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Time Opera

Robert SILVERBERG


Traduction de Bruno MARTIN & Henry-Luc PLANCHAT
Illustration de SPARTH

BÉLIAL'  n° (23)
Dépôt légal : février 2004
384 pages, catégorie / prix : 21 €
ISBN : 2-84344-053-X   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Vous n'avez plus de boulot depuis des lustres ? Vous ne supportez plus la promiscuité de ce XXVe siècle surpeuplé et pollué ? Marre de votre condition de minable citoyen de Quatorzième Classe ? N'hésitez plus : avec Lanoy et sa fabuleuse invention, émigrez vers le passé !
     Visiter la Rome des Césars, le Golgotha le jour de la crucifixion du Christ, les rues de Constantinpple lors du siège des Croisés ? Voilà ce que vous propose le Service Temporel ! Et qui sait, avec un peu de chance, peut-être pourrez-vous partager la couche d'une impératrice ? À moins que vous ne préfériez le frisson de l'inceste transtemporel ? Gare toutefois à ne pas devenir votre propre aïeul...

     Robert Silverberg est né à New York en 1935. Immense figure de la science-fiction américaine, d'une notoriété semblable à celle d'un Bradbury ou d'un Asimov (avec lequel il a d'ailleurs coécrit plusieurs titres), aussi à l'aise dans le domaine de la nouvelle que dans celui du roman, il a signé certains des plus grands chefs-d'œuvre du genre — Le Livre des crânes, L'Oreille interne, le cycle de Majipoor, Le Fils de l'Homme, Les Monades urbaines ou encore L'Homme dans le labyrinthe.
     Time Opéra rassemble deux des plus célèbres variations de Robert Silverberg sur le thème du Temps : Les Déserteurs temporels et Les Temps parallèles.

    Sommaire    
1 - Les Déserteurs temporels (The Time Hoppers), pages 9 à 150, Roman, trad. Bruno MARTIN rév. Pierre-Paul DURASTANTI
2 - Les Temps parallèles (Up the Line), pages 155 à 371, Roman, trad. Henry-Luc PLANCHAT
 
    Critiques    
     A l'instar de Philip K. Dick, Robert Silverberg fait partie de ces géants de la S-F beaucoup plus efficaces dans la nouvelle que dans le roman. Nombreux sont ses textes qui, pour des raisons souvent alimentaires, s'étirent sur de trop nombreuses pages pour un résultat certes correct, mais loin de l'excellence attendue. Mais si le procédé est courant, il n'en reste pas moins que les romans de Silverberg se lisent remarquablement bien. Fluidité du texte, intérêt des situations et personnages bien fichus y sont pour beaucoup, même si le scénario est souvent prévisible, voire franchement évident.

     Réunis en un seul volume au Bélial', les deux romans qui composent Time Opera en sont l'illustration parfaite : deux variations passionnantes sur le thème ô combien cher à l'auteur du voyage temporel, mais trop longues et trop délayées. Une constatation d'autant plus amère que Silverberg promène agréablement son lecteur, lequel ne lâche évidemment pas le bouquin avant de connaître le fin mot de l'Histoire (ici, avec un grand H). Reste que le célèbre américain est un grand professionnel de l'écriture, et que ses textes, même moyens, sont souvent au-dessus de ce qu'on trouve ailleurs. Et puis, soyons honnêtes, on ne refuse jamais une louche de Silverberg sans passer pour un déviant.

     Premier texte de cet omnibus plutôt épais, Les Déserteurs temporels se rapproche du célèbre Les Déportés du cambrien, dans la description d'une société policière et surpeuplée où l'individualité ne signifie plus grand-chose, et où un système de castes (les classes) cimente la pyramide sociale au sens propre. Quellen, flic haut placé mais dont la vie reste médiocre, est chargé par le gouvernement de traquer un certain Lanoy, inventeur désigné d'une machine temporelle, dont la spécialité est d'offrir aux dissidents un aller simple vers un passé moins dictatorial et plus agréable à vivre. Postulat scénaristique bien séduisant, d'autant que Quellen n'est lui-même pas tout blanc, avec quelques déviances anti-sociales à son actif, déviances qui lui feraient beaucoup de tort si, par malheur, on les apprenait en haut lieu. Bref, le lecteur s'en doute, Lanoy et Quellen ne sont finalement pas si opposés...

