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Le Disque rayé

Kurt STEINER



Illustration de Gaston DE SAINTE-CROIX
Illustrations intérieures de (non mentionné)

FLEUVE NOIR / FLEUVE Éditions (Paris, France), coll. Anticipation n° 424
Dépôt légal : 3ème trimestre 1970
Première édition
Roman, 240 pages, catégorie / prix : nd
ISBN : néant
Format : 11,0 x 17,0 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     ... Mais surtout, il y avait ces ruines fantastiques. Plantés verticalement ou en oblique dans le chaos des dalles brisées, dont certaines dressaient leurs énormes fragments jusqu'à des dizaines de mètres de hauteur, des piliers métalliques partaient vers le ciel dans la prolifération de leurs entretoises innombrables. A une centaine de mètres au-dessus de la tête de Matt, autant que celui-ci pouvait évaluer la distance, les piliers donnaient naissance à des arceaux immenses qui les joignaient les uns aux autres. Plus haut, la toile d'araignée s'enrichissait d'autres ponts titanesques, dont les plans superposés s'entremêlaient pour l'oeil formant à la limite un monde de hachures gribouillées sur le ciel. Le sommet de ces constructions devait dépasser trois ou quatre mille mètres...

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Association Infini : Infini (3 - liste francophone) (liste parue en 1998)

 
    Critiques    

Trentième ouvrage de Kurt Steiner au Fleuve Noir, ce roman pose une fois de plus le cas de cet auteur singulier. Kurt Steiner a fait voici une quinzaine d’années des débuts aussi anonymes que possible, perdu dans la plus maudite des collections de cet éditeur la série « Angoisse ». Assez vite pourtant (comme ce fut aussi le cas, à un degré de qualité inférieure, pour Marc Agapit), les amateurs de fantastique distinguèrent son nom dans la cohorte des écrivassiers qui le côtoyaient et s’aperçurent que ses livres surpassaient les habituels navets grand-guignolesques dont la série « Angoisse » était fertile. Kurt Steiner écrivit à cette époque plusieurs romans (citons seulement Fenêtre sur l’obscur. De flamme et d’ombre, Les rivages de la nuit, Je suis un autre, Les pourvoyeurs) qui révélaient un authentique tempérament fantastique et qui auraient aussi bien pu être signés Jean Ray. Ce n’est pas peu dire.

Par la suite, il faut bien l’avouer, la qualité des romans parus sous sa signature se mit à décroître dangereusement. Il n’y a plus rien de commun entre l’auteur des titres ci-dessus et celui qui commit des atrocités telles que Syncope blanche, Le village de la foudre ou Mortefontaine. Au point qu’on se demande effectivement s’il s’agit bien du même individu… Chacun sait que l’usage des nègres a toujours été de règle dans la littérature populaire dont le Fleuve Noir perpétue aujourd’hui la tradition. Regrettons simplement, si ce fut le cas ici, que Kurt Steiner n’ait pas su mieux choisir les siens.

Toutefois, quelque temps avant la fin de cette dégringolade, s’était produit un événement. Steiner avait fait sa mutation et était passé, chose à laquelle on l’aurait cru peu préparé, à la série « Anticipation ». Ses deux coups d’essai, reconnaissons-le, ne furent guère brillants, et il vaut donc mieux tirer pudiquement le voile de l’oubli sur ces ratages que sont Menace d’outre-Terre et Salamandra. Par contre, avec Le 32 juillet, les lecteurs français découvrirent qu’un nouvel auteur de SF de talent leur était né, qui reprenait le flambeau abandonné par Stefan Wul. Deux autres titres : Aux armes d’Ortog et Les improbables, confirmèrent le bien qu’il fallait penser de ce nouveau départ. Après quoi l’imprévisible Steiner entra dans un silence de cinq années, au terme duquel on pouvait bien craindre qu’il ne fût définitivement perdu pour la science-fiction.

Il n’en était rien pourtant, et le come-back de Steiner il y a deux ans, avec le remarquable Ortog et les ténèbres, fut aussi inattendu que fulgurant. Vint ensuite Les enfants de l’Histoire, roman qui marquait une maturation très nette sur le plan des Idées. Et aujourd’hui enfin Le disque rayé, huitième roman de SF de Steiner, sans doute pas l’un de ses meilleurs, mais très supérieur toutefois au niveau de la production française courante.

