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Le Paradoxe de Fermi

Jean-Pierre BOUDINE



Illustration de Jean-Pierre PETIT

ALEAS
Dépôt légal : octobre 2002
Roman, 176 pages, catégorie / prix : 12 €
ISBN : 2-84301-055-1   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Un homme survit dans un trou rocheux d'une haute vallée. Cela n'a pas lieu vingt mille ans dans le passé, mais moins de vingt ans dans le futur, en 2018. Cela n'a pas lieu dans les régions sauvages de l'Asie centrale, mais dans les Alpes. Robert Poinsot sait certaines choses, sur la puissance et l'impuissance de la science, le génie technologique et l'aveuglement social, la proximité du chaos... Finalement, il sait pourquoi nos semblables, qui devraient être partout dans l'Univers, ne sont nulle part (c'est la question que posait FERMI). Il sait certaines choses, il va mourir, mais auparavant, sur des cahiers d'écolier, il a rapporté ce qu'il a vu... « Le paradoxe de Fermi » est-il un livre de science-fiction ? On voudrait le croire !

     Jean-Pierre BOUDINE est mathématicien, rédacteur en chef du magazine « Quadrature », spécialiste auprès de la Commission européenne en systèmes d'évaluation automatisés. Il est chargé de mission à l'Université de la Méditerranée. Il est l'auteur de plusieurs livres, en particulier « Homo mathematicus » (Vuibert 2000).
 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition DENOËL, Lunes d'Encre (2017)


     Le paradoxe de Fermi traite de la fin de l’Humanité. Avec un réalisme convaincant et une absence d’effets spectaculaires qui rend cette apocalypse encore plus glaçante, le narrateur décrit comment une simple crise économique et boursière entraîne l’effondrement de toute la civilisation. Spécialiste de l’écologie et des modèles mathématiques d’évolution des populations, il analyse la complexité et la fragilité de notre société, et la dynamique du chaos qui conduit le système à la ruine.

     Les chapitres alternent des scènes du quotidien du narrateur qui organise sa survie seul au coeur des Alpes, dénué de tout bien matériel, avec ses souvenirs des derniers jours du monde d’avant, montrant à l’échelle locale les étapes de l’effondrement ainsi que les dernières tentatives désespérées pour sauvegarder une parcelle de civilisation dans une initiative qui ressemble à un hommage au célèbre cycle d’Asimov  : c’est Fondation mais en pire. Tout cela sans recourir à la panoplie habituelle du post-apocalyptique : nnibalisme, catastrophes écologiques, scènes de panique, cataclysmes nucléaires... même si ces éléments se laissent parfois deviner dans le hors-champ.

     Malgré le pessimisme du propos, le roman n’est ni sombre ni misérabiliste. L’écriture est à l’image du fond : dépouillée, sans fioritures, un peu froide mais efficace et fluide. La première qualité du roman de Jean-Pierre Boudine est de donner un tableau convaincant de l’apocalypse par une série de petites touches réalistes. Mais l’analyse qu’en fait le narrateur, ses réflexions sur la perte de sens de la société, le manque de robustesse de nos organisations, de nos infrastructures, sur la complexité de nos réseaux observée sous l’angle de la théorie des graphes contribuent largement à l’intérêt du Paradoxe de Fermi et le situent sans aucun doute au cœur de la SF : une bonne histoire écrite par un romancier qui pense en scientifique.
     Il est dommage que l’auteur vienne parfois gâcher ce bel ensemble par quelques observations réactionnaires sur les jeunes qui n’ont plus de repères et sur l’éducation qui était mieux avant, sans quoi cela aurait été un sans-fautes.

Jean-François SEIGNOL
Première parution : 16/7/2017
nooSFere


 

Edition DENOËL, Lunes d'Encre (2015)


            Le Paradoxe de Fermi est une version corrigée du roman de Jean-Pierre Boudine publié en 2002. Treize ans après la version initiale, l’auteur ajoute certains développements que l’histoire récente (crise financière de 2007, accroissement des inégalités mondiales, ou progression incontrôlée de la menace climatique – éléments ayant conduit le 22 janvier dernier à une avancée de deux minutes de la célèbre Horloge de l’Apocalypse) rend incontournables.

            En Pythie moderne, Boudine décrit les effets ravageurs d’une crise systémique débutant dans la finance puis s’étendant de proche en proche à tous les rouages d’une société technicienne devenue si complexe que le moindre défaut suffit à la faire s’écrouler. Il le fait à travers le journal, futile testa ment, d’un narrateur réfugié dans une grotte des Alpes pour fuir la menace mortelle que représentent ses derniers contemporains.

            L’auteur montre comment une division du travail poussée à l’extrême, une informatisation omniprésente et un défaut évident d’intégration sociale rendent les sociétés aussi fragiles que de très fins mécanismes d’horlogerie. Alors quand, au bout du déni, le réel s’écrase sur la face du monde, quand un système économique productiviste, inégalitaire, en surchauffe, finit par exploser, quand l’agressivité d’une espèce prédatrice, l’individualisme égotiste qui fonde la nature humaine – Hobbes ? –, et la dictature de l’immédiateté avec ses conséquences écologiques s’en mêlent, la danse sur le volcan finit inévitablement au fond de sa gueule.

            Tout ceci, Boudine le montre sans guère de pathos, et il est difficile de prendre son raisonnement en défaut. Il en tire une solution simple, comme évidente, au célèbre paradoxe de Fermi. La vie intelligente ne peu t durer. Les civilisations techniciennes s’autodétruisent vite. C’est pour cela que nous n’en avons jamais rencontré aucune dans l’immense univers.

            En accord total avec la thèse de l’auteur, je ne trouve néanmoins pas son texte sans défaut. Froid, presque clinique, Boudine ne crée pas de personnages. On en sait un peu sur son narrateur, presque rien sur les autres. Aucun ne développe avec le lecteur une relation qui l’impliquerait. Très bref dans sa description de l’effondrement, il convaincra les convaincus tels que moi mais manque sûrement d’artifices rhétoriques pour faire basculer les indécis. Si on ne s’intéresse pas à ces questions, tout peut sembler trop rapide, trop explicitement didactique. À mi-chemin entre un roman comme Exodes de Jean-Marc Ligny et un essai comme le glaçant The Collapse of Complex Societies de Joseph Tainter, Le Paradoxe de Fermi est au moins une bonne introduction à la fragilité d’un monde qui nous paraît acquis. En cela, il est utile et méritoire.

Éric JENTILE
Première parution : 1/4/2015
Bifrost 78
Mise en ligne le : 17/5/2020




 
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