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Le Silence de l'espace

Tommaso PINCIO

Titre original : Lo spazio sfinito, 2002
Première parution : Rome, Italie : Fanucci, AvantPop, 2002

Traduction de Éric VIAL
Illustration de Alain BRION

GALLIMARD (Paris, France), coll. Folio SF n° 142
Dépôt légal : mai 2003, Achevé d'imprimer : 16 mai 2003
210 pages, catégorie / prix : F5
ISBN : 2-07-042660-2
Format : 10,8 x 17,8 cm  
Genre : Imaginaire



    Quatrième de couverture    
     1956 : par lassitude généralisée, un certain Jack Kerouac accepte de passer neuf semaines en orbite autour de la Terre pour le compte d'une compagnie de boissons gazeuses très connue... Sa mission : contrôler les étendues vides et silencieuses de la portion d'espace concédée à l'entreprise.
     Pendant ce temps, parce qu'il s'est épris d'une libraire un peu spéciale — une certaine Marilyn Monroe aux lèvres argentées — un certain Neal, ami dudit Jack Kerouac, entame une torride entreprise de séduc­tion... téléphonique sur une certaine Norma Jean Mortensen, l'épouse délaissée d'un certain Arthur Miller qui n'est autre que le directeur du programme spatial d'une compagnie de boissons gazeuses très connue...
     Toute dissemblance avec l'histoire que vous connais­sez est tout sauf une coïncidence !
 
     Fer de lance d'une nouvelle génération d'auteurs puisant leur inspiration dans les icônes de la culture populaire et les littératures de genre, Tommaso Pincio, né à Rome en 1963, est également l'auteur d'Un amour d'outremonde, hommage fulgurant rendu à Kurt Cobain, le chanteur du groupe Nirvana.

    Sommaire    

    Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes :    
 
    Critiques    
     Un homme est envoyé dans une station orbitale où il entend un bruit, une sorte de gémissement émanant de l'espace... Sur Terre, un de ses amis entretient une relation amoureuse téléphonique à la suite d'une méprise...

     Ces deux fils narratifs n'ont a priori rien de très excitant, mais Pincio réussit dans les premiers chapitres à éveiller l'intérêt du lecteur grâce à un ton assez incisif et surtout en situant son intrigue en 1956 et en nommant ses personnages principaux Jack Kerouac, Arthur Miller, Marilyn Monroe, etc.
     S'agit-il d'une uchronie ? Pas vraiment. Le point de divergence n'est pas clair et les personnages n'ont en fait pas le moindre rapport avec leurs homonymes de notre réalité. Il pourrait bien sûr s'agir d'un univers parallèle mais on constate rapidement que ni cette date ni ces patronymes n'ont une réelle importance. Il s'agit davantage d'une mystification, d'une sorte de piège destiné à égarer le lecteur en lui imposant les images et les figures d'une époque dont il lui faudra se défaire avant de pouvoir accepter le récit tel qu'il est vraiment.
     Bref, on approche d'un roman « conceptuel », dont l'idée principale serait de démontrer le poids du nom quand il acquiert une dimension mythique : impossible de citer Marylin Monroe, James Dean ou William Burroughs sans que jaillissent les images qui leur sont associés dans l'imaginaire collectif, même lorsque le contexte est tout autre.

     L'idée serait intéressante sur la longueur d'une nouvelle. En revanche, une fois ce curieux décalage admis par le lecteur, elle perd vite de son intérêt et elle ne suffit pas à remplir un roman, même aussi court — moins de deux cents page, certains chapitres se limitant à une phrase ou même moins. Seule la curiosité et quelques scènes humoristiques poussent le lecteur à achever cette lecture rapide, pour voir où l'auteur veut en venir... Pas bien loin en fait. Le contexte social — les zones spatiales appartiennent à de grandes compagnies comme Coca-Cola ou Walt Disney — n'est pas assez étoffé pour que la charge satirique soit efficace. L'hypothèse paranoïaque — l'homme a-t-il vraiment conquis l'espace ? — est peu originale et surtout trop peu développée. Quant au dénouement, il prend la forme d'une queue de poisson.

     Dans une postface prétentieusement intitulée « Le conSENSus narratif, manifeste avantpop », Luca Briasco et Mattia Carratello — directeurs de la collection italienne AvantPop où fût publié Le Silence de l'espace — tentent pourtant de convaincre le lecteur qu'il découvre là une nouvelle forme de littérature. Cependant, même s'ils évoquent « un ensemble bien délimité d'œuvres dans lesquelles se concrétise la possibilité d'un système narratif où l'on constate en premier lieu un lien réel entre fiction et réalité contemporaine », ils ne parviennent guère à convaincre de l'unité de ce « mouvement avantpop » qui rassemblerait des auteurs comme James G. Ballard, Virginie Despentes, Philip K. Dick et Michel Houellebecq et qui hésiterait entre la fusion des genres, la fiction transgressive et un éventuel post-post-modernisme...

     A sa manière, ce roman bancal est une curiosité, ce qui suffit à en justifier la lecture si l'on est un amateur de livres décalés et hors normes. Néanmoins, on n'en retire pas grand chose au bout du compte.

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 1/9/2003 nooSFere


     Encore inconnu en France il y a peu, Tommaso Pincio a déjà fait parler de lui avec Un Amour d'outremonde, roman sombre et vénéneux publié chez Denoël dans la collection « Lunes d'encre », et présenté comme une sorte de biographie science-fictionnesque de Kurt Cobain. Dans un registre radicalement différent, le jeune auteur italien est de nouveau à l'affiche avec un texte décalé et délirant, publié cette fois en poche dans la collection Folio « SF ».

