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Harry Potter et l'Ordre du Phénix

J. K. ROWLING

Titre original : Harry Potter and the Order of the Phoenix, 2003

Cycle : Harry Potter  vol.

Traduction de Jean-François MÉNARD
Illustration de Jean-Claude GÖTTING

GALLIMARD Jeunesse
Dépôt légal : décembre 2003
984 pages, catégorie / prix : 28 €
ISBN : 2-07-055685-9   
Genre : Fantasy 



    Quatrième de couverture    
1. HARRY POTTER À L'ÉCOLE DES SORCIERS
2. HARRY POTTER ET LA CHAMBRE DES SECRETS
3. HARRY POTTER ET LE PRISONNIER D'AZKABAN
4. HARRY POTTER ET LA COUPE DE FEU
5. HARRY POTTER ET L'ORDRE DU PHÉNIX

À quinze ans, Harry Potter s'apprête à entrer en cinquième année à Poudlard. Et s'il est heureux de retrouver le monde des sorciers, il n'a jamais été aussi anxieux. L'adolescence, la perspective des examens importants en fin d'année, et ces étranges cauchemars... Car Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom est de retour et, plus que jamais, Harry sent peser sur lui une terrible menace. Une menace que le ministère de la Magie ne semble pas prendre au sérieux, contrairement à Dumbledore. Poudlard devient alors le terrain d'une véritable lutte de pouvoir. La résistance s'organise autour de Harry qui va devoir compter sur le courage et la fidélité de ses amis de toujours...

D'une inventivité et d'une virtuosité rares, découvrez le cinquième tome de cette saga que son auteur a su hisser au rang de véritable phénomène littéraire.

    Prix obtenus    
Bram Stoker, roman pour la jeunesse, 2004

    Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes :    
Jean-Pierre Fontana : Sondage Fontana - Fantasy (liste parue en 2002)  pour la série : Harry Potter
André-François Ruaud : Cartographie du merveilleux (liste parue en 2001)  pour la série : Harry Potter

    Adaptations (cinéma, télévision, BD, théâtre, radio, jeu vidéo, ....)    
 
