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La République des animaux

George ORWELL

Titre original : Animal Farm, 1945
Première parution : Secker and Warburg, Londres, Royaume-Uni : 17 aout 1945
Traduction de (non mentionné)

GALLIMARD (Paris, France), coll. Du monde entier
Dépôt légal : 1964
Réédition
Roman
ISBN : néant
Genre : Imaginaire


Autres éditions

Sous le titre La Ferme des animaux   CHAMP LIBRE, 1981
   GALLIMARD, (date inconnue), 1983, 1989, 1991, 1994, 1998, 2000, 2003, 2006, 2007, 2007, 2008, 2009, 2016
   in Œuvres, 2020
   GALLIMARD, 2021
   GALLIMARD Jeunesse, 1991
   LIBERTALIA, 2021
Sous le titre Les Animaux partout !
   O. PATHÉ, 1947
Sous le titre La Ferme des animaux
   POCKET, 2021

Critiques des autres éditions ou de la série
Edition LIBERTALIA, (2021)

Les oeuvres de George Orwell étant passées dans le domaine public cette année, nous avons le droit à un flot de nouvelles traductions de 1984 et de la Ferme des animaux. J'ai donc relu le second, cette fois-ci dans la traduction de Philippe Mortimer.

Sur le fond du texte, aucun doute : cette fable est toujours aussi pertinente et actuelle que lors de sa parution originale dans les années 40. Peu de gens ont su décrire aussi précisément et honnêtement la trahison de la révolution et la mise en place d'un pouvoir totalitaire, l'utilisation de la propagande et du mensonge de masse, la réécriture de l'histoire.  Il me parait toujours quasiment incroyable qu'un écrivain ait pu cerner aussi précisément tout cela, à contre-courant de la pensée dominante de l'époque qui empéchait toute critique du nouvel allié soviétique à la sortie de la guerre.
Sur cette nouvelle traduction, je ne comparerais pas avec la traduction originale que j'ai lu il y a bien trop longtemps, mais elle m'a parue belle, coulant toute seule, sans fioriture inutile. Seul hic, je regrette le choix de ne pas avoir traduit le nom des animaux, j'étais habitué à boule-de-neige et à malabar...

Ajoutons que ce livre possède une introduction de Philippe Mortimer et en annexe deux textes de George Orwell permettant de resituer le contexte et de mieux comprendre la pensée de l'écrivain, et vous comprendrez que la lecture de cette nouvelle édition est très recommandée.

René-Marc DOLHEN
Première parution : 4/3/2021
nooSFere


Edition GALLIMARD, Folio (2021)

Inventée par les Grecs au VIe siècle AVJC, la fable est un procédé consistant à transposer une situation réelle, conflictuelle le plus souvent, dans un univers imaginaire, en général humoristique où les humains sont représentés par des animaux, dont les traits dominants incarnent les « vertus ». Au XXe siècle, Orwell a l'intelligence d'incarner l'idée de la fable dans la Ferme des animaux.

Napoléon, le maître de la Ferme des animaux, est un cochon qui accapare les laitages au détriment des autres. À l’opposé, les classes populaires s’incarnent de diverses manières. Les moutons forment un chœur théâtral sans âme et sans nom, dressés à chanter leur hymne, Bêtes d’Angleterre, de façon à rendre inaudible toute opposition. À eux s’opposent Douce, la belle jument lascive, Malabar le cheval de trait qui répond à tout par un surcroît de travail, Benjamin l’âne marginal qui doute du bien-fondé de la révolution…

Reprenant la tradition des fabulistes d’Ésope à Goupil, la Ferme des animaux est un récit tardif de George Orwell qui le mit en chantier au tournant de la guerre en 1943. À peu près au même moment, une autre fable – française celle-là — était publiée aux États-Unis et devait connaître le même éclatant succès : si Le Petit Prince dénonce le monde moderne, du côté du capitalisme, la Ferme des animaux s’en prend à l’autre versant, les révolutions renversées par des tyrans totalitaires… Il est étrange de voir à quel point les deux récits se complètent et se parlent malgré leurs différences.

