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Algernon, Charlie et moi

Daniel KEYES

Titre original : Algernon, Charlie, and I: A Writer's Journey, 2000
Imaginaire  - Traduction de Henry-Luc PLANCHAT
Illustration de FLAMIDON
J'AI LU, coll. Nouveaux Millénaires n° (1), dépôt légal : mars 2011
224 pages, catégorie / prix : 16 €, ISBN : 978-2-290-03244-2

Couverture

    Quatrième de couverture    
« Charlie me hante et je dois découvrir pourquoi. »

     C'est par cette interrogation que Daniel Keyes ouvre cet essai autobiographique, dans lequel il revient sur la genèse d'un des textes majeurs de la littérature contemporaine. Des fleurs pour Algernon y apparaît comme un condensé de son expérience et de ses questionnements sur l'intelligence humaine, mais Keyes nous raconte aussi l'histoire éditoriale d'une nouvelle qui a bien failli ne jamais voir le jour et nous livre, en filigrane, un formidable témoignage sur la vie littéraire américaine de la seconde moitié du XXe siècle.

     L'essai est suivi de la nouvelle originale « Des fleurs pour Algernon », introuvable en France depuis plus de vingt ans et présentée ici dans une nouvelle traduction.

     DANIEL KEYES est né à Brooklyn en 1927. Après ses études, il entre dans la marine marchande avant de devenir rédacteur pour une revue d'anticipation puis professeur à l'université d'Ohio. Son œuvre majeure, Des fleurs pour Algernon, s'est vendue à des millions d'exemplaires de par le monde. Il s'est également intéressé de près aux phénomènes de dissociation de la personnalité dans Les 1001 vies de Billy Milligan.


    Sommaire    
1 - Des fleurs pour Algernon (Flowers for Algernon), pages 187 à 222, trad. Henry-Luc PLANCHAT
 
    Critiques    
 
     Que voilà un livre étrange ! Autobiographie de l’auteur du célébrissime des fleurs pour Algernon, Algernon, Charlie et moi est l’histoire d’une obsession. Dès sa prime jeunesse, Keyes ne veut qu’une chose : écrire. Il promet à ses parents de devenir médecin uniquement parce que ses maîtres, Somerset Maugham, Tchekhov et Conan Doyle avaient suivi le même chemin. Une fois engagé sur la voie de l’écriture, il ne pense plus qu’à cette histoire d’augmentation de l’intelligence ; la plupart des anecdotes de jeunesse qu’il relate ont pour but d’expliquer l’origine d’une scène d’Algernon. Et lorsqu’il sort la nouvelle, il pense au téléfilm, puis au film, puis au roman, puis à la comédie musicale.

     Sorti de cela, que reste-t-il ? Un vide psychologique qui donne des frissons. Embarqué dans la marine marchande en 1944, il devient par nécessité médecin de bord sans les compétences. Lorsqu’un marin agonise, visiblement d’un empoisonnement accidentel, Keyes ne pense qu’à une chose à la mort de son patient : heureusement que le capitaine lui a donné un ordre écrit, il est couvert et ne risque pas de poursuites judiciaires. De retour à terre, il annonce à ses parents qu’il abandonne la médecine, laisse sa mère en pleurs et quitte le domicile familial sans émotion apparente ; il ne reparlera d’ailleurs pas d’eux par la suite. Du reste de son œuvre, on n’apprend presque rien : ses premières nouvelles étaient mauvaises et ses ouvrages postérieurs ne sont tout simplement pas abordés.

     Ce livre, tout comme la vie et rien d’autre de James Ballard, permet de découvrir un auteur très différent de son travail. Mais là où l'anglais, créateur de romans aussi durs que Crash ou la Foire aux atrocités se révélait comme un père de famille tranquille, heureux et aimant, l'américain ne se livre qu’en creux. Est-il vraiment ce personnage froid et obsédé par son œuvre maitresse ou est-ce juste une posture d’écrivain ? Difficile de le savoir. Reste d’Algernon, Charlie et moi un témoignage unique sur la construction d’un récit universel et son emprise sur l’auteur. Ajoutons que la présence en fin de livre de la nouvelle originale Des fleurs pour Algernon permet de vérifier l'efficacité intacte de ce texte (que beaucoup découvrirons à cette occasion) et soulignons la belle couverture de Francois lamidon, excellente illustration du contenu.


