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La Voie terrestre

Robert REED

Titre original : Down the Bright Way, 1991

Traduction de Bernard SIGAUD
Illustration de MANCHU

LIVRE DE POCHE (Paris, France), coll. SF (2ème série, 1987-) n° 7206
Dépôt légal : avril 1998
Roman, 384 pages, catégorie / prix : 9
ISBN : 2-253-07206-2   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Le long de la Voie, il y a une infinité de Terres parallèles. Toutes différentes.
     Ceux qu'on appelle les Vagabonds voyagent d'une Terre à l'autre depuis plus d'un million d'années. Pour faire régner la paix et la justice grâce à leur science considérable.
     Mais Kyle, le Terrien ordinaire qui a pris l'habitude de se faire passer pour l'un des mystérieux Vagabonds, juste pour lever des filles, va découvrir que la Voie terrestre mène aussi dans l'autre direction.
     Celle du Mal.

    Sommaire    

    Prix obtenus    
Grand Prix de l'Imaginaire, roman étranger, 1995
 
    Critiques    
     Il y a des univers parallèles. Une multitude, une infinité. Et il y a une voie qui relie ces univers, passant de Terre en Terre : la Clarté. Lorsqu'il existe une longue route ne menant littéralement nulle part puisque pointée sur l'infini, on peut être sûr qu'un certain nombre d'individus vont l'arpenter. Ce sont les Vagabonds, qui cherchent à retrouver les créateurs de la Clarté. Accessoirement, en bondissant de Terre en Terre, ils militent pour une grande fraternité des humains au long de cette « voie terrestre ».

     Sur notre Terre, ils proposent quelques hochets technologiques (énergie renouvelable, vaisseaux intersidéraux, ingénierie planétaire...) tout en poussant à la création d'une véritable fédération mondiale. Évidemment, certains jeunes gens plutôt en problème avec eux-mêmes (le syndrome James Dean dans La Fureur de vivre en somme) profitent honteusement de l'aura des Vagabonds en se faisant passer pour l'un des leurs auprès des petites nanas. Comme Kyle, transformé en tombeur par la magie du mot « vagabond ».

     La Voie terrestre est le troisième roman de Robert Reed publié en France, après La Jungle hormone et Le Lait de la chimère, et avant Le Voile de l'espace. Reed est très certainement l'un des auteurs les plus intéressants qui aient été révélés ces dernières années, même s'il ne possède ni l'envergure ni le charisme d'un Dan Simmons ou d'un lain Banks. Mais aucun de ses livres n'est banal. Et comme le souligne son éditeur, chaque fois que Reed empoigne un motif déjà bien usé (songez aux innombrables univers parallèles peuplant la SF), il le manipule et le renouvelle considérable ment.

     Kyle sera pris en otage, en compagnie de Jy (la « Resplendissante » supérieure charismatique des Vagabonds) et de quelques autres, par un renégat nommé Moliak, ancien collaborateur de Jy. Ils filent au long de la Clarté, survolant des Terres toutes différentes. On découvre alors que les univers ne sont pas agencés au hasard le long de la voie : leur succession répond à une logique, qui n'est ni mécanique ni spatiale. Comme le souligne Klein dans sa préface, « la morale devient une dimension de l'espace ». D'un côté les Terres paradisiaques, de l'autre les infernales. Voilà un beau retournement de motif éculé ! Notre propre place dans le classement, Reed se montrant lucide, est évidemment assez médiocre.

     Hitchcock, je pense, a établi la loi selon laquelle plus le méchant est réussi, meilleure est l'histoire. Avec Moliak, Reed en a construit un qui peut répondre à ce critère, mais dans le même temps il nous l'offre crédible et motivé. Dans son passé, Moliak s'est trouvé en présence du mal. Du Mal absolu, nouvel archétype : les inTrouvés, version absolument pervertie (si c'est possible) de l'humanité, qui ne se sont pas autodétruits ni n'ont évolué vers une conscience meilleure. En permanence, les inTrouvés vivaient dans le mal, la guerre totale, l'enfer. Moliak les détruit, contrevenant à toutes les règles des Vagabonds. Mais les a-t-il détruits ? Et s'ils existent ailleurs, d'où viennent-ils ? Moliak décide de couper en deux la Clarté, en utilisant un « déclencheur » que Jy porte en elle.

     Tout récit doit comporter une conclusion, et parfois celle-ci constitue son point faible. C'est souvent le problème des livres que l'on n'a pas envie de quitter : aucune fin ne semble satisfaisante. Ici, la solution de la crise est peut-être, comment dire, trop rapide ? En revanche, Reed est de ceux qui proposent une vision riche et développée, ce n'est pas si fréquent. Enfin, sa manière gourmande de conter les perversions de l'esprit des individus ferait pardonner bien des faiblesses. « Tout le monde est monstrueux » semble être le message. Mais certains luttent contre eux-mêmes, telle Jy.

Dominique WARFA (lui écrire)
Première parution : 1/9/1998 dans Galaxies 10
Mise en ligne le : 22/11/2008

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition Robert LAFFONT, Ailleurs et demain (2000)


     Vagabonds d'une Terre à l'autre
     De l'autre côté de notre réalité, prétend Robert Reed, s'enchaîne un interminable cortège de mondes parallèles.
     L'auteur de « La voie terrestre » reprend à son compte un vieux refrain de science-fiction : notre planète n'est pas un modèle unique, mais une des multiples Terres existant dans des plans de réalité contigus. Dans l'imagination de Robert Reed, la plupart de ces mondes parallèles sont habités par une espèce d'apparence humaine. Mais l'Histoire, selon lui, y suit des cours divergents. Certains en sont encore à l'âge de la pierre, alors que d'autres voient s'épanouir des civilisations au faîte du développement technologique.
     Les pacifiques Vagabonds appartiennent à cette élite. Leur science a ouvert une enfilade de portes entre les différents univers, qu'ils visitent l'un après l'autre au fil des millénaires. Au passage, ils éduquent les peuples inférieurs rencontrés dans leur périple et accélèrent en douceur leur évolution. Mais ces philantropes errants ne se contentent pas d'ajouter de nouvelles perles au collier de la fraternité cosmique. Leur quête a un autre objectif : parvenir au bout de la route qui relie les mondes et où, dit-on, les attendent les mystérieux Créateurs.
     Robert Reed brosse de ses Vagabonds un portrait ébloui, comme s'il assistait lui-même au débarquement de ces grands frères immortels. Omniscients, bienveillants, ils n'inspirent aux Terriens médusés qu'admiration et confiance. Mais le rêve a son revers : le lecteur découvre soudain que des milliers d'années de sagesse n'ont pas effacé tout instinct de violence. Après des pages d'utopie débonnaire, le roman bascule dans le cauchemar et les demi-dieux tombent bruyamment de leur piédestal. Reste l'homme, rendu à lui-même, mais gardant devant lui toute la gamme des possibles.

François ROUILLER
24 heures
Mise en ligne le : 5/11/2000




 
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