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Étrangers

Gardner DOZOIS

Titre original : Strangers, 1978
Première parution : Berkley, 1978
Traduction de Jacques GUIOD
Illustration de Aurélien POLICE

POCKET (Paris, France), coll. Science-Fiction / Fantasy n° 7308
Date de parution : 10 février 2022
Dépôt légal : février 2022, Achevé d'imprimer : janvier 2022
Réédition
Roman, 256 pages, catégorie / prix : 6B
ISBN : 978-2-266-31569-2
Format : 10,8 x 17,8 cm
Genre : Science-Fiction


Autres éditions

Sous le titre L'Étrangère   ActuSF, 2016
   DENOËL, 2000

Ressources externes sur cette œuvre : quarante-deux.org

Quatrième de couverture

Sur la planète Lisle vivent les Cians, peuple pétri de traditions et proche de la nature, et pourtant passé maître dans l'art du génie génétique. Alors qu'il y séjourne, Joseph Farber, un Terrien, rencontre Liraun Jé Genawen, une Cian, pendant la cérémonie de l'Alàntene, la Pâque du solstice d'hiver.
Ces deux êtres en marge de leur propre communauté vont s'éprendre follement, Joseph allant même jusqu'à accepter des modifications génétiques afin de s'unir selon la coutume à celle qui deviendra sa femme. Mais les non-dits, les malentendus et la haine que provoque leur couple les mèneront inéluctablement au drame.

« Avec Étrangers, c'est à une plongée profonde dans l'Ailleurs que Dozois convie le lecteur. Il offre ici ce que la littérature d'imaginaire a de meilleur. » Quoi de neuf sur ma pile ?

« Toute la force d'Étrangers tient de l'ambiance, de l'atmosphère dont Dozois s'avère un maître. » Jean-Pierre Lion - Bifrost

Critiques des autres éditions ou de la série
Edition DENOËL, Présence du futur (2000)

     Après des débuts très remarqués dans les années 70, Gardner Dozois a ensuite pratiquement cessé d'écrire pour se consacrer à la découverte de nouveaux talents en tant qu'anthologiste et rédacteur en chef de revue. Il s'agit ici de son premier roman, publié en 1978 d'après une nouvelle qu'il rédigea en 74.
     L'histoire a la simplicité des grands romans  : sur Lisle, Farber, amoureux d'une indigène, malgré d'immenses sacrifices pour parvenir à l'épouser, provoque la fin de leur couple par ignorance des coutumes.
     Celles de la société de Liraun Jé Genawan sont, en effet, d'autant plus mystérieuses que les Cian ne s'en expliquent jamais, sinon par métaphores dont les symboles restent inaccessibles aux terriens. Les mœurs comme les conditions d'existence sont dures, mais les Cian refusent de les améliorer quel que soit le progrès proposé. Eux-mêmes sont passés maîtres dans le génie génétique sans cependant appliquer leur savoir-faire à la vie quotidienne.
     Par amour pour Liraun, Farber accepte d'être remodelé génétiquement afin de ressembler à un Cian, condition nécessaire à un mariage. Désormais étranger à deux races, croyant faire le bonheur de son épouse, il lui propose d'avoir un enfant, ignorant ce que cette démarche suppose et entraîne chez les Cian. Jusqu'au bout, Liraun sera restée pour lui une étrangère.
     Plus qu'une histoire d'amour, il s'agit d'une histoire basée sur l'incommunicabilité. Le roman ne se limite pas à un récit d'ethnologie-fiction qui s'attacherait à décrire et comprendre la société cian. Ce qui est davantage montré est l'aveuglement typiquement terrien de Farber, qui interprète un monde à l'aune de ses propres raisonnements et de sa symbolique culturelle, sans parvenir à « entendre » Liraun quand elle lui explique la portée de ses actes.
     Pour Dozois, nous serions des autistes  : l'humanité n'a pas découvert le voyage spatial mais en a bénéficié à un moment critique dans l'Histoire de sa planète. Espèce nettement inférieure à d'autres, elle se comporte pourtant sur les autres mondes avec toujours la même notion de profit et d'extension, dans un esprit stupidement conquérant à des années-lumière du comportement des autres formes de vie. Regrettons, de ce point de vue, le titre français, qui qualifie la seule Liraun d'étrangère alors que le titre original, Strangers, insistait sur l'incommunicabilité réciproque.
     À l'intelligence du propos il convient d'ajouter l'excellence du style, dont la finesse permet de décrire ce monde en demi-teintes. La couleur joue d'ailleurs un grand rôle dans l'écriture. Elle résume même parfaitement la situation  : Farber, en allemand, signifie teinturier et le cyan, selon le Robert, est « une couleur primaire bleu-vert qui absorbe le rouge ». Le Terrien fort de ses convictions finit effectivement par être absorbé par ce peuple si entier.