René-Marc DOLHEN
Première parution : 13/4/2011
nooSFere


[Chronique commune aux deux ouvrages de Daniel Keyes : Des Fleurs pour Algernon et Algernon, Charlie et moi]

     D'abord publié sous forme de nouvelle en 1959 (prix Hugo l'année suivante), puis sous forme de roman en 1966 (prix Nebula), Des Fleurs pour Algernon est un des chefs-d'œuvre incontestés de la science-fiction. Il a été adapté en téléfilm tourné en direct, puis au cinéma en 1968 (Charly, Ralph Nelson). Suivront encore deux téléfilms, dont un franco-suisse (en 2006) tout à fait regardable. Plus difficile à croire, Des Fleurs pour Algernon a aussi été adapté en pièce de théâtre, en comédie musicale et en spectacle de danse.

     Tout le monde connaît la trame de ce classique : Charlie, arriéré mental employé dans une boulangerie, voit son intelligence accrue grâce à une opération chirurgicale ; avant lui, c'est une souris de laboratoire, Algernon, qui avait reçu le même traitement. Charlie tient son journal, tombe amoureux de sa thérapeute, couche avec une artiste un peu fofolle, jusqu'à ce que son intelligence commence à décroître, puis Algernon se laisse mourir... Roman plutôt audacieux pour l'époque (cruauté parentale, bizutages sordides, scènes de schizophrénie, sexualité explicite ; n'oublions pas que Les Amants étrangers de Farmer date de 1961), Des Fleurs pour Algernon est publié chez J'ai Lu depuis 1972, où il est réédité régulièrement tous les trois ou quatre ans. D'ailleurs, à ce sujet, il serait bon que quelqu'un se penche sur la traduction de Georges-Henri Gallet, où (entre autres erreurs/ maladresses) college est traduit collège même quand il s'agit d'une université, ce qui donne quelques faux sens assez croquignolets (Charlie, alors d'une intelligence supérieure, ne va pas à la bibliothèque du collège, mais bien en bibliothèque universitaire). Encore un de ces nombreux romans américains dont les personnages prennent leur café avec de la crème et du sucre (cream = lait).

     En terme de notoriété mondiale, d'adaptations, Des Fleurs pour Algernon est LE livre de Daniel Keyes (même s'il est injuste d'oublier Les Mille et une vies de Billy Milligan) ; un phénomène qui méritait sans doute que l'auteur y revienne. Chose faite en 1999 avec Algernon, Charlie et moi, trajectoire d'un écrivain, une autobiographie partielle (il y est peu, voire pas du tout, question des autres romans de l'auteur), avec laquelle s'ouvre la collection « Nouveaux millénaires » (en sus du fort médiocre Idlewild de Nick Sagan). Un choix curieux, l'ouvrage, peu commercial, semblant s'adresser avant tout aux enseignants qui font lire Des Fleurs pour Algernon à leurs élèves (dans cette optique, c'est un livre incontournable). On ne peut pas dire que cette trajectoire d'écrivain soit très palpitante ; si on s'intéresse beaucoup à l'expérience de Keyes dans les pulps, à ses fréquentations (William Tenn, Horace L. Gold, Lester Del Rey), le reste est très en dessous. Le processus de création de Daniel Keyes est laborieux (ce qui explique sans doute son statut d'auteur d'un seul roman). Sa longue collaboration avec Stan Lee (des centaines ( !) de scénarios) est évoquée en trois phrases. Globalement, l'auteur, hanté (et donc en un sens maudit, même s'il y a des malédictions plus désagréables, vu le succès de son œuvre), ne s'intéresse dans cet ouvrage qu'à Charlie et Algernon : comment ils sont nés dans son esprit, comment ils sont nés sur papier, puis à la télé, au cinéma, en comédie musicale, etc. Le tout pourrait être brillamment écrit, mais non, c'est assez terne, seuls quelques morceaux de bravoure (la mort du marin, l'embauche dans le monde des pulps) donnent du corps au texte. Quand on compare avec Une sorte de vie (suivi de Les Chemins de l'évasion) de Graham Greene, le choc est rude.

     Au final, Algernon, Charlie et moi, trajectoire d'un écrivain est un livre mineur, souvent intéressant mais jamais passionnant (on s'y ennuie ferme, ici et là), un ouvrage à réserver aux enseignants concernés, aux spécialistes hardcore de la SF et aux fans absolus de Des Fleurs pour Algernon. Notons toutefois que l'éditeur a eu la bonne idée de placer à la fin de l'ouvrage la version courte, originelle, de la nouvelle « éponyme ».

Thomas DAY
Première parution : 1/10/2011
dans Bifrost 64
Mise en ligne le : 25/2/2013


 
Base mise à jour le 24 septembre 2017.
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