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Blanc comme l'ombre

Philippe CURVAL

Première parution : Paris, France : J'ai lu, Millénaires, 2003


J'AI LU (Paris, France), coll. Millénaires n° (6094)
Date de parution : 3 juin 2003
Dépôt légal : mai 2003, Achevé d'imprimer : mai 2003
Première édition
Roman, 234 pages, catégorie / prix : 15,00 €
ISBN : 2-290-33419-7
Format : 13,0 x 19,5 cm
Genre : Science-Fiction

Couverture : © Photonica.



Quatrième de couverture
De nos jours, en France. Robert Crive est un fidèle agent du Secret, avatar moderne et informatisé des anciennes agences de détectives. C'est un être consciencieux, zélé, discret, efficace. Un peu comme ce Victor Berre, organisateur des basses œuvres de l'État, qu'on le charge de suivre, dans le cadre d'une mission qui sort quelque peu de l'ordinaire. Car ses seules consignes sont, plutôt que de mettre au jour les activités ou antécédents de la « cible », de suivre celle-ci comme une ombre, pour découvrir son portrait psychologique, ses goûts, ses habitudes, bref révéler ce qui se cache derrière l'individu officiel.
Très rapidement, tandis que Berre semble opérer un retour aux sources (renouant avec sa famille et les lieux de son enfance), Crive se sent imprégné par la personnalité complexe de celui qu'il doit pister, et découvre le secret de son étrange particularité physique — le visage de Berre semblé éclairé de l'intérieur, ce qui gomme ses traits et leurs ombres, lui donnant une apparence imperceptible. Quand le chasseur en vient de surcroît à tomber amoureux de la même femme que sa proie, le doute n'est plus permis : les deux êtres ont plus en commun qu'un simple lien professionnel...
 
Après un brillant retour sur la scène littéraire en 2000 à l'occasion d'un Voyage à l'envers salué par le public et la critique, Philippe Curval nous offre ici un thriller complexe aux enjeux métaphysiques et philosophiques aussi universels que déroutants. A travers cette quête de mémoire de deux êtres que tout rapproche jusqu'à une révélation finale sidérante, c'est aussi un texte très personnel, sobre et pudique, que livre cet auteur décidément incontournable dans le paysage de la science-fiction française.
Critiques
     Victor Berre est l'exécuteur des basses œuvres du gouvernement français. Travaillant dans l'ombre, il est celui qui organise les pires crimes au nom de la raison d'Etat. Robert Crive travaille pour le Secret, officine héritière des anciennes agences de détectives.

     Le second est chargé de suivre le premier. Par qui ? Pourquoi ? Crive n'en sait rien, mais il est payé pour ça, alors il le fait. Et il n'est pas au bout de ses surprises. En effet, Berre est déconcertant à plus d'un titre. Bien sûr, il y a cette particularité physique, une lumière diffuse qui semble émaner de son corps, qui l'éclaire de l'intérieur et gomme les traits de son visage. Mais il y a plus inquiétant, car au fur et à mesure que Crive découvre la véritable personnalité de Berre, il semble en même temps s'oublier lui-même. Lorsque ses propres souvenirs sont remplacés par ceux de Berre, lorsqu'un lien télépathique s'installe entre eux, alors Crive commence réellement à se poser des questions, car il n'a pas été choisi au hasard pour mener cette enquête : quels liens existent vraiment entre ces deux hommes ?

     Disons-le de suite : plutôt qu'un roman d'action, Blanc comme l'ombre est un roman d'ambiance. Et pour installer l'ambiance, Curval prend son temps, tout son temps : c'est long ! Dire que Curval écrit d'une plume de maître n'a rien d'une révélation : un style élégant, impeccable, des mots qui frappent. Il donne surtout l'impression d'écrire pour lui-même. Et puis, de temps en temps, notre auteur semble se souvenir qu'il a : 1/ un lecteur, 2/ une action à mener, ou du moins un mystère à résoudre. Alors hop, vite, il fait avancer l'action en balançant les révélations par brouettes entières. On passe cent pages à suivre un quidam auquel on a du mal à s'intéresser, et soudain, en deux-trois pages chrono, un pan entier du mystère nous est révélé, posé là comme un cheveu sur la soupe, sans aucune subtilité. Et le cycle recommence.