     Beaucoup plus malin et globalement mieux conçu, Les Temps parallèles permet à l'auteur de décrire une ville qu'il connaît bien et qui le fascine : Byzance. Tour à tour capitale romaine, capitale chrétienne, capitale turque, aujourd'hui musulmane mais cosmopolite dans son architecture comme dans sa singulière (et tumultueuse) histoire. Alors que le voyage dans le temps est un loisir comme un autre (il suffit d'être riche), le lecteur suit l'apprentissage d'un jeune guide temporel affecté à la zone de Byzance. Couronnements, massacres, émeutes et vie quotidienne n'ont rapidement plus de secrets pour lui, tandis qu'il comprend peu à peu les tenants et aboutissants du voyage temporel. Si la patrouille veille (un clin d'œil à Poul Anderson, mais aussi l'une des plus vieilles idées S-F) pour éviter les désordres historiques provoqués par des clients parfois mal intentionnés, elle ne peut pas non plus surveiller tout le monde. Les guides le savent bien, ce qui leur permet de prendre quelques libertés avec les règles, libertés parfois funestes, surtout quand on tombe amoureux d'une célèbre ancêtre et que l'amour vous tourne la tête...

     Ecrits tous deux avant 1970, Les Déserteurs temporels et Les Temps parallèles ont pour eux le charme suranné de la libération sexuelle, des drogues libres et psychédéliques, sans jamais tomber dans un ridicule désuet. C'est tout à l'honneur de Silverberg d'éviter la quincaillerie concomitante au voyage dans le temps pour se consacrer avant tout aux personnages, même si certains pêchent par leur côté caricatural ou mal fini. Reste qu'une fois l'omnibus achevé, le lecteur est partagé entre plaisir et scepticisme. On l'a vu, ces deux romans feraient d'excellentes nouvelles, percutantes et intelligentes. Dilués dans une prose certes valable, mais néanmoins trop abondante, ils ne décollent jamais vraiment et se cantonnent au simple divertissement. Du divertissement de qualité, mais du divertissement quand même.

Patrick IMBERT
Première parution : 1/7/2004 dans Bifrost 35
Mise en ligne le : 3/8/2005


     Time Opéra comprend deux romans qui n'avaient plus été réédités depuis une vingtaine d'années, sur le thème, cher à Silverberg, des voyages temporels.

     Les Déserteurs temporels est plus axé sur les intrigues de Quellen, citoyen de septième classe, pour préserver ses privilèges indus que sur le voyage dans le temps proprement dit. En effet, dans ce monde surpeuplé où même l'oxygène est rationné, ce fonctionnaire disposant illégalement d'une retraite en terre africaine doit enquêter sur des chômeurs partis aux XXe et XXIe siècles, dont la liste est connue par les archives du passé. Il ne s'agit pas d'empêcher leur désertion, puisque tout est écrit, mais de trouver l'homme qui leur offre une existence plus digne dans le passé. Comment s'y prendre quand on risque, ce faisant, de mettre les autorités au courant de ses délits ? Une aimable distraction, sans plus, mais qui a gardé un certain charme.

     Les Temps parallèles est un petit bijou d'humour et d'aventure. Tout Silverberg y est : l'inlassable voyageur côtoie le féru d'Histoire, l'humoriste fraie avec le mystique pour un cocktail détonant et rafraîchissant. Le roman multiplie les paradoxes temporels à leur plus haut niveau, générant des situations aussi délirantes qu'hilarantes. À côté de la classique patrouille du temps empêchant la modification de la trame temporelle, travaillent les guides qui offrent aux plus riches d'assister aux grands événements historiques. La crucifixion au Golgotha rassemble donc une foule bien plus nombreuse que celle de l'époque, où les guides sont représentés autant de fois qu'ils ont commenté de visites ! Il ne s'agit que d'un paradoxe d'Accumulation Temporelle qui se dissipe au retour. Les choses se compliquent quand, au cours d'un même voyage, le voyageur effectue plusieurs sauts dans le temps et entre en contact avec lui-même, ou altère des évènements. Cette complexité croissante, proprement jubilatoire, est un des ressorts de l'intrigue. Mais on est aussi séduit par les tranches d'Histoire que Silverberg livre sur Byzance, Constantinople ou la Grande Peste Noire, ainsi que par l'amour auquel succombe le héros, auparavant simplement doté d'un taux de testostérone élevé, pour l'une de ses ancêtres. Tant d'ingrédients si habilement mêlés font de ce livre une réussite, où la gravité, si elle est atténuée par le cocasse des situations, donne au récit une profondeur que Silverberg développera dans les œuvres écrites par la suite.

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/3/2004 dans Galaxies 32
Mise en ligne le : 11/12/2008


 
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