Site clair (Changer
 
    Fiche livre     Connexion adhérent
Douces ou cruelles ?

ANTHOLOGIE

Textes réunis par Daniel CONRAD




FLEUVE NOIR / FLEUVE Éditions (Paris, France), coll. Grand format - Fantastique
Dépôt légal : juin 2001
Anthologie, 532 pages, catégorie / prix : 16,62 €
ISBN : 2-265-07158-7   
Genre : Fantastique

Sous-titré : Histoires de femmes en proie à l'angoisse



    Quatrième de couverture    
     Vingt-huit auteurs (dont quinze femmes) échappés de la littérature générale, du polar, de la science-fiction et de la jeune génération montante de l'imaginaire brossent le portrait de femmes confrontées à la peur, en proie à l'angoisse...
     Quels sont ces étranges enfants que met au monde la célibataire Anne ? Quel sera le prix de l'éternelle jeunesse pour Serena ? Dans quel but le Service de la Natalité enlève-t-il Mira ? Que recherche Agathe, cette femme qui ne vit que d'amour et d'eau fraîche ? Pourquoi Mathilda, la chanteuse assassinée, revient-elle pour une nouvelle série de concerts ? Un couple peut-il continuer de se haïr même si la mort les sépare ? Comment habite-t-on un corps de femme quand on est un homme ?
     Dans un monde irrationnel ou surnaturel, entre menaces extérieures et terreurs intimes, plus personne n'est en mesure de répondre à cette lancinante question : sont-elles douces ou cruelles ?

 

     Après le succès de De minuit à minuit, Daniel Conrad — spécialiste du fantastique moderne et rédacteur en chef de la revue Ténèbres — nous convie de nouveau dans les sombres contrées de la littérature de l'angoisse francophone.

 


    Sommaire    
1 - Daniel CONRAD, Vers une littérature de l'angoisse à la française…, pages 11 à 26, Préface
2 - Brigitte AUBERT, Nuit câline, pages 29 à 34, Nouvelle
3 - Francis BERTHELOT, Mérélune, pages 35 à 46, Nouvelle
4 - Nicole CALIGARIS, Pussy cat, pages 47 à 59, Nouvelle
5 - Jean-Michel CALVEZ, No man's hand, pages 61 à 83, Nouvelle
6 - Georges-Olivier CHÂTEAUREYNAUD, Les Soeurs Ténèbre, pages 85 à 108, Nouvelle
7 - Philippe CLAUDEL, Mira Tcherbo, pages 109 à 123, Nouvelle
8 - Jennie DORNY, Le Silence, pages 125 à 136, Nouvelle
9 - Anne DUGUËL, Vertige, pages 137 à 143, Nouvelle
10 - Jean-Claude DUNYACH & Anne SMULDERS, Tous les rêves des femmes, pages 145 à 166, Nouvelle
11 - Claude ECKEN, Jusqu'à ce que la haine nous réunisse…, pages 167 à 176, Nouvelle
12 - Patrick ERIS, Albatros, pages 177 à 186, Nouvelle
13 - Jeanne FAIVRE D'ARCIER, Yaksini, pages 187 à 222, Nouvelle
14 - Mélanie FAZI, Matilda, pages 223 à 249, Nouvelle
15 - Jean-Jacques GIRARDOT, L'Ange énigmatique, pages 251 à 274, Nouvelle
16 - Caroline GRIMM, Blanche sous la neige…, pages 275 à 288, Nouvelle
17 - Andrea H. JAPP, Rosa la rose, pages 289 à 305, Nouvelle
18 - Catherine KATYN, Membres de la famille, pages 307 à 319, Nouvelle
19 - Bruno LÉANDRI, Une Belle invention, pages 321 à 329, Nouvelle
20 - Michel LEYDIER, Bloody Sandy, pages 331 à 348, Nouvelle
21 - Claude MAMIER, De Larmes et de griffes, pages 349 à 366, Nouvelle
22 - Odile MASSE, Dedans, pages 367 à 377, Nouvelle
23 - Marie NIMIER, La Séparation, pages 379 à 389, Nouvelle
24 - SHOLBY, Buanderie, pages 391 à 413, Nouvelle
25 - Maud TABACHNIK, Venue d'ailleurs, pages 415 à 433, Nouvelle
26 - Élisabeth VONARBURG, Géhenne, pages 435 à 457, Nouvelle
27 - Daniel WALTHER, Le Casino rouge, pages 459 à 484, Nouvelle
28 - Joëlle WINTREBERT, La Proie, pages 485 à 506, Nouvelle
29 - (non mentionné), Dictionnaire des auteurs, pages 509 à 524, Dictionnaire d'auteurs

