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I, Robot : protéger

Mickey Zucker REICHERT

Titre original : I, Robot: To Protect, 2011

Cycle : Les Robots - la Véritable Histoire de Susan Calvin vol. 1 

Traduction de Patrick DUSOULIER
Illustration de Eric WILLIAMS

POCKET (Paris, France), coll. Science-Fiction / Fantasy n° 7178
Dépôt légal : octobre 2014
Roman, 544 pages, catégorie / prix : 8,10 €
ISBN : 978-2-266-24779-5
Format : 10,8 x 17,7 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     La véritable histoire de Susan Calvin, l'héroïne du cycle d'Isaac Asimov, Les Robots.

     2035. Susan débute son internat en psychiatrie au très réputé hôpital Hasbro de Manhattan. Elle y exerce ses talents de diagnosticienne sur des cas complexes d'enfants hospitalisés. Elle y rencontre aussi N8-C, un robot si évolué qu'elle peine à croire qu'il ne s'agisse pas d'un humain.
     Pourtant, le créateur de ce miracle scientifique n'est autre que son père, John Calvin. L'intelligence artificielle est désormais une réalité et ouvre un nouveau monde de possibles, régie par les Trois Lois de la robotique : protéger, obéir, se préserver.
     Mais la très puissante Société pour l'humanité est prête à tout – intimidation, espionnage, terrorisme – pour stopper la marche du progrès...

     « Mickey Zucker Reichert propose une trilogie qui se passe avant les aventures imaginées par Asimov. Un éclairage bienvenu ! » Le Parisien
 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition Robert LAFFONT, Ailleurs et demain (2013)


     Si l'on mesure la profondeur et l'importance d'une œuvre à la pérennité de son influence et à la variété des adaptations, hommages et détournements en tout genre qu'elle suscite, I, Robot, d'Isaac Asimov (1950), fait toujours figure de chef-d'œuvre emblématique de la science-fiction. Des « Trois lois de la sexualité robotique » de Roland C. Wagner (Bifrost n°7) à la danse des robots Nao, vedettes des dernière Utopiales, en passant par l'adaptation très libre d'Alex Proyas au cinéma (2004), les références n'en finissent pas de se renouveler et de susciter de nouvelles pistes de réflexion. C'est encore le cas ce trimestre avec deux publications très différentes : I, Robot. La Véritable histoire de Susan Calvin, par Mickey Zucker Reichert, et Asimov et l'acceptabilité des robots, un ouvrage semi universitaire sur l'impact des nanotechnologies et de l'intelligence artificielle.

     « La Véritable histoire de Susan Calvin » se présente comme une trilogie « préquelle » dûment autorisée dont I, Robot : protéger constitue le premier tome. Le puriste en frémit déjà : même la prestigieuse collection « Ailleurs & demain » n'est pas à l'abri des suites purement commerciales 1... Qu'il se rassure. Non seulement Mickey Zucker Reichert n'a pas sombré dans cette facilité, mais son nouveau cycle n'a en fait pas grand-chose de commun avec celui d'Asimov.
     I, Robot : protéger est avant tout un thriller médical très documenté, situé dans un avenir proche (2035). Officiellement psychiatre, son héroïne, Susan Calvin, est le médecin idéal, à l'empathie et à l'intuition quasi miraculeuses, capable de résoudre dès sa première demi-journée d'internat plusieurs cas sur lesquels des collègues chevronnés s'étaient cassé les dents. Ses échecs n'en sont que plus douloureux. Mickey Zucker Reichert réussit dans ce roman à nous faire percevoir l'alliage très particulier de confiance, de résolution et de doute mortel que peut éprouver un médecin au moment de certaines décisions. L'inadéquation de la morale toute faite, aussi, tant chaque cas est singulier. Pédiatre à ses heures perdues, l'auteur n'hésite pas à choquer. Que faire, que penser, face à un dangereux psychopathe d'à peine quatre ans ? Le praticien ne peut pas se contenter de se bercer de mots...
     Et les robots, dans tout ça ? Ben non, pas de robots. Enfin si : un, parfaitement humanoïde, avec lequel Susan papote de loin en loin. Mais Nate reste au mieux un personnage d'arrière-plan, simple prétexte à introduire les Trois lois de la robotique, qui par ailleurs s'appliquent aussi — on est prié de suspendre son incrédulité — à des essaims de nanomachines.
     Si la référence asimovienne peut sembler assez indirecte, au-delà des noms de la protagoniste et d'une poignée de personnages secondaires, ce premier tome vigoureux n'en rafraîchit pas moins une problématique centrale des Robots. Plonger ainsi, via Susan Calvin, les racines de la « robot-psychologie » dans la psychiatrie humaine, renouvelle authentiquement la question de l'acceptabilité, pour l'homme réputé « normal » (le « degré zéro de la monstruosité », selon Canguilhem) d'une intelligence profondément différente de la sienne. Tout juste esquissée dans I, Robot : protéger, celle de la confluence d'intérêts privés et de la résistance collective au changement, symbolisée par une soi-disant « Société Pour l'Humanité », fournira sans doute la matière du tome deux, I, Robot : obéir.
     Etait-il pour cela indispensable de s'approprier les personnages mêmes créés par Isaac Asimov ? Sans doute pas. Mais l'ambition du projet de Mickey Zucker Reichert est suffisante pour que l'emprunt ne paraisse pas usurpé. La traduction française de Patrick Dusoulier s'avère agréable (à l'exception peut-être de quelques brefs passages en « langage SMS » un brin daté). Au final, pour qui s'intéresse à la médecine, la seule vraie réserve est qu'il manque à cette édition une brillante préface de Gérard Klein...
     Asimov et l'acceptabilité des robots réunit quant à lui trois essais, pour une vulgarisation efficace en autant d'approches convergentes des enjeux « E3LS » (éthiques, économiques, environnementaux, légaux & sociaux) soulevés par les fictions d'Asimov. Dans « Vivre-ensemble avec des robots », le philosophe Jean-Pierre Béland montre la variété et l'intrication des enjeux humains liés à l'acceptabilité des développements technologiques. Philosophe également, Georges A. Legault analyse ensuite, dans « La Morale des robots », les contraintes logiques et éthiques associées aux lois de la robotique. Pour lui, l'œuvre d'Asimov démontre encore et toujours que, même dans le cas-limite a priori limpide de robots qui y sont strictement assujettis, la morale se caractérise bien plus par une tension permanente entre des valeurs souvent inconciliables que par l'application mécanique de quelques lois. Enfin, dans « Réaliser des robots éthiques. Limites scientifiques, défis technologiques et potentiel de la robotique et de l'intelligence artificielle », deux spécialistes du génie électrique, Jacques Beauvais et Jonathan Genest, montrent que, si la conception concrète de « cerveaux positroniques » à la Asimov se heurtera encore longtemps aux limites de la théorie de l'information, voire de la physique quantique, il est d'ores et déjà possible de développer des « agents éthiques » élémentaires ouvrant la voie à des robots qui « auront la capacité de refuser d'accomplir une tâche ou pourront choisir les tâches à accomplir en se fondant sur des raisonnements éthiques complexes qui sont chers à notre société humaine ». On n'a pas fini de s'amuser !

Notes :

1. Elle semble même s'en faire une spécialité : cf. le tout récent La Communauté des Soeurs, énième prolongement au cycle de « Dune » par Brian Herbert & Kevin J. Anderson. [NDRC]

Éric PICHOLLE
Première parution : 1/7/2013
Bifrost 71
Mise en ligne le : 2/4/2018




 
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