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La Sphère

Gregory BENFORD

Titre original : Cosm, 1998
Première parution : New-York, USA : Avon Eos, février 1998

Traduction de Dominique HAAS

PRESSES DE LA CITÉ (Paris, France)
Dépôt légal : 1999
Roman, 456 pages
ISBN : 2-258-05077-4   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
Dans son laboratoire de physique à ultra-haute énergie, Alicia Butterworth, une jeune scientifique, procède à une expérience ambitieuse... qui tourne mal. Un accident qui va donner lieu à l'une des plus importantes découvertes de l'histoire de l'humanité.

     Dans les débris de l'explosion, Alicia retrouve une sphère étrange, de la taille d'un ballon, faite d'une matière inconnue. Elle découvre bientôt que cet objet n'est autre qu'un véritable cosmos en miniature, évoluant simplement plus vite que le nôtre. Beaucoup plus vite : il vieillit de plusieurs millions d'années en l'espace de quelques jours...
     Ce qui ne va pas sans soulever un problème vertigineux : et si notre univers avait lui aussi été créé accidentellement par des savants ?

     Seul un grand physicien doublé d'un merveilleux conteur — c'est le cas de Gregory Benford, l'auteur du célèbre Paysage du temps — pouvait entraîner le lecteur dans un voyage aussi excitant pour l'esprit, tout en posant des questions de fond sur la destinée humaine et sur l'énigme divine.
 
    Critiques    
« Nous avons la chance de vivre à une époque où il se pourrait que nous parvenions à apporter des réponses aux grandes questions qui se posent à nous » écrit Gregory Benford, résolument optimiste, dans son intéressante postface.

     Dans La paix éternelle, Joe Haldeman montre des savants qui travaillent à recréer les conditions du Big Bang, au risque de détruire notre univers. Les physiciens de Benford jouent de même aux apprentis sorciers. Cherchant à repousser les limites de la connaissance, ils improvisent, mais ne dominent jamais tout à fait leur sujet...
     Et quel sujet ! Rien de moins que la création (accidentelle) d'un cosmos miniature, dont l'évolution sera minutieusement observée et rigoureusement étudiée.

     Les implications de cette découverte sont évidemment multiples. Nous assistons à la démonstration pratique d'hypothèses jusqu'ici théoriques, mais aussi à la naissance puis à la disparition des étoiles dans le « cosm »… La vie peut-elle survivre à celles-ci ?
Immanquablement, la théologie s'en mêle : nous avons beau repousser les limites, il arrive un moment où nous nous disons « oui, mais… avant ? » Comment expliquer notre univers sans se heurter à l'hypothèse d'êtres (ou d'UN être) situés dans un autre espace-temps, pour lesquels le temps s'écoulerait de façon infiniment moins rapide, et pour lesquels nos vaines agitations demeureraient imperceptibles ?

     Toutes ces questions n'auront hélas - ou heureusement - aucune réponse. En bon scientifique, Benford évite de s'égarer dans une fumeuse extrapolation théologique et reste tout à fait pratique. Les interrogations demeurent, au risque de frustrer le lecteur qui aurait pu souhaiter que les différents plans de l'univers puissent enfin communiquer, mais avec l'avantage d'une crédibilité intacte.

     Car peu importe les réponses. L'atout majeur de ce roman est le talent de Benford qui parvient à manipuler les concepts les plus pointus comme s'il s'agissait de simples jouets. Il jongle avec les idées et les expose de manière simple, réussissant l'exploit d'éviter d'être didactique sans jamais dérouter le néophyte. Bien qu'il s'agisse de pure hard science, le roman demeure ainsi accessible à tous.

     De plus, Benford met en scène des personnages « solides ». Décrivant le monde des physiciens qu'il connaît parfaitement - avec les difficultés du travail, les joies de l'expérimentation, les aspirations, les enthousiasmes, ou les peines... -, il analyse les tracas quotidiens, en rapport avec les organismes de sécurités, les associations écologistes, les médias, les politiques... Comme il l'écrit de nouveau dans sa postface, il montre « les chercheurs tels qu'ils sont vraiment, surtout au travail. A part les détectives et les espions, la littérature de fiction décrit finalement très peu de gens au travail, et pourtant c'est un aspect central de la vie ».
     Il en résulte un rythme assez lent, qui privilégie le réalisme au spectaculaire.

     Réalisant ainsi la parfaite union entre science et fiction, Benford démontre que physique ne rime pas avec ennui. Son roman se dévore comme un livre d'aventure, mais nous en ressortons un peu plus savants, et un peu plus perplexes devant les mystères de l'univers…

