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Les Enfers virtuels

Iain M. BANKS

Titre original : Surface Detail, 2010

Cycle : Culture (Cycle de la)  vol.

Traduction de Patrick DUSOULIER
Illustration de Lauren PANEPINTO

LIVRE DE POCHE (Paris, France), coll. SF (2ème série, 1987-) n° 33142
Dépôt légal : septembre 2013, Achevé d'imprimer : août 2013
864 pages, catégorie / prix : 8,90 €
ISBN : 978-2-253-16977-2
Format : 11,0 x 17,8 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
Les Enfers virtuels sont une invention de certaines sociétés puritaines de la Galaxie. Dans ces géhennes virtuelles souffrent sans fin les avatars de ceux qui ont transgressé les règles de ces civilisations.
Les tenants et les opposants de ces Enfers se livrent des guerres sans merci. Jusque là dans le Virtuel. Sans morts ni blessés physiques.
Mais cette guerre menace de se déplacer dans le Réel. Car les opposants aux Enfers sont prêts à faire monter les enchères.
La Culture n’aime pas ça du tout.
Quel rôle joue Veppers, l’homme le plus puissant et le plus corrompu de son système stellaire, dans ce conflit ? Et quel pourrait être le destin de Ledjedje qu’il a tuée, mais qui a été ramenée à la vie par un vaisseau de la Culture ?
La vendetta de Lededje pourrait avoir sa place dans les projets de Circonstances Spéciales.
 
Un nouveau chef-d'oeuvre dans le cycle de La Culture.

    Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes :    
 
Francis Valéry : Passeport pour les étoiles (liste parue en 2000)  pour la série : Culture (Cycle de la)

 
    Critiques    
     Quiconque s’intéresse à la science-fiction de ces dernières années s'est rendu compte du nombre restreint d’ouvrages inédits, à plus forte raison de qualité, qui apparaissent sur les rayonnages SF des librairies. À tel point, d’ailleurs, qu'on pourrait envisager de tourner le dos à cette littérature qui semble se mourir quelque peu. Certains scribouillards contemporains – et leurs camarades éditeurs qui les publient – font plus de mal que de bien au genre avec leurs space operas à la mords-moi-le-nœud. Heureusement, il reste des valeurs sûres, des auteurs qui à chacun de leurs romans assurent aux lecteurs, à minima, un bon moment de lecture. En fait, il faudrait plutôt employer l’imparfait du verbe rester, car Iain M. Banks, auquel nous faisons ici référence, est décédé il y a quelques mois, laissant derrière lui un Œuvre de première importance. L’écrivain écossais aura renouvelé l’opéra spatial avec son Cycle de la Culture. On ne voit pas bien aujourd’hui qui saura prendre la relève...
     Les Enfers virtuels, un de ses derniers romans parus en France (à l’origine en deux volumes chez Robert Laffont, maintenant en un seul au Livre de poche), s’inscrit justement dans cette saga sur laquelle repose la réputation de Banks. On y retrouve, avec un plaisir non dissimulé, tous les éléments qui ont fait le succès du cycle : aliens exotiques, citoyens de la Culture exubérants, mystérieux agents de Circonstances Spéciales, Mentaux phénoménaux, et cætera. Le tout servi par un scénario solide qui ne dédaigne pas le déploiement du suspense, de l’action et de l’humour quand cela s’avère nécessaire.