    Critiques    
     C'est donc le 21 juin 2003, à minuit et une minute très exactement (heure britannique), qu'a été mondialement lancé le cinquième tome des aventures de Harry Potter, Harry Potter and the Order of the Phoenix. Les chiffres donnent le vertige : 1,78 millions d'exemplaires vendus le premier jour au Royaume-Uni, plus de 5 millions aux États-Unis, sans compter tous les pays non-anglophones dont les habitants n'auront pas la patience d'attendre la traduction pour connaître la suite de l'histoire (disponible en décembre en France). Bref, une fièvre semblable en bien des points à celle qui sévit outre-Manche quarante années plus tôt pour certain groupe pop, et que la presse a depuis longtemps baptisée Pottermania.
     Harry Potter est devenu un phénomène mondial qui a largement outrepassé le cadre éditorial : marque dûment déposée et licenciée (à la multinationale Warner Bros., pour ne pas la nommer), il se décline selon toute une gamme de produits et d'accessoires, et a connu une adaptation à succès sur grand écran (à l'heure d'aujourd'hui, comme nul Pottermaniaque ne l'ignore, deux films ont été produits, correspondant aux deux premiers tomes de la saga — le troisième étant actuellement en tournage, et les suivants, selon toute vraisemblance, en phase de pré-production). C'est probablement cette exploitation commerciale de l'univers de Joanne Katherine Rowling qui a retardé la parution de ce cinquième volume, régulièrement annoncé au public affamé tous les six mois depuis maintenant plus d'un an, puis reporté de mois en mois jusqu'à finalement atteindre les étalages des libraires en ce début d'été. Une stratégie de l'effet d'annonce qui n'a eu finalement eu pour effet que de saper la patience des lecteurs, nombreux à trépigner dans les queues en cette nuit de solstice (je le sais, j'en étais). J. K. Rowling avait formé le projet d'offrir aux lecteurs un volume par an, correspondant aux sept années d'études de l'élève Potter au collège Hogwarts. Elle a maintenant renoncé à cet ambitieux projet (tout du moins pour ce qui est du rythme de parution, car tout porte à croire que son rythme d'écriture reste soutenu), mais après tout, devenir la femme la plus riche d'Angleterre mérite bien quelques sacrifices... Force est néanmoins de constater que la longueur du roman est proportionnelle a l'attente qu'il a suscitée : 800 pages, soit une épaisseur supérieure d'un tiers à celle du quatrième tome, Harry Potter et la coupe de feu. On se demande presque comment les plus jeunes vont manipuler cet énorme pavé.
     Nous reprenons le récit là où nous l'avons quitté à la fin du quatrième tome : Harry Potter, qui passe l'été comme à l'accoutumée chez les Dursley (ses oncle, tante et abominable cousin Dudley, terrorisés par ses pouvoirs magiques), est inquiet de ne pas recevoir de nouvelles de ses amis Ron et Hermione, étudiants comme lui au collège Hogwarts pour apprentis-sorciers. Car l'heure est grave : Lord Voldemort, le sorcier maléfique, est revenu d'entre les morts et rassemble autour de lui ses sinistres partisans, les Death Eaters. Harry s'attend à passer un été morose, lorsqu'un jour, alors qu'il se promène avec son cousin, il est attaqué par deux Dementors, les effrayants gardiens de la prison d'Azkaban. Pour sauver Dudley, Harry est contraint de faire usage de ses pouvoirs au grand jour, ce qui est formellement interdit par les lois du Ministère de la Magie. Lourdes conséquences, en effet : il reçoit peu après une lettre officielle lui signifiant son expulsion du collège et sa convocation au Ministère afin qu'il y réponde de son acte. Mais Harry n'a guère le temps de réfléchir sur son sort : un commando de sorciers composé de deux de ses anciens professeurs de défense contre la magie noire (Remus Lupin et Mad-Eye Moody) et de la fantasque Tonks l'emmène bientôt au siège de l'Ordre du Phénix, société secrète qui lutte contre Voldemort et ses sbires, siège qui n'est autre que la maison de son parrain, Sirius Black, toujours traqué comme évadé d'Azkaban. Harry y retrouve ses amis Hermione, Ron, et la famille de ce dernier, qui vont l'aider à préparer son audition au Ministère. L'enjeu s'annonce difficile : le Ministre de la Magie, Cornelius Fudge, n'a de cesse de démentir le retour de Voldemort et orchestre à cet effet une campagne de calomnies mettant en doute la santé mentale de Harry et du professeur Dumbledore (le directeur d'Hogwarts)... Heureusement innocenté par le tribunal des sorciers, Harry est autorisé à retourner à Hogwarts, où les changements sont de taille : le nouveau professeur de défense contre la magie noire est une envahissante envoyée du Ministère qui semble vouloir faire triompher la thèse officielle au sein du vénérable collège. A quoi bon vouloir lutter contre Lord Voldemort si personne ne croit à son retour ? Harry Potter, en proie à l'incrédulité de (presque) tous, va se trouver ici confronté aux plus effroyables dangers de sa jeune existence... Pour ne rien dire des arcanes de l'âme féminine et des examens de fin de cinquième année !
     Ce cinquième volume est dans l'exacte lignée des quatre précédents : l'histoire évolue et l'univers se dévoile avec une telle logique qu'on a presque la certitude que tout était contenu en germes dans le premier épisode, qui semble pourtant aujourd'hui ridiculement étique en comparaison des derniers tomes. Certaines des portes fermées qu'avait esquissées Rowling s'ouvrent en grand, d'autres s'entrebâillent, d'autres enfin restent obstinément fermées. Pour l'instant... Les personnages, qui grandissent avec les volumes, voient ici leurs caractères s'affirmer et leurs hormones leur jouer des tours pendables ; l'innocence de l'enfance, tant dans les actes que le langage, tend à disparaître. L'ensemble demeure plus attachant que jamais, d'autant plus que l'histoire s'éloigne progressivement de la symphonie folâtre pour se diriger irrémédiablement vers un dénouement que l'on pressent poignant et tragique, comme si l'auteur souhaitait que ses lecteurs mûrissent en même temps que son univers. Hélas pour elle (et heureusement pour nous), il y a fort longtemps que Harry Potter a jeté de solides passerelles sur les fossés générationnels.
     Le conseil de lecture est aisé à donner : si vous n'avez pas aimé les quatre premiers volumes, il serait fort surprenant que cela change ici. Et si vous en avez raffolé, il est plus que probable que vous allez également adorer celui-ci (et de toutes façons, vous ne m'avez pas attendu pour vous le procurer). Bien entendu, la longueur du texte peut avoir ses inconvénients : dans un récit où chaque détail à son importance, il est fort probable que le lecteur oubliera certains d'entre eux lorsqu'ils réapparaîtront plus tard dans l'histoire, d'un épisode à l'autre. Mais en l'état actuel des choses, après avoir refermé ce gros volume qu'on aura finalement lu bien trop vite, il est préférable de ne pas trop penser aux longs mois qui nous séparent de la parution de la suite, à moins de se complaire dans la frustration... Allez, tous en chœur : Accio volume 6 !