La situation de Steiner est donc paradoxale. Exactement comme avant lui Stefan Wul, il est si l’on veut une victime du Fleuve Noir, mais avant tout une victime de la sottise des autres éditeurs qui n’ont pas su s’attacher son talent, il est une personne déplacée au sein de la collection qui l’abrite. Il est sans doute à l’heure actuelle le plus doué des auteurs de SF français en exercice, mais personne ne parle de lui. Et si la télévision décide – comme ce fut le cas récemment à l’émission Post-Scriptum de Michel Polac – de consacrer trois quarts d’heure d’antenne à la science-fiction, c’est pour mentionner à peu près toutes les collections présentes sur le marché, mais sans souffler mot des livres de Steiner. Il ne reste donc plus qu’à souhaiter à ce dernier de pouvoir bénéficier un jour du genre de réhabilitation dont Wul, pour sa part, vient d’être tardivement l’objet, en voyant ses meilleurs titres réédités sous des étiquettes « de prestige ».

Pour en terminer avec cet examen du cas Steiner, il y a un phénomène intéressant que l’on peut noter. C’est que l'évolution subie par sa carrière – du fantastique horrifique à la science-fiction – est exactement parallèle à celle que suivirent nombre d’auteurs américains célèbres issus de la revue Weird Tales, notamment Robert Bloch, Henry Kuttner et Ray Bradbury. Ce genre de glissement du premier genre au second est plus fréquent aux États-Unis qu’en France, car nous habitons un pays où l’on préfère s’en tenir aux étiquettes strictes et bien établies. Le fait que Steiner soit l’un des exemples qui infirment cette règle plaide en faveur de la souplesse et de la variété de son talent.

Venons-en enfin à ce Disque rayé qui a justifié ce bref rappel des antécédents de Steiner. Ce n’est pas l’un de ses meilleurs livres, répétons-le. Il y a plus de souffle dans Aux armes d’Ortog, plus de lyrisme dans Ortog et les ténèbres, plus de conviction dans Les enfants de l’Histoire. Pour tout dire, Le disque rayé ressemble un peu à un exercice de style sur un sujet standard (en l’occurrence ici, comme précédemment dans Les improbables, le paradoxe temporel). En outre le roman souffre d’avoir été trop visiblement écrit pour le Fleuve Noir, d’où une certaine « rugosité », une absence de nuances dans la progression de l’action, ainsi qu’une sorte de catapultage des événements dans le dernier tiers, à mesure que l’auteur prend conscience de la nécessité de condenser tout ce qu’il a encore à raconter s’il ne veut pas déborder de la limite fatidique des 240 pages imposées.

Il n’en reste pas moins que Le disque rayé contient suffisamment de qualités pour ne pas décevoir le lecteur qui a aimé les précédents romans de Steiner. Et tout d’abord le sens de la vision épique, avec cette première partie entièrement située dans le décor fantastique d’une ville verticale, gigantesque géométrie de piliers, d’arceaux et de poutrelles s’élevant à des milliers de mètres de hauteur. Ce décor permet à Steiner de réaliser l’une des plus belles « ouvertures » qu’on ait vues ces derniers temps dans le domaine de la science-fiction : l’éveil de Matt Wood, le héros, dont la mémoire est oblitérée, au bas de cette structure titanesque, corrodée par la rouille, sans la moindre présence humaine en vue.

En second lieu, l’ingéniosité. Techniquement, Le disque rayé se présente sous les dehors du paradoxe temporel de forme circulaire, à l’image du serpent qui se mord la queue. Le héros accomplit en réalité une boude à travers le temps en revenant périodiquement à son point de départ (trajectoire qui se complique encore ici du fait qu’il décrit des crochets dans des univers parallèles). Ce thème du « nœud dans le temps » a donné lieu à des développements célèbres dans les annales de la science-fiction (on se rappellera notamment L’enfant en proie au temps de Charles L. Harness, un des traitements définitifs de l’idée en question, dans Histoires fantastiques de demain présentées par Alain Dorémieux chez Casterman). C’est, si l’on veut, un des thèmes de base de la SF. C’est aussi l’un des plus difficiles à exploiter avec succès. Steiner ici a tenu le pari, et il s’avère qu’il a gagné la partie. Son paradoxe temporel est élégamment calculé, il est amorcé et monté avec une minutie sans faille. Et sa démonstration est plus convaincante que ce n’était le cas dans Les improbables.