     Le Silence de l'espace fait partie de ces livres sortis d'on ne sait où, divinement bien écrit, et d'une telle originalité qu'on pourrait facilement parler de fulgurance, voire de chef-d'œuvre. L'histoire n'est pas simple : Jack Kerouac (oui oui, LE Jack Kerouac) s'ennuie. Il a besoin de faire le point sur sa vie. Qu'à cela ne tienne, Coca Cola Enterprise INC l'envoie sur sa station spatiale orbitale surveiller la portion d'espace que le gouvernement a offert à la très célèbre marque. Dirigée par un PDG survitaminé au curieux patronyme d'Arthur Miller, l'entreprise a une devise simple : « pas d'emmerdes ». Des emmerdes qu'Arthur Miller s'efforce d'éviter, d'autant que sa femme (une certaine Norma Jean Mortensen) le fatigue suffisamment. Et quand un ami de Jack Kerouac nommé Neal Cassidy téléphone à cette pauvre Norma Jean délaissée, pensant avoir affaire à Marilyn Monroe, libraire de fast-book dont il est tombé amoureux il y a peu, les choses se compliquent dans un sens, mais s'expliquent dans l'autre... Pendant ce temps, l'espace continue d'être infini (et mortellement silencieux), malgré Jack Kerouac, malgré James Dean, malgré Cary Grant... Il n'est d'ailleurs pas impossible que tout ça ne soit qu'un coup monté par l'armée américaine et que l'espace ne soit pas autre chose qu'un endroit artificiel, recréé sous la surface d'un lac au Nevada...

     Délirant au premier coup d'œil, incroyable de drôlerie (le dialogue d'embauche entre Kerouac et Miller est un petit chef-d'œuvre d'acidité), Le Silence de l'espace est pourtant emprunt d'une gravité désespérée, d'un rare attachement aux personnages et d'une lucidité amère très remuante.

     Rapidement lu, mais encore plus rapidement re-lu avec délectation, ce livre inclassable est à ranger aux côtés des textes essentiels, de ceux qui réconfortent toute une bibliothèque sans en avoir l'air. Un vrai régal et un inédit exceptionnel pour Folio « SF ».

Patrick IMBERT
Première parution : 1/10/2003 dans Bifrost 32
Mise en ligne le : 11/1/2005


     Bon, avouons-le : on s'est lourdement gouré en proposant, sans l'avoir lu, de chroniquer ce titre-là, parmi tous ceux suggérés par le gentil organisateur de la rubrique « Lectures » de cette revue. Pourtant, on aurait dû s'en douter : un auteur italien avec un nom comme Tommaso Pincio est suspect, forcément suspect, pour ne pas dire coupable. Et puis, une fiction à laquelle les éditeurs ressentent le besoin de rajouter une postface intitulée Le ConSENSus narratif : manifeste avantpop n'augure absolument rien de bon.

     Mais non, on a juste vu sur la 4e de couverture qu'il s'agissait de Jack Kerouac qui « accepte de passer neuf semaines en orbite autour de la Terre pour le compte d'une compagnie de boissons gazeuses très connue... ». Comme on gardait un souvenir vague mais attendri des Clochards célestes (où le narrateur passe effectivement deux mois tout seul sur une tour de guet en haut d'une montagne nommée « Désolation », pour le compte du Service fédéral des forêts afin de détecter les feux, et pour son propre compte aussi, à la recherche d'un satori pas complètement improbable), lu à l'âge de 14 ans, et comme ça parlait aussi des amours entre Neal Cassady et Marilyn Monroe, ou du moins une certaine Norma Jean Mortensen, mariée avec un certain Arthur Miller, alors on s'est dit : « Pourquoi pas ? ».

     Hélas, si on ne peut pas accuser le directeur de cette collection de publicité mensongère (car tout ce que cette 4e de couv' promet est bel et bien là), on se sent quand même floué quelque part par ce livre : le Jack Kerouac en question n'est pas le JK de nos souvenirs, Marilyn n'est pas notre MM, Arthur Miller est méconnaissable, et caetera. Et si on a bien compris le jeu, le but de l'auteur est de nous faire comprendre que ces personnages, réduits au statut d'icônes culturelles engluées dans notre société de consommation, sont atteints fatalement par une espèce de léthargie dépressive généralisée et comme vidés de toute énergie libératrice, tout simplement incapables de stimuler notre imaginaire en quoi qui se soit. Le degré d'entropie et d'ennui induit par ces pages est tel que la dernière image du roman (et ici on ne gâche aucun suspense, on vous l'assure...) est celle d'un Neal Cassady assoupi et silencieux ( ! ! ! -les amphés étant visiblement abolies par les lois qui régissent cet univers fictif...), ne rêvant que de rentrer à la maison. Alors, disons les choses brutalement, pour celui qui écrit ce compte-rendu, logé pendant cet été 2003 caniculaire dans le massif des Maures et affligé par la chaleur, les incendies forestiers (ici, quelques doux-dingues perchés sur des tours de guet seraient les bienvenus...) et les piqûres de bestioles diverses, ce livre ne constitue qu'une source d'irritation et de désagrément supplémentaire. Bref, on n'est pas content, du tout, du tout... Et le pire, c'est qu'on soupçonne fort que ce soit très exactement l'effet recherché par l'auteur.

Tom CLEGG (lui écrire)
Première parution : 1/9/2003 dans Galaxies 30
Mise en ligne le : 27/11/2008


 
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