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La Maison des derviches

Ian McDONALD

Titre original : The Dervish House, 2010
Première parution : Gollancz, Londres, 2010
Traduction de Jean-Pierre PUGI
Illustration de Clément CHASSAGNARD

DENOËL (Paris, France), coll. Lunes d'Encre
Dépôt légal : septembre 2012
Première édition
Roman, 544 pages, catégorie / prix : 27 €
ISBN : 978-2-207-11129-1
Format : 15,0 x 23,0 cm
Genre : Science-Fiction



Quatrième de couverture
Prix John W. Campbell
Prix de la British Science Fiction Association
Finaliste du prix Hugo
Istanbul, avril 2027.
Sous une chaleur écrasante, la ville tentaculaire fête le cinquième anniversaire de l’entrée de la Turquie dans la Communauté européenne. Quinze ans plus tôt, Israël a frappé les sites nucléaires iraniens avec des missiles thermobariques, provoquant indirectement le pire choc pétrolier et gazier de l’Histoire.
Dans Istanbul en ébullition (l’air conditionné coûte trop cher, l’eau aussi), une bombe explose dans un tramway. Cet événement va bouleverser la vie des habitants de la maison des derviches de la place Adem-Dede : Necdet se met à voir des djinns, le jeune Can utilise son robot pour enquêter sur l’attentat non revendiqué, l’antiquaire Ayse accepte de rechercher un sarcophage légendaire, Leyla se voit chargée du marketing d’une nouvelle technologie révolutionnaire : le stockage bio-informatique.
C’est dans la maison des derviches que se joueront rien de moins que l’avenir de la Turquie et celui du monde tel que nous le connaissons.
 
