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Les Hommes-machines contre Gandahar

Jean-Pierre ANDREVON


Cycle : Gandahar vol. 1 



DENOËL (Paris, France), coll. Présence du futur n° 118
Dépôt légal : 4ème trimestre 1969
Roman, 240 pages, catégorie / prix : 8,50 FF
ISBN : néant
Format : 11,0 x 18,0 cm  
Genre : Science-Fiction


Autres éditions
   DENOËL, 1976, 1982
   in Gandahar (Les hommes-machines contre Gandahar), 1997
   in Gandahar, GALLIMARD, 2000

    Quatrième de couverture    
     • A Gandahar, le royaume le plus agréable de la planète Tridan, ils vivaient heureux et en paix. Pour se déplacer, ils utilisaient des insectes géants. Et ils avaient renoncé à la science pour se consacrer aux plaisirs et aux arts.
     • Mais un jour, un message d'alarme fut lancé par les oiseaux-espions : les Hommes-Machines, les terribles robots destructeurs étaient en marche vers Gandahar !

     Un conte de fées moderne qui est également le premier exemple français d'une « science-fantaisy » à l'américaine, où se sont illustrés Jack Vance, Roger Zelazny, Philip José Farmer...

 
    Critiques    

La manie cartésienne des Français, qui les pousse à tenter à toute force de faire entrer chaque objet de consommation dans l’une ou l’autre rubrique d’un catalogue préétabli, sévit, comme ailleurs, dans l’édition. Et les séries spécialisées dans la science-fiction ne sont point épargnées. Sous prétexte de publicité sur les jaquettes, ce travers risque de desservir maints auteurs de talent. Ce fait peut même devenir d’une particulière gravité, en ce qui concerne les auteurs français.

À propos des tendances de la SF moderne, on a parlé de « newthing ». Entre autres Gérard Klein, dans une chronique désormais imprimée dans la mémoire des lecteurs de Fiction, proposait-il ce terme, par analogie avec le jazz. Des mots, ainsi lancés, marquent le subconscient des lecteurs et contribuent à créer des catégories dans lesquelles il apparaît commode, ensuite, de classer les œuvres au fur et à mesure de leur apparition.

Entendons-nous bien, le fait de tenter une certaine mise en ordre, lorsqu’on veut étudier un domaine littéraire, ne peut qu’être approuvé vigoureusement. Et la rédaction de Fiction fait toujours œuvre utile lorsqu’elle présente un auteur étranger, ou un Français nouveau, si elle utilise avec discernement te cadre ainsi préétabli.

Mais il est dommage de voir des éditeurs recourir de manière hasardeuse, à cette méthode, au fil de réminiscences qu’il serait pourtant si facile de vérifier.

La collection « Présence du Futur » use avec légèreté de cette culture du public, en présentant comme premier exemple français d’une « science-fantaisy » à l’américaine, le roman de Jean-Pierre Andrevon Les hommes-machines contre Gandahar, domaine où, selon elle, se seraient illustrés Jack Vance, Roger Zelazny et Philip José Farmer.

Admirant au passage le remarquable exemple de franglais donné ici jusque dans l’orthographe, disons tout de suite que le livre d’Andrevon, s’il peut à certains égards être rapproché de certaines œuvres de Jack Vance, est très loin du style d’un Zelazny, tout autant que de celui d’un Farmer.

Étant Français nous-même, et cherchant à préciser notre impression, après la lecture de cette « aventure de Sylvin Lanvère », nous ne résisterons pas au plaisir de proposer notre terme génétique : il serait peut-être plus judicieux de parler, ici, de « poetic fantasy »… Et, au lieu de parler de « science-fantaisy » à l’américaine, pourquoi ne pas plutôt nous entretenir d’une œuvre de « fantaisie poétique » à la française ?…

Car le mérite principal d’Andrevon (et des éditions Denoël, par conséquent, qui n’ont pas hésité à le publier) nous semble bien justement de se placer dans un courant certes actuel chez les Anglo-Saxons, mais dans une optique bien de chez nous.

En effet, en rapprochant cette aventure, par exemple, du cycle de « Cugel l’astucieux », de Jack Vance, disons tout net qu’à notre avis Andrevon se montre bien supérieur à son confrère américain. Cette supériorité tient peut-être bien, après tout, à ce que le conte de fées soit chez nous beaucoup plus accessible à un public adulte que la féerie anglo-saxonne, trop longtemps imprégnée, d’une part par l’existence subconsciente des « nursery rhymes », d’autre part par l’ombre omniprésente de la charmante Alice de Lewis Carroll.

