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Le Bûcher des immortels

Jonathan CARROLL

Titre original : The Marriage of Sticks, 1999

Cycle : Crane's View (Les chroniques de)  vol.

Traduction de Hélène COLLON
Illustration de Sofiane TILIKETE

FLAMMARION (Paris, France), coll. Imagine n° (18)
Dépôt légal : septembre 2000
308 pages, catégorie / prix : 104 FF
ISBN : 2-08-067872-8   
Genre : Fantastique



    Quatrième de couverture    
     Depuis le jour où j'avais surpris le goûter d'anniversaire fantôme, je regardais ma vie se dérouler depuis l'autre côté de... je ne savais trop quoi. Quelque chose d'impénétrable, de mystérieux. Ma vie était là-bas, et non là où je me trouvais moi.
     Miranda Romanac, élégante new-yorkaise dénicheuse de livres rares, pense avoir enfin trouvé le bonheur auprès de Hugh Oakley, séduisant marchand d'art qui quitte son foyer pour elle. Mais alors qu'elle se retrouve enceinte et que des incidents étranges se multiplient autour d'elle, Hugh meurt brutalement. Dès lors, dans la nouvelle maison où le couple avait emménagé, Miranda est confrontée à des événements aussi spectaculaires qu'effrayants, où son passé et un futur virtuel semblent se mêler...
     Cet « autre monde » dont son amie Frances Hatch, centenaire parvenue au terme d'une existence flamboyante, lui affirme l'existence, lui serait-il devenu perceptible ? Et surtout, quelle terrible révélation attend Miranda au bout de son odyssée intérieure ?

     Jonathan Carroll est américain mais vit à Vienne. Il a fait une entrée très remarquée en France avec le Pays du fou rire (J'ai lu), qui lui a valu le prix Apollo 1989. Il a publié depuis une douzaine de livres, dont le dernier paru en français, Collection d'automne (Denoël), a obtenu le Grand Prix de l'Imaginaire 2000, catégorie « nouvelle étrangère ». Admiré aussi bien de James Ellroy que de Stephen King, il sait mêler comme nul autre réalisme magique, humour et terreur.
 
    Critiques    
     «  Combien de gens est-on amené à croiser dans une vie  ? Combien ont un quelconque impact sur nous, combien en influençons-nous à notre tour  ? Imaginez-vous entouré de tous les gens rencontrés au long de votre existence, fugitivement ou durablement. Ils ont les yeux rivés sur vous, car leur seul point commun, c'est vous. Maintenant, imaginez que la réincarnation existe...  » (p.232)

     L'amateur de fantastique pourra penser s'être égaré à la lecture de la première moitié de ce roman, où Carroll ne fait que brosser le portrait de Miranda, une jeune femme apparemment ordinaire. A travers des tranches de vie soigneusement disséquées, il relate les espoirs et les désillusions, les réussites et les échecs de Miranda, de l'adolescence à sa maturité, de la faculté à son métier d'expert en livres rares...
     La première phrase du roman nous apprend qu' « En fin de compte, on n'a jamais qu'une seule histoire à raconter  ». Une seule histoire en plusieurs chapitres aux titres énigmatiques  : « Le Dogue qui fit le lit  », « On ne caresse pas un chien qui brûle  »... Un parcours attachant mais banal, jusqu'à la rencontre de Miranda avec Hugh, celui qui deviendra l'homme de sa vie, celui dont elle va porter l'enfant, celui qui meurt bêtement un jour.

     Mais cette chronique paisible bascule dès la première phrase de la seconde partie  : « J'ai revu Hugh trois jours après son enterrement  ». Le décès du mari va en effet faire glisser Miranda dans une sorte de spirale infernale au bout de laquelle sa véritable nature – qu'elle ignorait jusque là – va lui être révélée. Elle appartient à une race d'immortels, d'étranges vampires, et elle a connu de nombreuses vie avant celle-ci. Peut-être, après tout, a-t-elle plus d'une histoire à raconter  !

     Il est inutile de rechercher ici des effets spectaculaires avec flots de sang et morts en série. C'est au contraire avec beaucoup de sensibilité que Carroll va nous faire vivre le cheminement intérieur de Miranda, qui la conduira à une forme de renoncement, à un étrange sacrifice.
     Ce n'est évidemment pas dans l'originalité du thème qu'il faudra chercher la valeur de ce roman, mais dans la qualité du style, dans la finesse de l'écriture et de l'analyse des personnages. Le lecteur se fait piéger par une mécanique quasi insensible mais implacable, par un récit bien plus pénétrant qu'on le supposait au début.
     Il en résulte un roman fantastique subtil et différent, un itinéraire envoûtant qu'il serait dommage de ne pas suivre.

