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L'Ogresse

Marc AGAPIT



Illustration de Michel GOURDON

FLEUVE NOIR / FLEUVE Éditions (Paris, France), coll. Angoisse n° 214
Dépôt légal : 1972
240 pages, catégorie / prix : nd
ISBN : néant   
Genre : Fantastique



    Quatrième de couverture    
     Le jeune homme aux yeux verts qui écrivait une lettre enjôleuse pour se faire inviter chez la sœur de sa mère, dans son château sei­gneurial près de Londres, ne savait pas que des événements tragiques étaient en train de se dérouler dans ce même château.
     Et, quand il y alla, il se trouva mêlé à un mystère étrange et à des scènes d'horreur faites pour frap­per d'épouvante le cœur d'un jeune homme qui, jusque-là, avait mené une existence démunie d'aventures.
     Après quoi, il fut mis en prison et jugé, bien qu'il n'eût rien, ou presque rien, à se reprocher.
     Ce n'était pas sa faute, évidem­ment, si la tante qu'il chérissait s'était transformée... en ogresse.

 
    Critiques    

Ces deux romans de la collection « Angoisse » traitent d'anthropophagie, l'un en tant qu'incidente, l'autre comme thème principal de l'histoire. Ce n'est naturellement pas une telle coïncidence qui justifie cette notule, mais le fait qu'il s'agit dans les deux cas d'ouvrages tout à lait honorables, ce qui n'est pas tellement fréquent au sein de la série la plus souterraine du Fleuve.

On ne s'étonnera pas, toutefois, de trouver sous la signature de Marc Agapit un roman d'un bon niveau. Avec les tout premiers Becker, la plus grande partie des Steiner et les sept ouvrages du genre que Bruss a donnés à la collection, les Agapit  sont  à  ranger  parmi  les « Angoisse » à ne pas jeter, même si cet auteur a, comme tout un chacun, des hauts et des bas. L'ogresse contient tous les ingrédients propres à Marc· Agapit, c'est-à-dire qu'il nous raconte par le menu l'introduction d'un cœur pur (Ferdinand, un jeune homme de 19 ans) dans un milieu où se trament de sordides et épouvantables machinations, qui laisseront sur l'outsider une empreinte indélébile. Comme toujours, c'est une vengeance qui fait l'objet des manœuvres horrifiantes, une vengeance comme seul Agapit est capable de nous la détailler : un lord anglais, parce qu'il a surpris une relation incestueuse entre sa femme et son beau-fils, les emprisonne tous deux, les rend fous à la suite de tortures mentales raffinées, crève les yeux de son épouse, la pousse à manger de la chair humaine pour qu'elle en vienne à dévorer son propre enfant...

La séquestration, les tortures mentales et physiques, les fantasmes qu'entraine, à l'intérieur d'un esprit non préparé, une conduite anormale, telles sont les constantes qu'on peut relever dans la plupart des romans d'Agapit, où le surnaturel n'intervient que très rarement. Chez lui, le fantastique est une question de regard, c'est-à-dire une question d'écriture : cette écriture blanche, sous-tendue par un humour à froid et une impassibilité narquoise, qu'apprécient les lecteurs d'Agapit pour la sensation de malaise physique qu'elle procure en ses meilleures lignes.

On peut noter aussi que les héros d'Agapit, dans leurs motivations et leurs actions, ont quelque chose de van vogtien, en ce sens qu'ils sont toujours partagés entre la paranoïa et la schizophrénie : alors que les coupables, les « actifs », organisent des vengeances tortueuses d'une complexité infinie et d'une fragilité incroyable, les victimes sont  d'une passivité telle que leur goût morbide de l'inaction ne peut que les pousser dans la gueule du loup - là où précisément l'auteur veut les mener ! L'ogresse est donc un Agapit type, très bien monté, avec un sens aigu du suspense et de savants retours en arrière, qui ne vaut peut-être pas Agence tous crimes, Greffe mortelle et La bête immonde, mais en tout cas s'en approche. L'auteur y pousse même la coquetterie jusqu'à s'adresser directement au lecteur, en cours de récit, pour louanger son propre sens du suspense et de l'angoisse. Cela laisserait supposer - si la question méritait d'être posée - qu'Agapit n'est pas le froid sadique que ses romans sembleraient nécessiter, mais qu'il doit au contraire s'amuser prodigieusement en les écrivant ...

A l'opposé de ce vieux de la vieille qu'est Marc Agapit, G. J. Arnaud nous donne, avec Opération Astrée, son premier ouvrage dans la collection « Angoisse », alors  que la bibliographie de ce prolifique auteur se monte à une vingtaine d' « Espionnage », autant de « Spécial  Police », plus une dizaine  de « Grands Romans » et un « Anticipation » : Les croisés de Mara, paru l'an dernier et que j'avais jugé excellent (voir Fiction n° 216). Si l'entrée en angoisse de G. J. Arnaud n'est pas aussi réussie que son entrée en SF, son roman n'est pas dépourvu de qualités qui, toutes, proviennent d'une longue expérience et d'un métier solide, lesquels sont infiniment plus précieux, pour la confection d'un ouvrage destiné à  un  large  public, que la  conviction  ou  I' « inspiration ».

Opération Astrée consiste en l'exposition de différentes pièces d'un dossier (donc, du point de vue littéraire, l'action est vue sous différents angles, par plusieurs personnages qui se succèdent). Le dossier en question concerne un réseau de traiteurs de chair humaine, qui enlèvent et engraissent des enfants afin de pourvoir une chaîne de restaurants très spéciaux disséminés dans les grandes capitales occidentales. Aucun élément fantastique ici non plus, mais un roman à suspense, une histoire à mystère. D'abord raconté par plusieurs journalistes qui découvrent l'existence des restaurants anthropophagiques, puis par un médecin qui a l'occasion de soigner un enfant eunuque monstrueusement engraissé, puis par un aventurier qui se livre à la traite humaine, le récit se termine par l'action d'un commando du B.U.R.A.S. (Bureau Universel de Recherche des Anomalies Sociologiques, dépendant de l'UNESCO), organisme dont G. J. Arnaud, gageons-le, saura dans l'avenir utiliser à nouveau les services à l'occasion de la découverte d'autres « anomalies ».

Espérons toutefois que l'auteur de Opération Astrée saura plonger plus profondément dans l'univers occulte des mystères et ne se contentera pas d'écrire des œuvres qui ne feraient qu'hésiter entre la matière des séries « Espionnage » et « Spécial Police ». Ici, des allusions politiques assez inhabituelles dans la collection (le réseau est constitué d'anciens nazis œuvrant avec la protection des autorités espagnoles qui leur ont offert l'hospitalité), ainsi que toute une suite de scènes érotiques qui paraissent assez plaquées, rappellent que G. J. Arnaud a de solides références dans les genres précités. Attendons que son talent l'en débarrasse pour être tout à fait satisfaits de ses « Angoisse ».

[Note nooSFere : dans le texte de la critique, l'auteur fait référence à un autre livre "Opération Astrée" qui fait partie de la série des Perry Rhodan au lieu de citer le bon titre du roman : Le Dossier Atrée] 


Denis PHILIPPE
Première parution : 1/12/1972 dans Fiction 228
Mise en ligne le : 3/2/2019


 
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