Tout écrivain plonge dans sa propre culture nationale ou plutôt linguistique et la tentative d’Andrevon est donc extrêmement encourageante, en ce qu’elle prouve l’intérêt d’une fantasy française.

Au lieu de se forcer à faire glisser son aventure du futur dans le domaine des Burroughs, Vance ou Tolkien, Andrevon a retrouvé tout naturellement une certaine forme pétillante et bien française de la poésie. À cet égard, sa réussite est parfaite, faiblissant seulement et précisément aux instants où il lui faut donner des justifications techniques et où le charme fuit en proportion directe.

Jean-Pierre Andrevon étant déjà connu des lecteurs de Fiction, il est utile de souligner la différence importante qui existe entre le ton de nouvelles comme La Réserve ou Le miroir de Persée[1] et le présent volume. Dans ses nouvelles, en effet, d’ailleurs très percutantes, l’ambiance générale demeure encore très américaine. Au contraire, le monde de Gandahar possède une qualité de fraîcheur et une aura de merveilleux qui en font réellement un univers de rêve en bleu. Les caractères des personnages eux aussi ne perdent jamais leur gentillesse, même lorsqu’il leur faut recourir à la brutalité.

Tout cela mêle délicieusement et dans un dosage précis, d’une part les atmosphères de bande dessinée, depuis les châteaux, les festins et les randonnées chers au Valiant de Foster, jusqu’au long pistolet, alangui sur la cuisse du héros, à la manière d’Alex Raymond, en passant largement par le domaine sémillant, les lignes déliées, les déshabillages faussement involontaires et la désinvolte pointe de perversité de la Barbarella de Forest, et d’autre part l’ambiance poétique marquée par le surréalisme, parfois en des scènes très impressionnistes, certains tableaux plus précis faisant par ailleurs songer à des pierres précieuses parnassiennes.

Qu’importe, après cela, que l’intrigue soit simpliste et peu originale, avec l’inévitable super-cerveau, vaincu par le héros « seul » et par le biais d’un voyage temporel ?

Jean-Pierre Andrevon s’est créé un monde bien à lui, dans lequel la poésie et la couleur sont unies par un style heureux, souple, élégant sans tomber jamais dans la préciosité, et une composition harmonieuse, sans point mort.

Remercions-le de nous en ouvrir les portes. Nous pouvons ainsi, grâce à lui, embarquer avec Sylvin Lanvère et la jolie sauvageonne à peau mauve dont il tombe amoureux, sur un « tranche-mer ». Nous découvrons les joies de voler, à des milliers de mètres d’altitude, à califourchon sur un papillon ou une libellule, au-dessus de la plaine de « Valderboise ». Nous attaquons nos ennemis armés d’un « pistolet à graines ». Nous nous régalons de poissons frits au rayon mal isolé d’une centrale atomique de navire « tranche-mer ».

Et quelle sera notre joie, encore, à voir défiler les « hommes-machines » et à les entendre chanter leur refrain guerrier « Nous sommes les durs, les durs de durs, nous sommes les durs qui venons du futur et notre chef est super-dur-de-dur ».

Nous le rapprocherons inévitablement en esprit, ce refrain, des lamentations échappant aux « hommes bedaines » : « Nous autres, bedons-bedaines, nous autres, pauvres bedons, »qui nous avaient réjouis naguère dans Le monde vert d’Aldiss. Et que d’allusions seront là, pour nous enchanter : la « bande de Gazan », dans laquelle vivent les « transformés », le général « Houlan-Bator », seul militaire d’active et seul mangeur de viande de Gandahar, le rayon « vuzz »qui dépolarise les cellules nerveuses, etc., etc.

Merci, Andrevon, pour cette alacrité colorée, en souhaitant vous retrouver souvent dans une aussi fraîche ambiance, au cours d’aventures futures de « Sylvin Lanvère », le charmant chevalier.

 

[1] Numéro 174 et 191 de Fiction.

  


Martial-Pierre COLSON
Première parution : 1/1/1970 dans Fiction 193
Mise en ligne le : 21/3/2020


 
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