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 15/11/1999 nooSFere


     «  Est-il possible de créer un univers en laboratoire grâce à l'effet tunnel  ?  » C'est cette question, posée très sérieusement en 1990 dans les pages de Nuclear Physics par Alan Guth, l'inventeur du modèle inflationniste de la cosmologie, qui est à l'origine de La Sphère.
     Au sein du RHIC, l'accélérateur de particules de Brookhaven, l'expérience montée par Alicia Butterworth ne se déroule pas comme prévu. Soudain, c'est l'explosion. Dans les décombres, Alicia découvre une sphère mystérieuse qui se révélera être un espace-temps de poche, un véritable univers en réduction, qu'elle baptisera Cosm.
     L'auteur d'Un paysage du temps n'est pas un scientifique d'opérette. Il est, rappelons-le, professeur titulaire de physique à l'Université de Californie à Irvine (voir le dossier que nous lui avons consacré dans notre n° 5, dossier accompagné d'une nouvelle aux accents métaphysiques, La Fin de la matière). La Sphère est un roman de science-fiction au sens étymologique du terme, c'est-à-dire que c'est la science (d'abord la physique des particules, puis la cosmologie) qui y est mise en fiction, et non ses applications. Et je doute que la théorie développée par Benford « pourrait se résumer au dos d'une boîte de céréales  », comme l'écrit finement le plumitif de Science-Fiction Magazine (ou alors nous ne mangeons pas les mêmes céréales).
     La Sphère est aussi une description décapante des mœurs de ces êtres bizarres que sont les chercheurs au travail. À l'évidence, Benford a réglé quelques comptes. « Le roman présente une image fidèle de la sociologie de la science actuelle  », écrit Pascal Thomas — chercheur lui-même — dans sa pénétrante analyse parue dans KWS n° 29/30 et accessible sur le site Quarante-Deux. On le croit volontiers, tant le roman fourmille de détails, de coups de griffes, d'anecdotes, de réflexions sur les relations qu'entretient le monde de la science avec les médias et la politique.
     De manière dialectique, le roman est sous-tendu par l'affrontement expérimentation/théorie, symbolisé par Alicia et Max, un théoricien de Cal Tech. Et c'est sans doute là que réside une certaine faiblesse du livre. Non pas que cette opposition soit artificielle, bien au contraire. Mais il faut attendre 130 pages pour que Max arrive et que le roman transcende le strict propos hard-science et la visite guidée du monde impitoyable de la recherche.
     La force de Benford, c'est de donner un visage humain à la physique fondamentale, puis aux interrogations métaphysiques de la cosmologie, de nous faire découvrir le « sentiment granuleux de la réalité  » là où règnent pourtant les mathématiques les plus abstruses, de nous émouvoir enfin devant « la valse lente des galaxies  » que révèle le Cosm agonisant...
     Bref, de nous faire partager le temps d'un roman l'aventure de la science.

Denis GUIOT
Première parution : 1/12/1999 dans Galaxies 15
Mise en ligne le : 1/2/2001


     Déesse par accident

     Alicia Butterworth, jeune physicienne noire, voit une de ses expériences mal tourner. Une explosion endommage un accélérateur de particules. Dans un tube brisé, Alicia découvre une sphère brillante de la dimension d'une boule de bowling, très lourde, faite d'une matière inconnue. Saisie d'une impulsion, elle cache cette sphère et l'emmène, captive d'un électro-aimant, dans son laboratoire.

     La sphère se révèle être un univers entier, que le « mini-bang » de l'expérience a créé par accident. Alicia et son équipe étudient l'expansion de cet espace-temps de poche, ce « Cosm » qui évolue à une vitesse hallucinante : il vieillit de plusieurs millions d'années en l'espace de quelques jours. Ils observent la valse tourbillonnante des galaxies qui naissent et meurent sous leurs yeux.

     Rares sont les livres de science-fiction dits de hard science. C'est qu'il n'est pas facile, pour un lecteur non averti, d'entrer comme ici dans le monde de la physique des particules. Gregory Benford fait heureusement partie du petit groupe des scientifiques qui sont aussi de talentueux écrivains.

     Benford montre les chercheurs au travail, décrivant avec force détails la vie universitaire. Mais il se penche aussi avec humour sur la vie privée d'Alicia et complète le tableau en introduisant des éléments de suspense. Dans ce thriller métaphysique, l'auteur laisse cependant ouverte une question fondamentale. Et si notre univers avait lui aussi été créé accidentellement par des savants ?

Jean-François THOMAS (lui écrire)
Première parution : 14/10/1999 24 heures
Mise en ligne le : 8/9/2002


[Critique de l'édition originale américaine parue en février 1998 chez Avon Eos]
     Est-il encore nécessaire de présenter Gregory Benford ? Doit-on rappeler qu'en plus d'un écrivain de hard science à succès il est également physicien et donc très au fait de son sujet de prédilection, à savoir, la science ? Ecrire de la Science-Fiction est pour lui l'occasion de faire vivre l'au-delà de la connaissance arrachée à Dieu et livrée à son imagination. Elle lui permet de donner une réalité à ses théories les plus folles.

     Le point de départ de Cosm est une question posée par des physiciens bien réels : est-il possible de créer un univers en laboratoire en utilisant un tunnel quantique ? Pour ceux qui souhaitent s'adonner à la réflexion théorique, Benford conseille de lire l'essai du même nom (qui l'a lui-même inspiré). Pour les autres, Benford se livre a un petit exercice de style en imaginant les résultats d'une telle création.

     A la suite d'une expérience ayant mal tournée, l'héroïne de Cosm découvre un objet semblable à un boule de bowling et qui s'avère être le résultat d'un Big Bang à toute petite échelle.

     Benford aurait pu nous offrir une description vertigineuse du résultat de ce mini-Big Bang mais il tente plutôt d'en faire la toile de fond d'une histoire humaine, celle des chercheurs impliqués dans cette découverte. On les suit de réunions du conseil en soirées de célibataire et on partage leurs misères, qu'elles soient gros rhume ou devoirs à corriger. Le problème est que les héros de Cosm sont beaucoup plus passionnés par leur expérience que par leur vie affective — et comment les en blâmer ?

     Le résultat ressemble à un long compte-rendu des expériences tentées et des spéculations émises, mâtinées d'intrigues universitaires et d'infortunes sexuelles.

     On se laisse prendre au jeu mais on ne peut s'empêcher de regretter de ne pouvoir aborder la grande découverte que par son côté le plus ingrat.

     Les forts en maths et les universitaires du milieu seront sans doute les seuls à pouvoir apprécier Cosm à sa juste valeur, les autres devront se contenter d'un bref aperçu de la vie des premiers.

Sophie GOZLAN
Première parution : 1/7/1998 dans Bifrost 9
Mise en ligne le : 16/11/2008


 
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