En ce qui concerne Orwell, la Ferme des animaux précède son chef-d’œuvre, 1984 où, renonçant à la fable, il se sert de la science-fiction naissante pour dénoncer les régimes totalitaires qui se maintiennent par l’illusion et la propagande… (et tant qu’à faire, n’hésitez pas à le lire/relire juste après).

Ici la fable permet une généralisation de ce thème des révolutions. Peu de temps avant de mourir, le cochon Sage l’Ancien délivre un message dénonçant les injustices dont sont victimes les animaux de la ferme et appelant à se révolter contre leur tyran, Jones le fermier. Incapable et violent, Jones se saoule, et un soir où il n’a pas nourri ses animaux, ceux-ci sous la conduite de Boule de neige le cochon, se révoltent, le chassent de la ferme et s’organisent spontanément en assemblée révolutionnaire.

Les premiers actes sont la composition d’un chant : « Bêtes d’Angleterre » digne parodie de l’Internationale, l’adoption d’une charte des droits des animaux dont le premier commandement : « Tout deux-pattes est un ennemi » appelle l'attention, d’un drapeau et d’une organisation révolutionnaire dont les cochons prennent la tête. Le premier acte des cochons consiste à s’attribuer de plein droit, le lait des vaches. Suite à des dissensions, Napoléon le cochon prend le pouvoir, accuse Boule de neige de trahison et celui-ci s’enfuit par un trou dans la haie…

Le lecteur n’ignore pas que George Orwell, après un bref passage par les armées coloniales en Birmanie, est devenu un compagnon de route du communisme dans les années vingt. Son parcours suit le parcours de la révolution russe : la prise de pouvoir par les bolcheviques, la mort de Lénine, l’éviction de Trotsky et les pleins pouvoirs incarnés par Staline. Il a aussi participé à la guerre d’Espagne et vu de près l’intervention de l’U.R.S.S., l’éviction et le massacre des volontaires, trotskystes, venus se joindre aux forces républicaines, et au final, la victoire des franquistes… Le chant « Bêtes d’Angleterre » est une parodie de l’Internationale, braillée à tue-tête en guise d’argument.

Toutefois, et c’est tout l’intérêt de l’art de la fable, Orwell connaît l’histoire : depuis la prise du pouvoir par Cromwell, puis celui de la Révolution française à laquelle Napoléon (le cochon) mit fin. La Charte des animaux est aussi un pied de nez à ces Droits de l’homme de 1789 dont les Français semblent si fiers…

Bien au-delà de la dénonciation des régimes totalitaires, Orwell a un regard rétrospectif sur ses engagements, et le fait que toutes les révolutions qui ont réussi, en Angleterre, en France et en Russie, se sont achevées en dictature : aveu qui a dû lui couter à lui aussi !
À la même époque, Gandhi demandait : « Si l’on met fin à la violence par la violence, quand s’arrêtera la violence ? ». Toutes ces révolutions ont pris le pouvoir par l’usage de la violence, et contrairement à ce vieux proverbe réactionnaire (« Qui veut la fin veut les moyens »), la Ferme des animaux démontre que la fin et les moyens sont liés : si l’on prend le pouvoir par des moyens violents, une violence encore plus grande y mettra fin. La fin c’est les moyens.

Comment et pourquoi ? C’est ce qu’il vous reste à découvrir en lisant la Ferme des animaux.
 

Bernard HENNINGER (site web)
Première parution : 30/5/2021
nooSFere

Prix obtenus
Retro Hugos, Novella / Court roman, 1946


Cité dans les pages thématiques suivantes
Animaux

Cité dans les listes thématiques des oeuvres suivantes
Le Science-Fictionnaire - 2 - Animaux
Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes
Francis Berthelot : Bibliothèque de l'Entre-Mondes (liste parue en 2005)

Adaptations (cinéma, télévision, BD, théâtre, radio, jeu vidéo...)
La Ferme des animaux , 1954, John Halas & Joy Bachelor (Film d'animation)
La Ferme des animaux , 1999, John Stephenson (Film d'animation)

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