    Prix obtenus    
Matilda : Merlin, nouvelle / Short story, 2002
 
    Critiques    
     Alors là, si ce n'est pas un beau titre-programme pour une anthologie... Hein ! ? Un thème qui, choisi par Daniel Conrad (à qui nous devons déjà De minuit à minuit, autre anthologie au Fleuve Noir l'an passé), trouve sa légitimité dans la volonté du compilateur de défendre ce qu'il nomme la « littérature de l'angoisse ». Késako ? Pour résumer le point de vue théorique développé dans la préface assez brouillonne, il s'agit d'un avatar moderne du fantastique fondé sur la notion de « malaise », lequel trouve sa source dans les drames considérés comme « irrationnels » de la vie quotidienne — comprenez, ceux auxquels on préfère ne jamais penser — plutôt que dans les trucs un peu « kitsch », du style main d'écorché et revenants divers, que l'auteur classe pour leur part dans le « surnaturel ». Un sous-genre qui ne s'appelle plus dark fiction — expression dont Conrad revendique la paternité — parce que l'anglais, ça ne fait pas « politiquement correct » pour une anthologie francophone. Le recueil se veut donc, en partie au moins, le manifeste de cette nouvelle « littérature de l'angoisse ».
     Or, depuis que le XVIe siècle a convenu que la femme était d'un naturel soumis aux passions et qu'Hitchcock nous a donné des sueurs froides sous une douche, le personnage féminin semble s'être imposé comme proie idéale des peurs primales. On ne peut donc que se féliciter du choix thématique de l'anthologiste, et avec une couverture dans le genre plan rapproché du Silence des Agneaux mâtiné de Seven, on se voit parti pour cinq cents pages de suspense, de psychopathes sanguinaires ou, pour le moins, de tendances schizophrènes... Alors ?
     Force est de constater que cette anthologie recueille des textes pour le moins divers, de tous les genres et, aussi, de toutes les qualités. Moralité : si vous n'aimez pas l'éclectisme et que vous pensez qu'un titre-programme doit absolument être respecté à la lettre, laissez tomber. Conrad a fait le choix avoué d'accueillir des auteurs issus de toutes les tendances littéraires. D'où une diversité de genre et de style parfois extrêmes. Ainsi, un récit typiquement S-F comme « Venue d'ailleurs », de Maud Tabachnik, côtoiera « Mérélune » de Francis Berthelot, texte ressortissant davantage du merveilleux, ou bien encore « Géhenne » d'Elisabeth Vonarburg, très inspiré de Stephen King, en passant par un fantastique plus traditionnel avec « Albatros », de Patrick Eris. La cohésion du recueil en souffre évidemment, ce qui est regrettable quant on considère qu'il est censé illustrer un genre littéraire particulier. Naturellement, on arguera qu'un genre se crée à partir d'inspirations multiples. Mais là, tout de même, à ce point, ça fait un peu fouillis.
     Impression foutraque qui se renforce encore lorsque l'on prend en compte l'axe thématique principal énoncé dans le sous-titre de l'antho. Pour tout dire, les nouvelles qui nous montrent des femmes dans l'angoisse, telles qu'on aurait pu les imaginer à la lecture de la quatrième de couverture, on les compte sur les doigts de la main. Il y a les textes totalement hors sujet, tel « Une Belle invention » de Bruno Léandri, nouvelle par ailleurs fort drôle qui n'est pas sans évoquer Fredric Brown. Et puis ceux, nombreux, ou la femme est en définitive plus prédatrice que victime (« Les Sœurs Ténèbres » de Châteaureynaud, qui choisit de faire des trois personnages féminins de son récits les Parques mythologiques, ou encore l'excellent « Jusqu'à ce que la haine nous réunisse » de Claude Ecken, qui attribue lui aussi à la femme le rôle démoniaque — ce qui n'empêche pas ces deux textes, en dépit de leur « perversion » du cadre revendiqué par l'antho, de s'imposer parmi les tout meilleurs du recueil).
     Bon, bien sûr, un certain nombre de textes entrent tout de même dans le cadre tracé par l'anthologiste. Seulement voilà, l'angoisse des femmes est ici principalement existentielle. Si l'on excepte le très bon « Vertige », d'Anne Duguël, qui fait du stade du miroir cher à Lacan un mélange de Faust et de Dorian Gray, le reste des textes en est resté au complexe d'Œdipe, menstrues et problèmes de sexualité primaires...
     Finalement, on citera tout de même trois récits qui jouent vraiment le jeu de l'angoisse. « Pussy Cat », de Nicole Caligaris, nous fait passer quelques jours de réel malaise avec son héroïne, dans une ambiance digne des romans gothiques. Un texte étrange, dont l'écriture même, torturée, exprime le trouble du personnage, et que l'on a tout intérêt à relire à la lumière de sa source d'inspiration, Gaspard de la nuit d'Aloysius Bertrand. « Buanderie » , de Sholby qui, en dépit d'une relative « naïveté », se penche sur l'effilochement du réel, dans ce que l'on peut considérer comme une métaphore filée étendue aux proportions de la nouvelle tout entière, parcourue d'images de tissus déchirés. Enfin, « Dedans », d'Odile Massé, réexploite le thème du loup-garou dans un style kafkaïen tout à fait remarquable.
     Et si l'on ajoute à cela quelques bons textes, comme « Le Casino Rouge » de Daniel Walther, « Mira Tcherbo » de Philippe Claudel — une des perles du recueil, économe dans ses moyens mais implacable dans ses effets — , ou « Rosa la rose » de Andrea H. Japp, on peut dire qu'il y a là de quoi passer de bons moments. Pourvu qu'on ne veuille pas spécialement des histoires de femmes en proie à l'angoisse et que l'on passe rapidement sur les mauvaises.
     Bref, une antho très disparate mais qui a néanmoins de quoi séduire.

Sylvie BURIGANA
Première parution : 1/10/2001 dans Bifrost 24
Mise en ligne le : 7/9/2003


 
retour en haut de page

Dans la nooSFere : 68955 livres, 76414 photos de couvertures, 64002 quatrièmes.
8383 critiques, 36551 intervenant·e·s, 1476 photographies, 3709 adaptations.
 
Vie privée et cookies/RGPD
A propos de l'association. Nous contacter.
NooSFere est une encyclopédie et une base de données bibliographique.
Nous ne sommes ni libraire ni éditeur, nous ne vendons pas de livres. Trouver une librairie !
© nooSFere, 1999-2020. Tous droits réservés.