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/6/2000
dans Galaxies 17
Mise en ligne le : 26/10/2001


Edition ActuSF, Perles d'Épice (2016)

     Gardner Dozois est de ces auteurs qui ont quasiment cessé d’écrire pour se consacrer durant vingt ans à l’édition : la rédaction en chef de la revue Asimov’s Science Fiction et la direction d’anthologies, notamment les fameux Year’s Best Science Fiction. L’Étrangère (Strangers, 1978) est son premier roman, développé à partir d’une nouvelle de 1974.

     Bien qu’il soit venu sur la planète Lisle en mission culturelle, Joseph Farber peine à s’intégrer à la société terrienne vivant dans l’enclave, à l’écart des Cian, les indigènes. Il rencontre pour la première fois Liraun Jé Genawen – l’étrangère – durant la cérémonie de l’Alàntene, la pâque du solstice d’hiver, l’Ouverture-des-Portes-de-Dûn… Entre Liraun et Farber naît bientôt un amour voué à ne rester que stérile et charnel, car les Cian sont physiologiquement assez proches des humains pour que la sexualité soit envisageable, mais non pour qu’elle soit féconde. Or, la fécondité est le tabou fondamental de la société cian…

Celle-ci est très hermétique, ne se livrant qu’à travers tout un ensemble de rites, de mythes et de symboles incompréhensibles tant aux terriens qu’à Farber. Ainsi, ce dernier ne comprend à aucun moment pourquoi le statut des femmes évolue radicalement au cours de leur vie ; simple propriété de leur père avant le mariage, puis de leur mari après, elles acquièrent un rôle prépondérant dès lors qu’elles sont enceintes. Cette société est telle, que se dévoiler à mots couverts est pour elle une question de survie. En bon Terrien, Farber est bien loin de posséder l’ouverture d’esprit nécessaire en la circonstance ; il est le produit d’un monde colonialiste (le livre est de 78, rappelons-le) empreint de mépris à l’endroit des natifs, et il n’interprète les signes de la société cian qu’à l’aune de la sienne. Il ne comprend rien à rien et empile les erreurs en dépit des efforts désespérés d’une Liraun à qui il est impossible d’en dire davantage qu’elle n’en dit, quelles qu’en puissent être les conséquences. Transcendant l’histoire d’un amour tragique, L’Étrangère est un roman sur l’incommunicabilité : tous les actes de Farber visant au bonheur de son épouse n’aboutissent, en une figure de zugzwang, qu’à une situation toujours plus dramatique. Si on peut y voir une mise en scène de certaines incompréhensions pouvant compliquer les relations entre hommes et femmes, on y verra peut-être davantage la critique d’un esprit colonial arrogant considérant l’altérité comme inférieure pour ne pas fournir l’effort nécessaire à son appréhension. Tragique, en somme, à l’image du présent roman.