Julien RAYMOND (lui écrire)
Première parution : 5/7/2003 nooSFere


     Il agace, il énerve, il séduit, il suscite moult réactions pas toujours flatteuses, mais il poursuit son petit bonhomme de chemin millionnaire en se fichant du reste... S'il est possible (et même assez sain) de critiquer l'effet marketing de Harry Potter (au point que les plus jeunes ignorent même qu'au départ, il y a un livre et non une boîte de céréales), de râler contre les films, les poupées, les porte-clés et autres morceaux de la vraie croix, les bouquins, eux, sont remarquablement inattaquables. Bien fichus, bien racontés, drôles et malins, on ne peut décemment leur reprocher grand-chose, à part une certaine niaiserie (d'ailleurs décroissante) trop souvent présente dans la littérature pour enfants (passez par la case Pullman plus haut pour trouver l'exception qui confirme la règle).

     Au menu de ce Harry Potter tome 5 longtemps attendu, 1000 pages de lutte contre le bien et le mal, avec une tendance jouissive à l'injustice. Eh oui, les gens sont méchants et, bien souvent, ce sont eux qui gagnent à la fin... Autant pour la niaiserie évoquée plus haut, et tant mieux pour la profondeur (et l'intelligence) du récit.

     Le lecteur curieux doit au passage s'attarder sur la « méthode narrative Rowling » : Quand on aborde une série, on peut choisir de décrire des personnages qui ne vieillissent pas (Le club des cinq, par exemple), ou bien opter pour le principe plus délicat (mais sans doute plus adulte) qui consiste à faire évoluer son héros au fil des pages. Ainsi, Rowling traite un livre par année scolaire, avec les changements physiques et psychologiques qui en découlent. Premier de la série, Harry Potter à l'école des sorciers (audacieuse traduction de Harry Potter and the philosopher's stone) raconte la première année au collège de Poudlard d'un certain Harry (11 ans). Il y fait la connaissance d'Hermione, de Ron et d'autres excellents seconds rôles (un point fondamental dans tout roman), dans un cadre amusant et merveilleux. Rowling a eu l'idée géniale de décrire un enseignement magique dans un contexte quasi universitaire cohérent, avec tout un bestiaire emprunté aussi bien aux sagas islandaises qu'à Tolkien, en passant par le célébrissime Beowulf. Rien de bien renversant dans ce premier tome, si ce n'est une mise en place du décor, avec un « 300 pages » millimétré, un début, une fin et une morale. Le pied. Harry est encore un petit garçon, et la simplicité du récit correspond assez bien au profil du héros.

