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Eternity Express

Jean-Michel TRUONG



Illustration de Mike AGLIOLO & CORBIS & SANFORD

ALBIN MICHEL (Paris, France), coll. Romans français
Dépôt légal : février 2003
Roman, 304 pages, catégorie / prix : 19,50 €
ISBN : 2-226-13602-9   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Eternity Express.

     Quand ce train arrivera à destination, vous saurez ce que vaut vraiment votre vie.

     Un roman exceptionnel et terrifiant aux frontières de la science-fiction et de la philosophie.

     Un suspense machiavélique en forme de cri d'alarme où l'auteur de Reproduction interdite explore une fois encore le pire des mondes : celui que nous sommes en train de créer.
 
    Critiques    
     Notre futur proche... Le krach économique tant redouté a eu lieu et des dizaines de millions de sexagénaires, aux retraites dévaluées, sont voués à la misère... Qu'à cela ne tienne : on vote la loi dite de « délocalisation du troisième âge » ! Et voilà nos papys, ruinés mais soulagés, embarqués à bord de l'Eternity Express, un confortable convoi ferroviaire qui les conduit vers une destination lointaine. Avec un niveau de vie six fois moins élevé qu'en Occident, la Chine a en effet proposé à l'Europe de la soulager d'un poids insupportable, tout en offrant à nos vieux une retraite décente. Voire...
     Il faut dire qu'après l'attentat du World Trade Center, comme le rappelle le narrateur, « tous les Ubus de la Terre s'étaient saisis du prétexte du terrorisme pour légitimer leurs propres ignominies — intrusions dans la vie privée, suppression des libertés fondamentales et autres violations, plus ou moins marquées selon les latitudes, des droits élémentaires de leurs opposants. » Et voilà comment une grève de femmes, dans une usine textile proche de Canton, débouche sur une répression sauvage : 400 morts et 2 600 déportées au Lao Gai, les camps de concentration chinois... Pour Xuan, le futur maître du pays, qui s'adresse à son ami et complice de jeunesse, rien à redire : « C'était le prix à payer pour la modernisation du pays [...]. Dans une économie concurrentielle, c'est ça ou disparaître... Nous sommes en guerre, Jonathan, et à la guerre, certains sont sacrifiés pour que le plus grand nombre vive. Cette nécessité, confusément, le plus grand nombre la reconnaît et l'accepte, et c'est pourquoi, lorsque certains périssent, le plus grand nombre se tait. » Une logique qui, poussée jusqu'à l'extrême...
     De son côté, revenu en France après avoir fui la Chine en pleine crise, Jonathan a tâté de la prison, avant, médecin déchu, d'être victime du krach. Sorti de prison, il est appelé par Xuan, devenu le maître tout puissant d'une Chine en plein essor, qui lui propose, curieusement, de le rejoindre en empruntant l'Eternity Express. Mais quelle est la véritable mission de Jonathan ? Et vers quel destin l'Europe envoie-t-elle vraiment ses encombrants retraités ?
     On ne souligne sans doute pas assez l'exceptionnelle cohérence des univers des romans de Truong, qui s'appuie sur une très solide documentation. À chaque livre, il met en scène les mêmes angoisses face à l'avenir terrifiant que l'humanité, selon lui, se bâtit dans une irrésistible course à l'abîme. Après Reproduction interdite (qui vient d'être réimprimé) et Le Successeur de pierre, les deux précédents romans de l'auteur, Eternity Express est un nouveau cri de colère, d'autant plus efficace que Truong ne semble jamais s'impliquer ; avec un art consommé de l'utilisation des personnages, il dissimule ses indignations derrière un cynisme matérialiste de bon aloi !
     Ses récits — personne ne semble encore l'avoir relevé — développent cependant une conception métaphysique fort discutable : sa position sur la valeur de la « vie », dès la conception, semble parfois proche des thèses « pro-life ». Il nous semble que cette thèse hasardeuse n'explique en rien les dérapages (im)moraux de nos sociétés. Le « tout libéral » qui réduit l'homme à une marchandise — Truong y insiste d'ailleurs avec brio — est autrement explicatif...
     Reste l'essentiel : un roman brillant, haletant, à la construction millimétrée, à l'impressionnante maîtrise narrative. Eternity Express est à recommander chaudement.