Ian McDonald est l’auteur de Roi du matin, reine du jour (Denoël, 2009) et du Fleuve des dieux (Denoël, 2010), tous deux récompensés par le Grand Prix de l’Imaginaire.
Critiques
     Je fais partie de ces lecteurs qui ont découvert Ian McDonald grâce à Gilles Dumay qui a publié dans sa collection « Lunes d’encre » les magnifiques « Roi du matin, reine du jour » et « Le Fleuve des dieux » qui ont été consécutivement récompensés par le Grand Prix de l’Imaginaire ; j’attendais donc avec impatience de lire ce nouveau roman. Je le dis tout de suite, « La Maison des derviches » (Denoël, « Lunes d’encre ») est un autre très grand roman, d’ores et déjà couronné par plusieurs prix anglo-saxons. On y retrouve ce qui fait toute la force et l’intérêt de McDonald : adossé à des recherches approfondies sur le pays, son histoire et sa culture, il nous projette dans un futur rapproché, ici la Turquie de l’an 2027, cinq ans après son entrée dans la Communauté européenne, à Istanbul (je reprends ici l’orthographe turque utilisée dans la traduction française), cette ville antique carrefour de civilisations et pont entre l’Europe et l’Asie. Et sur la place Adem Dede s’élève encore un couvent de derviches en bois transformé en immeuble d’habitation, maison ancienne donc aux loyers peu élevés ce qui lui permet d’accueillir un ensemble de locataires dont les destins vont s’entrecroiser suite à un attentat étrange dans le métro qui n’a fait qu’une victime, la terroriste. Alors que la propriétaire de la galerie d’art religieux du rez-de-chaussée, Ayse, se lance à la demande d’un client sur la piste de l’homme mellifié — bravo à Ian McDonald pour avoir exhumé cette légende sino-arabe bien oubliée sur un homme transformé vivant en relique par absorption uniquement de miel qui l’embaume de l’intérieur avant d’être placé dans un sarcophage empli lui aussi de miel — , son mari Adnan, courtier aux dents longues et sans scrupules, met au point avec ses copains traders qui se surnomment les UltraLords Seigneurs de l’Univers (en référence à leur série favorite) une escroquerie sur le gaz naturel iranien qui va tous les rendre riches. Quant à Necdet, un pauvre type paumé réfugié chez son frère islamiste, après avoir été dans le wagon lors de l’attentat, il est pris de visions mystiques et prophétiques, percevant les djinns présents partout et communiquant avec le saint Homme vert Hizir. Et c’est suite à cet attentat que Can, l’enfant au coeur malade qui vit coupé de tout bruit, va se lancer dans une enquête sur les terroristes car ses robots multiformes, les bitbots qui peuvent se désagréger en une foultitude de composants et prendre toute forme nécessaire, Oiseau, Serpent, Rat etc..., lui ont fait voir que la scène de l’attentat était surveillée par un drone qui a poursuivi Oiseau avant de s’écraser et dont tous les morceaux ont été immédiatement récupérés, mais par qui et pour quoi ? Il sera aidé par son seul ami, le vieux professeur grec Georgios Ferentinou, économiste génial et amer, qui est lui-même recruté par un étonnant « think tank » stambouliote. Pendant de temps la jeune Leyla, malgré son double handicap de femme et d’Anatolienne, en plus éduquée !, essaye de lever des fonds pour une start up qui a fait une découverte géniale, qui va bouleverser le monde : le stockage de l’information dans le corps humain sur l’ADN dit poubelle, transformant ainsi chaque cellule en un disque de données. Ces personnages et beaucoup d’autres vont voir leurs destins s’entrecroiser sur une période très courte, le livre débutant le lundi matin et se terminant le vendredi.
     Mais c’est suffisant pour que McDonald nous emmène dans un tourbillon vertigineux où se mêlent, comme il l’affectionne manifestement, d’un côté les traditions religieuses et le mysticisme — ici le soufisme, les derviches et toute les mystiques de l’islam — , le poids des civilisations et des antagonismes culturels — turcs, grecs, kurdes, européens, iraniens, russes — dans ce creuset qu’est la ville, et de l’autre côté toutes les technologies les plus modernes, ici McDonald se concentre plus particulièrement sur les nanotechnologies — les nanos remplacent avantageusement les drogues — et la robotique style Transformers... Le monde qu’il nous propose ici est encore une fois un monde à la fois merveilleux — les progrès technologiques — et désespérant — ces mêmes progrès sont mis au service d’idées obscurantistes ou de l’avidité pour l’argent et la puissance — , en somme il considère de manière assez pessimiste — ou réaliste ? — que notre monde ne changera guère d’ici quinze ans, sauf pour la pollution aggravée et la surveillance des personnes renforcée... Voilà en tout cas un livre très intelligent, très fin, magnifiquement écrit, où le besoin de merveilleux, le besoin de croire et le besoin d’amour sont les moteurs qui font fonctionner l’intrigue, dans une ville, Istanbul, qui cristallise tous les fantasmes et tous les rêves. McDonald, fort bien traduit par Jean-Pierre Pugi, nous guide dans le dédale des ruelles et des esprits stambouliotes en un peu plus de 500 pages que l’on ne peut lâcher.

Jean-Luc RIVERA
Critique déjà parue sur ce site
Parution sur nooSFere : 1/10/2012 ActuSF
Mise en ligne le : 27/1/2013


