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L'Homme vert

Kingsley AMIS

Titre original : The Green Man

Traduction de Marcelle SIBON

MARABOUT - GÉRARD , coll. Bibliothèque Marabout - Fantastique n° 398
Dépôt légal : 1972
256 pages, catégorie / prix : 3
ISBN : néant   
Genre : Fantastique



    Quatrième de couverture    
     Les pires sceptiques sont bien contraints de croire aux fantômes — surtout lorsque ceux-ci viennent les importuner sous leur propre toit. C'est le cas de Maurice Allington, quadragénaire désabusé, un tantinet alcoolique : l'auberge qu'il tient dans la campagne anglaise, « L'homme vert » est bel et bien hantée ! Et, même si cette fâcheuse constatation ne l'empêche pas de multiplier les avances auprès de sa maîtresse, Allington devra bien un jour affronter le fantôme de face et se transformer en exorciste pour mettre fin à ses ébats...
     Sarcastique, grivois, malicieux, désinvolte, Kingsley Amis compose ici avec le surnaturel en faisant varier l'horreur, l'érotisme et l'humour.

    Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes :    

    Adaptations (cinéma, télévision, BD, théâtre, radio, jeu vidéo, ....)    
Le Fantôme de l’auberge , 1990, Elijah Moshinsky (Téléfilm)
 
    Critiques    

Des amateurs de science-fiction, Kingsley Amis n'était connu jusqu'à présent que pour son panorama de cette littérature, New maps of hell (1960), paru en France dans la Petite Bibliothèque Payot sous le titre plus prosaïque de L'univers de la science-fiction ; un autre ouvrage critique, Le dossier James Bond (Plon, 1965) avait également attiré l'attention. Mais comme romancier, très connu outre-Manche, Kingsley Amis est presque inconnu en France : une infime minorité de ses romans a été traduite, dont le plus connu, Lucky Jim (Jim-la-chance) est épuisé, et dont l'un des plus récents, I want it now (1969), publié chez Stock sous le titre — très fidèle et très suggestif -- de J'en ai envie tout de suite, se vend 20 F !

Or, voici que la Bibliothèque Marabout nous offre à un prix très abordable L'homme vert (The green man, 1969), qui présente de plus pour nous l'attrait d'être un roman fantastique, le premier de Kingsley Amis. En outre, la traduction est signée d'un nom connu : Marcelle Sibon. Las ! On se heurte à des barbarismes (« irrépressiblement », « lmpénétré »),» à un mot à mot maladroit (« Bonne petite fille », dit le père, au lieu de « Bien sage ! ») à des « faux amis » transcrits tels quels (des tombes « dilapidées » par exemple), à des constructions boiteuses comme « on la passe presque complètement à (ou à s'en remettre) de courtes mais éreintantes poussées de travail », ou « aussi indiscutablement pour le mieux qu'il soit », sans parler des irritants « mister Allington », « mistress Maybury », qui ne sont ni du français ni de l'anglais ; si vous ne savez ce que sont des « avocados » et un « quid pro quod », cherchez plutôt dans un dictionnaire anglais que dans le Larousse ; et la place me manque pour signaler et tenter d'éclaircir tous les passages obscurs. Bref, si Kingsley Amis — dont la librairie Stock doit publier l'œuvre romanesque — survit à un tel traitement, comme l'a fait Graham Greene, et parvient comme lui à la notoriété chez nous, ce sera tant mieux pour lui... et tant pis pour notre langue !

Avec Greene (surtout celui des plus récents ouvrages, Voyages avec ma tante et Pouvez-vous nous prêter votre mari ? chez Laffont), Amis a d'ailleurs un trait commun : Il mêle l'humour et l'érotisme à des sujets réputés plus sérieux : mélange peut-être difficilement accepté par le public français, mais auquel les fidèles de Fiction ont eu maintes occasions de prendre goût. Nous .ne sommes certes pas de ceux qui, aux seuls mots d’« humour anglais » sortent leur Almanach Vermot. Et nous savons que Les voyages de Gulliver ne sont pas réservés aux enfants en bas âge ; nous connaissons le nom de leur auteur (ne serait-ce que pour son assez curieuse prescience sur les lunes de Mars et leur distance) ; nous n'avons donc pas besoin de notes pour apprécier ce dialogue entre un père et sa fille de treize ans : « Veux-tu me passer ce magazine qui parle de Jonathan Swift... - Jonathan Swift ? Oh ! je vois. La couverture du magazine arborait la photographie en couleurs d'un jeune homme (du moins le supposai-je) qui Ignorait encore qu'il est possible de se raser ou de se faire couper les cheveux » (cf. Tom Jones). Nous ne serons pas non plus insensibles, nous autres initiés, à la présence parmi les célébrités qui, dans un guide gastronomique cité en première page, recommandent l'auberge de « mister Allington », de... Harry Harrison et Brian Aldiss.