     Contrairement à certains épisodes qui l’ont précédé dans le cycle, Les Enfers virtuels ne présente pas la célèbre civilisation de manière singulière. Ni la construction de l’histoire, ni l’angle d’approche choisi par l’auteur ne déstabilisent le lecteur. Même si la narration débute in media res, Iain M. Banks fournit rapidement des repères qui permettront à tout un chacun de situer le contexte et les enjeux du récit.
     Une fois de plus, l'intrigue tourne autour d’une guerre. Toutefois, dans ce présent roman, le conflit ne s'avère pas conventionnel : il est factice. Il implique les camps des Pro-Enfers et des Anti-Enfers et vise à les départager, afin de décider si les Enfers virtuels doivent disparaître où s’ils peuvent continuer à exister. En effet, malgré leur niveau d’avancement technique et culturel, certaines civilisations de la galaxie ont créé et entretiennent des univers artificiels dans lesquels elles plongent leurs citoyens méritants, de leur point de vue, un châtiment devant aller au-delà de la mort. Pour de nombreux peuples, y compris celui qui nous intéresse tout particulièrement, les Enfers virtuels relèvent de l'aberration. Ils les qualifient d'abjections qu’aucune société digne de l’adjectif civilisé ne devrait posséder. Toutefois, dans cet affrontement idéologique, la Culture est restée neutre, ne pouvant, trente ans en arrière quand la guerre a démarré, s’engager ouvertement, pour diverses raisons politiques. Pourtant, elle va se retrouver impliquée, apparemment malgré elle, dans le conflit, lorsque le camp Anti-Enfers, sur le point de perdre, s’apprête à déporter les combats dans le Réel...
     Comme à son habitude, Iain Banks offre un récit palpitant, au cours duquel, une fois enclenché, le suspense ne se relâche pas. Le texte propose ce qu’il faut d’action, d’aventure spatiale, de complots et de protagonistes extravagants pour se révéler un bon roman de space opera digne du Cycle de la Culture. Les personnages, qu’on ne décrira pas ici car ils sont aussi nombreux que divers, composent un panel étonnant d’humains, subhumains et aliens. Ils livrent bien des surprises, l’auteur ne se contentant pas toujours, voire parfois se jouant, des stéréotypes de science-fiction. Les décors dépaysent, les technologies époustouflent (space opera oblige), mais les thèmes abordés restent concrets et sont d’actualité, en notre bon vieux XXIe siècle.
     En effet, la réalité virtuelle envahit petit à petit notre univers. On trouvera sans doute dans notre futur proche, menacé par le rigorisme sécuritaire et l’obsession punitive qui font recette dans les bureaux de vote, quelqu’un pour inventer un espace carcéral comparable à ceux présentés dans le roman de Iain Banks. Toutefois, le concept peut paraître bancal, ou tout du moins assez simpliste et éculée. De plus, Les Enfers virtuels constitue tout de même un pavé d’environ 860 pages dans sa version poche et on pouvait craindre que l’auteur écossais ne se soit embourbé dans ces univers synthétiques. Heureusement non, pour les raisons évoquées précédemment, mais également parce que Banks offre aux lecteurs l’occasion de s’interroger sur ces mondes artificiels. Une société peut-elle justifier la création et la maintenance de tels purgatoires ? Est-on civilisé quand on livre un autre membre de son espèce à une punition éternelle (au moins en apparence) ? On pourrait faire un parallèle avec l’abolition de la peine de mort en France, dont la part de Français favorables fluctua beaucoup avant 1981, au gré des affaires criminelles qui défrayaient les chroniques. Aujourd’hui, l’abolirait-on ? Le lecteur ne sera pas vraiment surpris que Banks réponde à la question assez clairement en défaveur des univers infernaux et fasse gagner le camp anti-Enfers. Toutefois, notons que la Culture ne sort pas grandie de cette guerre dans laquelle elle va se retrouver engagée contre son gré. On apprendra bien des choses sur les méthodes douteuses de Circonstances Spéciales et le caractère opportuniste, sans concession, voire par certains côtés, inhumain des Mentaux et de cette civilisation pourtant extrêmement considérée.

     Si on peut difficilement classer Les Enfers virtuels parmi les meilleurs romans du Cycle de la Culture, il n’en reste pas moins un bon space opera. Sans doute même est-il un des plus réussis de ces dernières années. Les fans de Iain M. Banks, de sa série ou du genre ne devraient pas en faire l’impasse.


Stéphane GOURJAULT
Première parution : 27/4/2014 nooSFere


 
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