Stéphanie NICOT (lui écrire)
Première parution : 1/4/2003 dans Galaxies 28
Mise en ligne le : 1/9/2005

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition POCKET, Thriller (2005)


     Jean-Michel Truong est un nom dont la seule mention fait, à juste titre, froid dans le dos à plus d'un lecteur averti. Après avoir, peu de temps avant l'affaire Dolly, traité du clonage (Reproduction interdite, 1989, réédité en 1999 chez Plon), puis de ce qui viendra après l'homme (Le Successeur de pierre, Denoël, 1999, roman teilhardien qui reste son chef-d'œuvre), il s'attaque ici au vieillissement de la population et à ses conséquences. L'art de l'anticipation, qui a connu pendant les années 90 une très révélatrice remise au goût du jour, lui sied à merveille. Pas question, avec Truong, d'hypothèses peu crédibles : n'en déplaise aux optimistes et aux envieux, on n'est pas ici dans la futurologie de bazar. Et le moins qu'on puisse dire est que ce n'est guère rassurant.

     Fin des années 2020. La vieille Europe est exsangue après l'Eternity Rush, dernier miroir aux alouettes boursier parachevant le fiasco entamé avec la Nouvelle Économie et l'explosion de la bulle Internet. Une double solution est trouvée au problème aussi urgent que critique du papyboom : d'abord, l'immigration massive, vers l'Europe, des populations jeunes d'un Extrême-Orient en pleine crise démographique et politique ; ensuite et surtout, la déportation vers la Chine de cohortes de retraités qui ne peuvent survivre, dans les pays du Premier Monde, avec des pensions se réduisant comme peau de chagrin. L'express de l'éternité, train parti de la gare de l'Est et qui ne s'arrêtera qu'en Mandchourie, les emmène vers un futur présenté comme radieux... (pour plus de précisions, voir le papier de S. Nicot dans Galaxies n° 28).

     La patte inimitable de l'auteur se retrouve bien dans ce récit au pessimisme terrifiant, chronique d'une catastrophe démographique annoncée, dont toutes les causes et conséquences (sociologiques, psychologiques, politiques, économiques) sont développées de front. Voilà bien ce qui vaut à Truong son étiquette de Cassandre, ravissant les uns et irritant ceux qui ne se résolvent pas à imaginer un désastre aussi prochain que définitif. Heureusement pour eux, Eternity Express présente certaines faiblesses, derrière lesquelles détracteurs de tout poil et autruches de toute plume se réfugieront, une fois encore, pour refuser de débattre sur l'essentiel. Il faut reconnaître que lesdites faiblesses nuisent (un peu) à la lecture : les ficelles de l'intrigue sont parfois trop voyantes (on n'en dira — quand même — pas plus) et, surtout, la trame est trop souvent sacrifiée à la conjecture et au pamphlet. On se prend parfois à regretter que l'auteur n'ait pas choisi la forme de l'essai pour traiter son sujet (ainsi qu'il l'a fait par exemple avec Totalement inhumaine, chez Les Empêcheurs de penser en rond —  ! ! — , en 2001).

     Mais peu importe, finalement. Car en suivant le trajet de ce transsibérien pas comme les autres, et avant d'en venir aux idées nouvelles (... ? !), l'auteur passe en revue maintes formules envisagées pour endiguer ce cataclysme social. Et lorsqu'il est question d'exode massif des vieux, d'importation à grande échelle d'une main-d'œuvre à bon marché, de l'implosion du système des retraites, doit-on vraiment faire la fine bouche devant quelques détails de forme ?.. Car on aurait tort de croire que l'auteur, fort bien documenté sur toutes les questions qu'il aborde, se complaît dans l'exagération. Les villages de Mandchourie construits par Clifford Estates n'existent-ils pas déjà ? Prophète de malheur, Truong ? Non pas. Simplement un homme à la pensée informée et effroyablement logique. Qu'un tel visionnaire nous serve les pires cauchemars de l'humanité ne devrait pas suffire à le disqualifier. L'absence de réaction face à ces lendemains qui déchantent est peut-être le plus sûr moyen de les faire advenir.

Xavier Noÿ & Bruno della Chiesa

Xavier NOY
Première parution : 1/3/2005
dans Galaxies 36
Mise en ligne le : 18/1/2009




 
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