Aubergiste, donc, est le dernier héros de Kingsley Amis : et quelques détails réalistes habilement semés aux détours du récit nous convainquent de la matérialité de ses activités professionnelles. Mais un aubergiste passé par Cambridge : comment, sinon, Amis aurait- il pu songer à lui confier la responsabilité de raconter l'histoire ? Et comment ce personnage central pourrait-il faire figure honorable dans les érudites discussions sur la survie après la mort - alternant avec les scènes humoristiques, fantastiques et érotiques, selon ce mélange des genres déjà signalé, propre aux compatriotes de Shakespeare - avec son bas-bleu de bru et son saint Thomas de pasteur qui doute des dogmes qu'il est payé pour prêcher bien davantage que de la justesse de la cause des rebelles du Mozambique ? Ce pasteur moderniste est la principale victime de la satire sociale (autre ingrédient du livre !) qui n'épargne pas davantage la jeunesse anarchisante et gauchiste, le snobisme des intellectuels progressistes et la mauvaise foi des étudiants engagés traquant les « signes corporels de fascisme, oppression par la liberté de parole et violence raciale passive », et plus généralement « une époque... dans laquelle l'absence de preuves irrécusables d'innocence est considérée comme la grande moitié d'une irrécusable culpabilité ». Tout en appréciant le mordant de l'ironie, laissons à l'auteur la responsabilité de ce tableau d'une Angleterre si peu britannique, qu'Orwell du moins avait présenté comme une anticipation.

Frère de Jim-la-chance et de Roger Micheldene (héros de One fat Englishman), et clairement fils de son père comme eux (bien qu'il s'octroie à deux reprises le luxe de dénoncer le vain art du romancier), Maurice Allington ne l'est pas seulement par l'intellectualisme, mais surtout par l'égoïsme et la sensualité. Et le premier élément fantastique du livre, c'est sa capacité d'absorption de whisky et sa puissance sexuelle ! En ce domaine, il dépasse nettement ses aînés : pour Jim-la-chance, le but était d'arracher une jolie fille à un rival plus favorisé ; pour le « gros Anglais », c'était de collectionner les conquêtes ; Maurice Allington, blasé des jouissances successives, rêve de mettre dans son lit sa deuxième femme et sa énième maitresse ensemble. Sa victoire sera à la Pyrrhus : elles le quitteront ensemble ! Qui trop embrasse mal étreint.

C'est ce même proverbe qu'on pourrait objecter à l'auteur dans son traitement du thème fantastique : il y a la femme rousse, inoffensif fantôme d'une épouse malheureuse ; et puis l'homme en noir, redoutable manifestation d'un nouveau docteur Faust ; et puis l'homme vert, qui donne son nom à l'auberge et son titre au livre, réincarnation (ou faudrait-il risquer un néologisme : réinfoliation ? réillignation ?) d'un monstre dont par la magie (noire... ou verte ?), le précédent a fait l'instrument de ses crimes : et  puis  le « jeune  homme »... et là, c'est trop ! Certes, Amis a l'habileté de ne jamais dire « quel était ce jeune homme, si c'est un grand Seigneur et comment il se nomme » : il se contente de nous le faire deviner, afin que nous nous sentions complices de son audace : audace semblable à celle d'Agatha Christie qui, pour son coup d'essai, faisait un coup de maître, en bouleversant dans Le meurtre de Roger Ackroyd les règles du roman policier : originalité toute relative pourtant, puisque dès le XVIIe siècle Des Marets de Saint-Sorlin préconisait la substitution à la mythologie ancienne du merveilleux chrétien. Pas davantage qu'à ce devancier oublié (dans son Clovis), l'utilisation littéraire de la religion ne réussit à Amis : bien loin d'ajouter de la crédibilité au récit, elle choque le croyant comme l'incroyant, le premier y voyant un blasphème et le second un abus de confiance. Et, après avoir été fasciné par le métier et la profusion de l'imagination de l'auteur - qui ne se contente pas de jouer de quelques apparitions plus ou moins gratuites, mais bâtit dans le temps et l'espace toute une logique de l'irrationnel - on se sent frustré par le trop simple recours final à l'exorcisme, que le pasteur, qui n'y croit pas, emploie pourtant avec succès (sans s'en rendre compte d'ailleurs) contre les « forces du mal ». On retrouve là le Kingsley Amis champion de la tradition, mais un champion singulièrement plus maladroit dans l'affirmation de sa vérité que dans ses coups de griffes aux erreurs modernes. 

A moins que... Le narrateur est sous l'effet d'une bouteille de whisky par jour, plus quelques drogues prescrites par son ami le docteur Maybury, plus des jeux à la fois ardents, raffinés et répétés avec la femme du susdit, plus quelques émotions mineures comme la mort subite de son père. Certaines pages constituent une véritable pathologie de l'hypocondrie, de la jactation et des hallucinations hypnagogiques. Le héros (?) hésite parfois à attribuer les agressions dont sont victimes ses sens à l'alcool ou aux maléfices ; vers la fin, contrairement à ceux qui l'entourent, il innocente presque complètement son cher whisky aux dépens du sinistre docteur Underhill. Mais nous n'avons que sa version à lui des faits, et les témoignages des autres se réduisent à bien peu de chose : la terreur mortelle d'un vieillard, quelques bruits insolites, la panique d'une adolescente ; il les interprète dans son sens, mais il serait non moins facile de les récuser. Et si tout son récit n'était qu'une magnifique illustration de la façon dont fonctionne un cerveau imbibé ? Et si L'homme Vert était un ouvrage réaliste au même titre que Le dossier James Bond et Une fille comme toi, une étude clinique et non un récit fantastique ? Et si ma critique n'avait rien à faire dans Fiction ?


George W. BARLOW
Première parution : 1/12/1972 dans Fiction 228
Mise en ligne le : 3/2/2019


 
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