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La Planète Fleur

John BOYD

Titre original : The Pollinators of Eden, 1969

Traduction de Jane FILLION

DENOËL (Paris, France), coll. Présence du futur n° 140
Dépôt légal : 3ème trimestre 1971
256 pages
ISBN : néant
Format : 11 x 18 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
  • Pourquoi Paul veut-il rester sur Fleur, cette planète récemment découverte ? Pourquoi a-t-il demandé à Fréda, sa charmante et savante fiancée, de venir l'y retrouver ?
  • On dit que, sur Fleur, les plantes ont une intelligence étonnante. On dit aussi que Paul se serait attaché... à de splendides orchidées. On dit enfin que ces fleurs savent s'organiser, s'adapter, communiquer, aimer...
  • Mais sait-on qu'elles peuvent tuer ?
 
    Critiques    
     La planète Fleur, de John Boyd, est le récit d'une enquête botanique qui se mue peu à peu en passionnante enquête écologique. Une expédition stellaire a découvert, en 2237, une planète (aussitôt baptisée Fleur, ou Flore) uniquement occupée, du moins le semble-t-il, par le règne végétal, et tout particulièrement par des tulipes et des orchidées de structure complexe. Tandis qu'une mission scientifique, commandée par Paul Theaston, reste sur Flore dans une station d'études expérimentale, le département des Plantes Exotiques du Ministère de l'Agriculture U.S. est chargé d'étudier le mode de reproduction et la croissance d'un lot de plants de tulipes floriennes. C'est Fréda Caron, jeune cytologiste, fiancée à Paul Theaston, qui est chargée du travail, en compagnie d'un étudiant, Hal Polino, bellâtre latino-américain et ancien adjoint de Paul.
     La majeure partie du roman se déroule au sein de la microsociété du département des Plantes Exotiques, situé quelque part en Californie. Je suis à peu près persuadé que nombre de lecteurs seront (ont été) tentés de refermer définitivement. La planète Fleur entre la page 10 et la page 100, tant ce long début est lent, discursif et, apparemment tout au moins, privé de tout intérêt. En effet, les longues dissertations techniques sur la botanique, l'exposé des petites querelles hiérarchiques du département, l'étude enfin du caractère de Fréda (qui est vierge et en souffre), ont tout pour faire se rebeller l'amateur averti, qui pourra à juste titre reprocher au livre (et, par le contrecoup habituel, à la collection qui l'abrite) de nous délayer longuement un jus qui n'a rien à voir avec la SF. (En particulier, on peut trouver curieuse cette description d'un XXIe siècle qui n'offre pas la moindre différence avec le nôtre — mis à part le postulat essentiel des voyages stellaires.)
     Cependant, outre le fait que les barrières de genre ont de plus en plus tendance à être abaissées (pour le plus grand bien de la SF et de la littérature en général : voir des gens aussi différents que Bradbury, Vonnegut ou Disch...), on aurait tort de croire que Boyd a écrit pour ne rien dire. Sa longue introduction sert au contraire à nous amener tout doucement, et avec une grande subtilité, vers le point central du roman, à savoir la découverte du fait que les plantes de Flore possèdent une certaine intelligence, qu'elles réussissent à utiliser comme elles l'entendent des pollinisateurs terrestres (des guêpes), qu'elles peuvent communiquer entre elles à l'aide d'un langage vibratoire, qu'elles peuvent enfin tuer en émettant des ultrasons...
     Mais le mystère scientifique ne formerait qu'une trame bien pâle s'il n'était supporté par la description maniaque du milieu clos où évolue Fréda, lequel influe sur ses problèmes et ses complexes. John Boyd, qui a été officier de marine, a dû certainement mettre beaucoup de son expérience personnelle dans la mise en scène de son ministère de l'Agriculture, où la pratique du coup de Jarnac est courante, et où le moyen le plus sûr de se débarrasser d'un subordonné gênant est de le confier aux redoutés psychiatres, qui ont semble-t-il une influence prépondérante dans les affaires de l'Etat. (On peut voir aussi dans ces manœuvres une référence à une situation courante en URSS, où les opposants sont enfermés dans des « spetzbolnitza ».) Boyd n'ayant pas non plus la main légère en ce qui concerne les ingrédients sexuels (on le sait depuis Lysistrata 80), cela nous vaut de bonnes pages où Fréda, vierge en proie aux avances de son assistant (le bien nommé Hal Polino — d'Apollon, et de pollinisateur — qui succombera cependant sans avoir pu mener à bien ses approches en vue d'une fertilisation dépassant le cadre de ses études), est aussi soumise aux stimuli psycho-physiologiques de son environnement floral (où il n'est question que de pollinisation et autres formes de reproduction riches en sous-entendus), ceci étant aggravé par le souffle périodique d'un foehn bien propre à lui donner de troubles sueurs.
     Lorsque s'amorce la deuxième partie du récit, tous les éléments sont en place pour une explosion qui participe de plusieurs mèches allumées à la fois, et dont la combustion, pour lente qu'elle ait été, était pourtant parfaitement calculée. Lorsque Fréda peut enfin débarquer sur Flore après bien des tracas administratifs, elle est mûre pour recevoir une révélation sexuelle longuement attendue (désirée et redoutée à la fois), et prête aussi à apprendre par la bouche de Paul le secret de la pollinisation des fleurs floriennes : le porteur de pollen de Flore est un petit animal végétarien qui, après une longue guerre écologique avec les plantes, a fini par adopter vis-à-vis d'elles un comportement presque symbiotique. Et ce que peut faire un pécari florien, un humain peut aussi le faire — gage d'un enrichissement génétique qui profitera sans doute autant aux orchidées sensitives qu'aux humains, mais surtout ouverture sur un mode de vie libéré de toutes les contraintes, de tous les tabous.
     Et Fréda fait l'amour avec une fleur (avec tout ce que physiologiquement cela suppose, le pistil des orchidées possédant un stigmate tout à fait approprié à un usage intime), acte qui est à la fois un aboutissement et une promesse puisque bouclant une révolution morale et annonçant une révolution écologique. Boyd a trouvé dans cette séquence l'occasion d'écrire sa plus belle page, la plus chaleureuse en tout cas, et s'il ne termine pas tout à fait son ouvrage sur cette union d'autant plus surprenante que, justement, elle ne surprend ni ne choque, c'est qu'il s'est réservé d'ajouter quelques ombres au tableau : la Terre, puritaine, technicienne, bureaucratisée, n'est pas prête à laisser ses enfants s'envoler outre-ciel filer le parfait amour avec des fleurs (et voyez comme l'idée elle-même est riche en implications poétiques !), surtout que l'attrait de Flore provoque une épidémie de désertions dans la Marine Spatiale.
     Et si finalement tout se termine bien pour Fréda et Paul qui, reniant la civilisation, pourront aller courir nus au soleil de Flore parmi leurs amants et amantes végétaux, il n'est pas dit que le destin stellaire de la planète reste inscrit en rose sur la carte du ciel colonisé...
     Dans le petit monde des amateurs de SF, l'apparition dans diverses collections du nom de Boyd a provoqué deux réactions bien tranchées : certains y ont vu la naissance d'un auteur intéressant (voir critiques de Le dernier vaisseau pour l'enfer et Lysistrata 80 dans Fiction n° 211, ainsi que dans Le Monde, sous la signature de Jacques Goimard) d'autres au contraire l'ont considéré comme quantité négligeable (Michel Demuth, Galaxie n° 84, et Serge A. Bertrand, Fiction n° 215). Je me range sans hésiter dans la première catégorie, et La planète Fleur ne fait que me confirmer dans cette opinion. Je n'en suis pas moins persuadé que les adversaires de Boyd ne changeront pas d'avis à son sujet après avoir lu ( ... ou pas) ces Pollinisateurs du paradis, roman fort classiquement composé, qui fonctionne en, grande partie sur l'évolution psychologique d'un personnage et sait faire preuve d'humour : toutes qualités assez décriées en la conjoncture actuelle.
     Et on nous annonce déjà un quatrième Boyd Les libertins du ciel, chez Stock. Le débat reste ouvert...


Denis PHILIPPE
Première parution : 1/1/1972 dans Fiction 217
Mise en ligne le : 28/4/2002


 

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