne manquera plus alors en français que deux textes signés William Ashbless (pseudonyme commun de Powers et James Blaylock) et une nouvelle sortie mi 2010, bien après la constitution d’Itinéraires nocturnes.

     Mais passons aux textes. Alors que les romans de Powers abordent des genres extrêmement variés (steampunk, cyberpunk, fantastique, piraterie...), une grande unité de ton se dégage de ses nouvelles. L’auteur déclarait dans Bifrost : « Je ne peux toujours pas imaginer une histoire sans y inclure quelque chose du genre fantôme ou machine temporelle ». Ce recueil illustre ses propos : un mélange de fantastique unique à Powers (on imagine facilement que Dick aurait écrit ce genre de texte s’il avait choisi le fantastique) et de science-fiction (principalement du voyage dans le temps).
     Ou ils se cachent nous montre un homme se déplaçant dans le temps pour modifier l’Histoire afin d’améliorer le monde, jusqu’à se croiser lui-même (mais est-ce vraiment lui ?), subissant des effets secondaires hallucinatoires.
     Texte impressionnant aussi bien par son histoire que par sa construction, l’heure de Babel met en scène un groupe de voyageurs venus du futur pour enquêter sur un phénomène mystérieux survenu dans un restaurant.

     Parallèlement à ce mélange fantastique/SF, la religion est l’autre source d’inspiration du recueil. Catholique convaincu, Powers n’hésite pas à mettre sa croyance au service du récit. Ainsi, le réparateur de bible se déroule dans un monde ou la bible est effective : les gens font bruler au fer rouge les passages qui les gênent dans le livre saint pour ne pas lui désobéir, des fantômes hantent vraiment les objets et les spectres des enfants morts sont kidnappés pour toucher une rançon. Au tréfonds de mon être mets en scène un prêtre désabusé enchainant les confessions et distribuant les pénitences de manière désinvolte jusqu’à ce qu’un fantôme vienne plusieurs fois le hanter sur son lieu de travail.

     A coté de l’unité thématique du recueil apparaît aussi une unité de ton : Powers n’a pas son pareil pour créer en quelques mots des ambiances troubles, où le caractère terre-à-terre des personnages contraste avec la remise en cause de la réalité, où le fantastique surgit de l’anodin (cinquante cents, coécrit avec James Blaylock, est emblématique de ce procédé ; cette histoire aurait pu faire un excellent épisode de twilight zone) et on peut lire plusieurs fois certaines nouvelles sans certitude d’en avoir vraiment tiré la moelle.

     Alors, si deux ou trois textes peuvent paraître anodins (Vers le bas de la colline , une histoire d’immortels voleurs de corps ou la better boy, une nouvelle humoristique à la Rudy Rucker), d’autres (Le réparateur de bible, l’Heure de Babel, Itinéraires) sont tout simplement brillants. La majorité de ce recueil distille un fantastique de haute volée typiquement powersien proche du ton de son roman poker d’âmes qui en fait une lecture hautement recommandable à ceux qui n’ont pas peur d’être dérouté.



René-Marc DOLHEN
Première parution : 15/3/2011 nooSFere


     Sous la belle illustration de Martine Fassier — une boussole où les points cardinaux laissent place à des signes cabalistiques — , ce volume d'une taille raisonnable rassemble bien l'intégrale des nouvelles de Tim Powers : douze textes publiés en vingt-cinq ans. Mais si l'écrivain se montre plus prolifique sur la longue distance du roman, moindre quantité ne rime pas avec piètre qualité, et c'est un superbe recueil que propose Denoël.

     Dès « Vers le bas de la colline », le décor est planté : la Californie de nos jours ou du moins d'une époque parallèle qui ressemble à la nôtre, et une galerie de personnages décalés, présentés de telle sorte que le lecteur les prendra sans doute d'abord pour des vampires. Puis « Turbulences » aborde le thème qui va devenir le plus constant, celui du fantôme, ou pour être moins limitatif, celui de la hantise. « La Better Boy », première de trois collaborations avec l'ami et le collègue de longue date, James Blaylock, poursuit dans la même veine (si l'on peut dire, la Better Boy en question étant... une tomate), tandis que « Par longs chemins », autre nouvelle cosignée, se révèle un étonnant conte de Noël.

     Par parenthèse, Powers ne fait pas mystère de sa foi chrétienne, et celle-ci, plus encore que dans ses romans, je trouve, infuse ses nouvelles et les enrichit de subtile façon (et c'est un agnostique qui parle).

     Les textes se succèdent — je ne les citerai pas tous — , créant des échos charmeurs entre diverses situations émouvantes, et il apparaît que l'auteur a raffiné son art de conteur, sa maîtrise de la narration, au point qu'entre les trois qui concluent cette intégrale, « Le Réparateur de bibles », « Une âme dans une bouteille » et « L'Heure de Babel », je serais bien en peine de choisir mon préféré. Au fil de ce sommaire, on aura admiré un talent unique, brouillant volontiers les frontières entre les genres ; le fantastique, qui prédomine, se mêle ainsi, à l'occasion, de science-fiction, notamment de voyage ou de glissement temporel.

     Tim Powers, sous des dehors un peu sages, aime à dynamiter le réel en des explosions ralenties. Faire d'une pareille entreprise de démolition une série d'œuvres d'art, c'est un pari, pleinement réalisé ici.

Pierre-Paul DURASTANTI (lui écrire)
Première parution : 1/4/2011 dans Bifrost 62
Mise en ligne le : 5/2/2013


 
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