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 15/1/2001 nooSFere


     L'Américain Jonathan Carroll n'est pas un homme facilement réductible à de petites étiquettes. Il n'est déjà pas courant pour un compatriote de « W » Bush de vivre en Autriche et de professer un amour immodéré envers l'Europe, mais les facettes littéraires de Carroll ne sont pas plus faciles à cerner. SF ? Pas vraiment. Fantasy ? Merveilleux ? Fantastique ? Selon lui, les limites des genres n'ont guère de validité, et le lecteur honnête, dès lors qu'il aura fait l'effort de pénétrer son univers, ne pourra qu'être en accord avec lui. Les Allemands, paraît-il, qualifient son œuvre d' »hyper-fiction »... En Belgique, il n'y a pas si longtemps, on aurait parlé de « réalisme magique ».
     Ce n'est pas Le Bûcher des immortels, son huitième ouvrage traduit en français, qui bouleversera la donne. A priori, rien de singulièrement moderne ni original ne gît dans l'argument du roman : le récit de la perturbation de l'existence de quelqu'un qui, pour une raison ou une autre, est amené à percevoir un « autre monde » ne constitue en effet pas un thème particulièrement neuf. Ce qui fait la littérature, néanmoins, et ce qui fonde le talent d'un écrivain, ne serait-ce pas plutôt le traitement dont le thème le plus éculé fait l'objet ? Jonathan Carroll ne déçoit pas.
     Des motifs fréquents chez lui sont ici présents : la mort, le destin, la hantise, l'univers déphasé, la réalité parallèle... La vie de Miranda Romanac ne bascule pas d'emblée dans l'inconcevable. Au contraire, le début du livre semble glisser tout naturellement sur les sentiers bien balisés de la vie quotidienne au cœur des États-Unis contemporains vus par Hollywood : l'inévitable réunion des anciens du lycée en témoigne jusqu'à la caricature. L'étrange surgit non pas d'une rupture brutale, mais petit à petit, au fil d'éléments qui viennent s'imbriquer, se mélanger, s'assembler.
     Le passé de Miranda, qui semblait avoir trouvé le bonheur, vient se mélanger au présent ainsi qu'à des bribes d'avenir lorsque sa vie commence à se briser. Hugh, son compagnon, meurt. Les événements se font tour à tour étranges, insolites, spectaculaires, terrorisants... Frances Hatch, centenaire devenue l'amie de Miranda, parle d'un « autre monde » dont elle certifie la réalité, et on comprend que l'héroïne va devoir traverser les événements qui s'additionnent pour trouver (ou retrouver) à la fois son identité et l'accès à cet au-delà particulier. Carroll joue avec les perceptions et le balancement entre certitude et supposition. La question éternelle revient : qu'est-ce que le réel, et comment déterminer si l'on en fait partie ou non. Miranda vit-elle ou regarde-t-elle sa propre vie, et de quel point de vue ? Mais pour un homme qui prétend travailler sans synopsis, Carroll goupille drôlement bien son intrigue : tout est dit dès la page 24, lorsque Miranda parle à Zoé de son « ancien » moi. Le récit boucle sur lui-même, puisque in fine Miranda se révèle incarner la vieille femme en chaise roulante, celle qui constitue sa première vision, dans les premières pages du roman.
     Il s'agit en effet de visions, entre autres. Miranda voit se dévoiler peu à peu une nature qui n'est pas, de loin, celle de chaque être humain : il est question d'immortalité, de vies antérieures, mais également d'itinéraires contournés où le renoncement le dispute à la spirale implacable. Si durant toute la première partie, l'héroïne semble glisser de bonheur en réussite (son métier, sa rencontre avec Hugh), le point de bascule vers le fantastique pur n'est autre que la mort du compagnon — et la fin du roman se mue en une figure du destin inflexible. Une force qui exige un sacrifice. Toute la réussite du livre provient essentiellement de sa construction, de son écriture remarquable, de la stature complexe de ses personnages. Jonathan Carroll ne recherche pas à tout prix l'originalité des motifs ni des détours de l'intrigue. C'est un écrivain subtil et pénétrant. Un écrivain tout court.


Dominique WARFA (lui écrire)
Première parution : 1/3/2001 dans Galaxies 20
Mise en ligne le : 3/6/2002


     Jonathan Carroll est un auteur unique, à la voix originale. Il le prouve, une fois de plus, avec ce roman fantastique déconcertant, profond et chaleureux.
     La première partie est des plus classiques : la vieille dame qu'est devenue Miranda Romanac, dénicheuse de livres rares, entreprend de narrer les moments marquants de sa vie. Elle noue une amitié avec une excentrique et riche centenaire, a une liaison avec un marchand d'art, Hugh Oakley, qui finit par quitter sa femme et ses enfants pour vivre avec elle. Sur plus de cent cinquante pages, Jonathan Carroll livre les tranches de vie, parfois sans importance, d'une existence somme toute banale, sans cependant lasser son lecteur grâce à la magie de son écriture. Jusqu'à ce que Miranda, à l'aube de son bonheur tout neuf, se réveille à côté de Hugh, mort.
     Commence alors le cauchemar. Témoin de phénomènes étranges, Miranda croise, au hasard de son errance, les fantômes de son passé et ceux de son avenir, de ses avenirs même, puisqu'elle assiste à des scènes appartenant à différentes trames possibles, de ses passés également, puisqu'elle prend connaissance de ses vies antérieures aux destins parfois prématurément brisés. La réalité se délite : chaque rencontre devient la manifestation d'un au-delà qui cherche à l'éprouver ou à lui fournir des indices pour lui permettre de comprendre... quoi ? Qu'elle est une immortelle mais ne mérite pas ce don ? Pourquoi ? Que doit-elle trouver en elle ?
     Carroll exploite à travers cette quête le thème du vampirisme, qui devient celui de l'égoïsme. Nous sommes tous, parfois, des vampires comme Miranda, qui utilisons les gens sans nous en rendre compte, prenant ce qu'ils nous donnent et offrant en échange ce qui nous coûte ou nous importe peu. Comme eux, nous sommes tous immortels dans la mesure où nous sommes capables de transmettre la vie, ou quelque chose d'essentiel, à autrui. Mais à quoi sert cette immortalité si notre existence est dénuée de sens ?
     La réponse, qui nous concerne tous, est dans les pages de ce récit où les ombres contiennent autant de parts de vérité que les zones de lumière. C'est autour de cette quête que Carroll construit son livre, magistralement, avec le style dense et concis qui est le sien, et auquel il est difficile de résister. Un roman impressionnant de maîtrise.

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/8/2001 dans Bifrost 23
Mise en ligne le : 6/9/2003


 
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