     Pour la peine, le lecteur reste un peu sur la touche, un chouia désillusionné : une histoire qui avance par hoquets monstrueux, aucune finesse dans l'à-propos, une montée en tension qui ressemble à l'encéphalogramme d'un poulpe. Curval tombe dans le piège de la facilité, de la mauvaise manie qu'ont beaucoup d'auteurs à jouer les deus ex machina, sauf qu'ici, il ne le fait pas avec ses personnages, mais avec les événements et au détriment de la progression dramatique. Du coup, la révélation finale, assez laborieuse, arrive sans que le lecteur n'éprouve plus qu'un intérêt poli. Et comme ce final manque franchement d'originalité, je vous laisse imaginer l'intérêt de la chose...

     Avec Blanc comme l'ombre, on se régalera des descriptions, des paysages, de l'usage de la langue de Molière. Quant aux amateurs d'action trépidante et de rythme effréné, ils passeront leur chemin.

Sandrine GRENIER
Première parution : 1/10/2003 dans Bifrost 32
Mise en ligne le : 9/1/2005


     Le détective Robert Crive est chargé de suivre, comme son ombre, un certain Victor Berre, personnage trouble, mêlé à des secrets d'état. Curieusement, on ne lui demande pas d'enquêter sur les activités louches du personnage mais sur son caractère et ses origines mystérieuses. Trouvé en pleine nature par un gendarme, le bébé a été adopté par Max Berre, un diplomate en poste au Japon. Le jour où les Américains ont lancé sur Nagasaki la deuxième bombe nucléaire, il a survécu par miracle, peut-être protégé par le corps de sa sœur, désintégrée par l'explosion. De ce drame viendrait l'étrange halo qui baigne le visage de Victor Berre, estompe ses traits. À mesure que l'enquête progresse, Robert Crive est confronté à une énigme qui le touche directement : le sentiment qu'un lien télépathique le relie à Victor Berre, qu'il absorbe comme un buvard la personnalité de l'homme qu'il traque.

     Rien de plus limpide que le nouveau roman de Philippe Curval. Il se lit, dans un premier temps, comme un roman policier au style élégant, légèrement insolite, ainsi qu'en témoigne le passé simple de la première phrase : « Quelqu'un geignit soudain, exprimant une déchirante douleur. », bientôt suivi d'un imparfait du subjonctif : « Se pouvait-il qu'un chien fût à l'origine d'une pareille lamentation ? ». Insensiblement, le polar glisse vers l'espionnage. Le lecteur se demande quels secrets d'état dissimule Victor Berre. Une autre question le taraude : Philippe Curval aurait-il délaissé la science-fiction pour le thriller ? La réponse est négative. Après une escapade vers la sexualité déroutante du personnage, surgissent des allusions au clonage, aux galaxies lointaines, au voyage temporel. Cette critique n'aura pas la cruauté de révéler le dénouement et les nombreux rebondissements qui y conduisent. Ils sont à la hauteur des attentes et appartiennent à la meilleure science-fiction, celle qui allie l'imaginaire à l'approfondissement d'une quête philosophique.

     La science-fiction française compte un nombre restreint d'écrivains majeurs, capables de se hisser au niveau d'un Brian Aldiss ou d'un Robert Silverberg, d'aborder la métaphysique sans succomber aux écueils d'une spiritualité de bazar où se fracassent tant d'auteurs parmi les plus grands. Philippe Curval est de ceux-là. La finesse est la caractéristique principale de Blanc comme l'ombre. La limpidité de l'intrigue, la justesse du style canalisent le glissement progressif vers la complexité. Une complexité où, comme l'annonce le titre en oxymoron, se marient les contraires. D'une scène initiale réaliste, dans un décor banal de restaurant, on se laisse entraîner, sans à-coups, vers la vision cosmique finale. De l'enquête sur un homme, on passe à l'interrogation sur l'humanité. La dimension transcendante n'est pas assénée, déroulée avec grandiloquence mais suggérée. Elle atteint son sommet dans une description du néant et de l'infini. L'amateur de littérature se réjouit de multiples allusions. La plus transparente concerne la naissance de Victor Berre, annoncée par une étoile filante comme celle du Christ et proche de celle d'Œdipe, enfant trouvé sur une montagne.

     Dernière remarque, qui n'est pas anodine, Blanc comme l'ombre est un roman humaniste, comme l'étaient déjà L'Homme à rebours ou Cette chère humanité. Pour en dégager le message, il faut reprendre et déformer la célèbre formule de Pascal : « L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature ; mais c'est un roseau aimant. »

Gilbert MILLET (site web)
Première parution : 1/9/2003 dans Galaxies 30
Mise en ligne le : 25/11/2008

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