     Harry Potter et la chambre des secrets, le tome 2 de la série, reprend le même principe, mais le pimente (et l'augmente) avec un scénario plus tortueux et une psychologie des personnages plus fouillée. Harry est un peu plus vieux, et donc plus à même d'apprendre toutes sortes de choses sur ses parents disparus, tout en se positionnant plus intelligemment dans la vie. Dès lors, la suite est parfaitement logique : les choses vont se compliquer et s'étoffer. Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban est une véritable prouesse scénaristique et le premier « vraiment adulte » de la série. Rowling se lâche niveau pagination et se permet absolument tout ce qu'elle veut (avec un tel compte en banque, qui ne le ferait pas ?) en ajoutant des voyages dans le temps, des coups de théâtre, des méchants qui n'en sont pas, tout en développant le personnage du professeur Rogue (Snape, en anglais), magnifiquement interlope et sans doute l'une des meilleures trouvailles de la série. Encore plus ambitieux, voire démesuré, Harry Potter et la coupe de feu inaugure les futurs pavés de 800 pages qui ne manqueront pas de clore l'ensemble. Harry (alors âgé de 14 ans) y découvre la mort, l'injustice et la folie, tandis que son statut de héros est brusquement remis en cause avec lucidité. C'est un changement majeur, de par la taille du roman d'abord, mais également dans les rapports avec l'autre sexe qu'entretiennent Harry, Ron et Hermione. 14 ans est l'âge de la transformation et Rowling ne se plante pas le moins du monde.

     Aujourd'hui âgé de 15 ans, Harry Potter revient avec un cinquième tome dans la lignée du précédent. Gros, épais et terriblement lisible (dur à lâcher, en quelque sorte), Harry Potter et l'ordre du phénix raconte (pour résumer) l'aveuglement du ministère de la magie face au retour de Voldemort (le Sauron local). Harry s'y montre assez désagréable, voire inique, mais c'est un corollaire logique de l'adolescence. Il découvre également l'amertume de l'amour, en accumulant échecs après échecs avec la très jolie Cho (elle l'embrasse, quand même, mais c'est à peu près la seule concession érotique de Rowling). On pourrait s'attendre à quelque chose de plus dur, mais la série des Harry Potter reste tout de même réservée aux enfants, et il est peu probable que l'auteur suive réellement le développement normal d'un gamin de 11 à 18 ans. Tout au plus peut-elle pimenter ses aventures en densifiant la problématique. Le pari est tenu, dans la mesure où ce tome 5 est lu avec autant de plaisir par les adultes que par les enfants.

     Au final, toutefois, pas grand-chose de neuf. A la fin du tome 4, Voldemort revient mais le ministère de la magie refuse d'y croire. A la fin du tome 5, Voldemort est de retour et le ministère y croit. Voilà. Simpliste ? Oui et non. D'abord parce que la longueur du pavé ne peut qu'être salutaire aux petits (c'est assez merveilleux de penser que des mômes ne s'effraient aucunement de l'épaisseur de la chose, et en redemandent...), ensuite parce que Rowling prend son temps (trop, sans doute), ce qui lui permet de travailler encore un peu plus ses personnages. Divertissant, intelligent et évidemment pour enfants, Harry Potter tome 5 reste un livre à lire. Quant à la série dans son ensemble, on l'a vu, elle implique une difficulté et une profondeur croissante, singeant l'évolution des enfants qui lisent Harry Potter au fur et à mesure. Reste que ce principe fonctionne pour peu qu'on se limite évidemment à un livre par an.

Patrick IMBERT
Première parution : 1/1/2004 dans Bifrost 33
Mise en ligne le : 1/3/2005


 

 
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