     Toute la force de L’Étrangère tient de l’ambiance, de l’atmosphère dont Dozois s’avère un maître ; aquarelle, embruns et pastels, le livre a la « saveur » d’une toile de William Turner – l’illustration de Vincent Froissard pour l’édition Denoël initiale en avait un petit quelque chose…

     Le ton et des thèmes de L’Étrangère ne sont pas non plus sans rappeler cet autre excellent roman qu’est La Cinquième tête de cerbère de Gene Wolfe. Si le roman est brillant, L’Étrangère n’est ni complexe ni difficile et peut constituer une bonne entrée en science-fiction. Ce superbe livre avait mis plus de vingt ans avant de connaître l’heur d’une traduction française qui sonnait comme le chant du cygne de la collection « Présence du Futur », chez Denoël. Plus d’actualité que jamais en une époque où il faut inventer de nouveaux modes de vivre ensemble, le voilà de nouveau disponible pour une nouvelle génération de lecteurs quarante ans après sa publication originale américaine. On ne peut que s’en féliciter.

Jean-Pierre LION
Première parution : 1/10/2016
Bifrost 84
Mise en ligne le : 16/10/2022


Edition ActuSF, Perles d'Épice (2022)

Gardner Dozois, décédé le 27 mai 2018, laisse le souvenir d’un acteur incontournable de la science-fiction américaine. Rédacteur en chef du magazine Asimov’s science fiction pendant une vingtaine d’années, anthologiste, il semble avoir privilégié l’activité éditoriale au détriment d’une production littéraire pourtant originale et saluée. Il laisse six recueils de nouvelles et encore moins de romans au sein desquels brille une perle, L’étrangère.

Disséminée dans l’univers, une petite fraction de la communauté humaine s’est installée sur la planète Lisle, patrie des Cian, l’espèce prédominante. Elle vit quasi recluse dans l’Enclave, un quartier réservé d’une grande ville. Le négoce constitue le seul vecteur d’échange entre les deux peuples, chacun restant cantonné dans un ghetto culturel, sur fond d’ignorance et de mépris. A la décharge des anciens habitants de la planète Terre, l’irruption d’une race extraterrestre vingt auparavant, les conviant à s’insérer dans un vaste réseau commercial pan stellaire, a été vécu comme un traumatisme. Les humains sont perdus, désorientés comme Joseph Farber, artiste de son état. Curieux, il assiste un soir à la cérémonie de l'alàntene, une fête du solstice d’hiver célébrée par les autochtones. Il tombe amoureux de Liraun Jé Genawan, une cian.

Le bal des amours extraterrestres fut ouvert en 1961 par Philip José Farmer avec Les amants étrangers. Le livre choqua alors la confrérie campbellienne sans doute plus proche dans ses approches raciales de Lovecraft que de Faulkner. Incompréhension là encore avec la publication de L’étrangère dix sept ans plus tard. Cette fois la forme ramassée, pratiquée pourtant par Silverberg, étonna certains critiques. Aujourd’hui l’ouvrage s’inscrit dans les classiques du genre.

Le récit, centré sur Joseph Farber, conte la lente dissolution d’un homme dans une culture étrangère. Franchissant, dans une logique affective, les étapes de la déshumanisation, le personnage se retrouve coupé de sa communauté d’origine tout en butant sur le mur d’incompréhension de la civilisation cian. Les habitants de la planète Lisle maîtrisent les outils de la science génétique, mais ils constituent paradoxalement une société traditionnelle dont la vie est réglée par des rites inamovibles et mystérieux.

L’amour est aveugle dit-on. Comme Orphée, Farber entame sans le savoir un périple aux Enfers. Lorsqu’il se retourne et ouvre les yeux - façon de dire qu’il découvre la vérité - la perte s’avère irrémédiable. Le titre original du roman de Gardner Dozois Strangers évoque aussi une autre facette de l’amour, celui destructeur de deux êtres étrangers à eux-mêmes et aux autres. L’écriture, le travail du traducteur contribuent à la beauté et à l’émotion ressenties à la lecture de ce petit bijou de deux cents pages.

SOLEIL VERT (site web)
Première parution : 23/11/2022
dans nooSFere

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