 
     Istanbul, 2027. La journée promet d'être torride. Entre les deux rives du Bosphore, la rumeur de la circulation enfle comme à l'accoutumée. Chacun vaque à ses activités, ne prêtant guère d'attention à la déflagration qui retentit. Un attentat dans le tramway au centre de Necatibey Cadessi. Car même si le vieil homme malade de l'Europe a cédé la place à une nation technologiquement avancée et intégrée à l'Union européenne, les anciens démons du chaos hantent toujours les rues populeuses de la cité. Toutefois, l'événement ne provoque aucune réelle émotion. Tout au plus un lâcher de microbots de la police qui s'empressent de prélever des échantillons d'air, de chercher des traces de substances chimiques et de scanner le visage des victimes choquées et celui des témoins de la scène du crime. Pas de quoi chasser des actualités le futur match Galatasaray contre Arsenal, ni déstabiliser la routine de la Bourse de la Terreur. Sur ce marché virtuel où tout un chacun peut investir des kudos, la monnaie artificielle y ayant cours, Georgios Ferentinou dresse chaque matin la liste des potentialités pouvant se réaliser. Attablé en compagnie des membres d'une communauté grecque vieillissante, il amasse les gains fictifs de ses paris successifs, s'amusant du caractère prévisible de la psychologie humaine. Retiré de la vie universitaire, il vit désormais reclus dans un petit appartement aménagé dans un ancien couvent de derviches où ses maigres relations sociales se cantonnent aux visites de Can Durukan, le fils de ses voisins. Un gosse élevé dans la ouate par ses parents à cause d'une maladie orpheline mortelle, mais bigrement en avance sur son âge et de surcroît doté d'un joujou technologique très agile : un Bitbot pouvant se transformer en singe, en rat, en oiseau ou en serpent selon les désirs de l'enfant. Un engin lui permettant d'espionner le voisinage, en particulier la Géorgienne dont les petites culottes sèchent sur le toit et les deux frères squattant la partie délaissée du couvent. Pas vraiment sympathiques, ces lascars. L'aîné cherche à professer un islam à la fois plus proche du Coran et des besoins du peuple, pendant que le cadet traîne sa médiocrité entre emploi minable et mosquée. Ils aimeraient bien mettre tout le monde dehors, histoire de rétablir l'intégrité du tekke derviche, chassant les activités impies qui le souillent, notamment les deux maisons de thé à ses abords et la boutique d'art religieux qui en occupe le rez-de-chaussée. Encore faut-il qu'ils réussissent à agrandir le cercle de leurs fidèles sans trop attirer l'attention de la police. Pas de chance, Necdet, le cadet, était dans le tram au moment de l'attentat...
     Une nouvelle fois, on est happé par le talent de portraitiste de Ian McDonald. Cette faculté à immerger le lecteur dans un monde foisonnant et à le faire littéralement vivre grâce à une accumulation de détails et d'informations. Sur ce point, La Maison des derviches apparaît beaucoup plus abordable que Le Fleuve des dieux, où l'avalanche de termes indiens pouvait agacer et faire lâcher prise, malgré un glossaire ajouté en fin de roman par l'éditeur. Ici, l'auteur britannique nous projette dans une Turquie futuriste, à la fois proche et éloignée. Le contexte s'avère d'emblée plus limpide, même si certaines subtilités du mysticisme soufi peuvent échapper à notre compréhension. Istanbul apparaît comme un personnage à part entière du roman de McDonald. L'auteur en restitue de manière pointilliste et poétique l'épaisseur historique, l'agitation incessante, la noria des porte-conteneurs et tankers sur le Bos-phore, le brouhaha hypnotique de la circulation, mais aussi la quiétude toute méditerranéenne, mâtinée d'Orient, de ses petites places à l'écart des grands boulevards encombrés. A mille lieues de la ville musée, figée dans les clichés convenus, il brosse le portrait d'une agglomération oscillant entre modernité et passé, tradition et boom économique. Une cité partagée entre les tropismes européen et anatolien. En somme, il fait ressentir tout le poids de la multitude et de la diversité de cette métropole colorée et fascinante.
     A l'instar du Fleuve des dieux, La Maison des derviches entremêle plusieurs trames attachées à l'itinéraire intime de six personnages. D'une manière directe ou indirecte, toutes sont liées à une intrigue flirtant avec la géopolitique et l'histoire d'Istanbul. Cependant, même si Ian McDonald joue avec les ressorts du thriller, il le fait d'une façon nonchalante, sans s'embarrasser des gimmicks inhérents au genre, prenant son temps pour ajuster les pièces d'un récit comparable à une mosaïque byzantine.
     La part consacrée à la SF peut paraître anecdotique. Pourtant, La Maison des derviches recèle quelques extrapolations stimulantes comme cette arme nanotechnologique permettant d'insuffler artificiellement la foi religieuse ou ce transcripteur apte à coder de l'information dans l'ADN humain. Et puis, rien que pour le plaisir de découvrir une Istanbul futuriste, transfigurée par l'imagination de l'auteur britannique, le voyage vaut vraiment le coup.
     Vous l'aurez donc compris, La Maison des derviches s'annonce comme un des incontournables de la rentrée 2012. Après l'Inde, le Brésil et l'Afrique, Ian McDonald poursuit avec succès son tour d'horizon des mondes émergents de l'avenir.

Laurent LELEU
Première parution : 1/10/2012 dans Bifrost 68
Mise en ligne le : 23/7/2017

Prix obtenus
British Science Fiction, Roman, 2010
John W. Campbell, Jr. Memorial, [sans catégorie], 2011
Prix Planète-SF des Blogueurs, [sans catégorie], 2013


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