Encore une fois, il ne manque à Steiner que de pouvoir mieux étoffer son action, et d’avoir suffisamment de recul à l’égard de son sujet pour prendre le soin de lui apporter des enrichissements de détail. En aurait-il eu la possibilité que Le disque rayé pourrait être considéré comme un excellent roman dans la continuité de van Vogt (auquel son intrigue ne manque pas de faire penser en bien des points). Tel qu’il se présente, ce n’est qu’un bon roman d’aventures plus intelligent que la plupart des spécimens du genre. Ce n’est déjà pas si mal. Et déplorer ce que le livre n’est pas reviendrait à poser à nouveau le problème de Steiner par rapport à son éditeur, problème par essence insoluble.


Serge BERTRAND
Première parution : 1/4/1971 dans Fiction 208
Mise en ligne le : 26/1/2020

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition J'AI LU, Science-Fiction (1985 - 1993, 2ème série - dos violet) (1997)


     Publié initialement sous le pseudonyme de Kurt Steiner, Le disque rayé vient d'être réédité, augmenté d'une préface de Gérard Klein utile pour se faire une idée des multiples facettes de l'auteur. André Ruellan est un de ceux — tels Curval ou Klein — qui découvrirent émerveillés dans les années cinquante le monde de la SF américaine, et qui s'inspirèrent des thèmes et des images de l'âge d'or. Quelques œuvres émergent avec singularité, et les relire aujourd'hui à l'épreuve du temps, demeure une source de plaisir. Le disque rayé est justement l'un de ces classiques.
     Basé sur une intrigue qui joue avec le temps, son point fort réside dans la description d'une ville de cauchemar. Vision qui tient plus aux délires surréalistes de peintres comme Max Ernst ou Escher, la Ville est le véritable acteur du roman, elle le domine de ses monstrueuses structures, tout comme elle écrase le personnage de Matt Wood jeté du néant de sa mémoire dans un monde incompréhensible et terrifiant.
     La Lune à laquelle il manque un morceau, est aussi une de ces trouvailles qui doivent plus au surréalisme qu'à la science fiction pure et dure. Est-ce justement une des caractéristiques de la SF française d'être une littérature d'images plutôt que d'idées ? Cela me paraît évident avec Le disque rayé, roman-peinture dans lequel, malgré tout, la construction présente quelques faiblesses. L'auteur mêle à souhait des univers parallèles dans la boucle qui constitue la charpente du roman, pour que l'ensemble garde sa cohérence.
     Il suffit de comparer avec la nouvelle de P.K. Dick, Interférence (in Nouvelles 1947-1952, Denoël, Présences), pour un traitement réduit à l'essentiel de l'idée du « circuit fermé ». Est-ce un hasard si l'un des personnages de cette nouvelle s'appelle Wood ? Mais l'important ne réside pas dans le nouage logique de l'oeuvre, ou dans la description des utopies que parcourt Matt Wood à la recherche de sa mémoire ; l'important -comme on dit — est « ailleurs » : dans l'inconscient peut-être ? Vous ne l'oublierez pas... surtout ne l'oubliez pas !

Christo DATSO (lui écrire)
Première parution : 1/10/1997
Ozone 7
Mise en ligne le : 17/7/2003


 

Edition J'AI LU, Science-Fiction (1970 - 1984, 1ère série) (1976)


 
     La réédition de ce FLEUVE NOIR de 1970 s'imposait : il était inadmissible qu'on ne puisse plus se procurer ce très beau roman. Début et fin très vanvogtiens : Matthews Wood (sic : c'est Matthew sans s qui est un prénom, cher Steindré Kruellan) se trouve brusquement dans un monde étrange sans aucun souvenir de son passé ; il découvre, non par la pure réflexion mais par la praxis, qu'il est le pion utilisé par un super-joueur d'échecs électronique, la Plani. Pour relier les deux, un magnifique paradoxe temporel qui explique le titre, mais dont je ne vous dévoilerai rien de plus, pour ne pas gâcher votre plaisir à voir ce qui à première vue était mauvais rêves gratuits (quoique non sans rapports avec les plus cauchemardesques de nos réalités : aliénation par les tabous, exploitation par les divers petits chefs) s'ordonner peu à peu selon une logique qui est au bon sens quotidien ce que Riemann et Lobatchevski sont à Euclide.

George W. BARLOW
Première parution : 1/10/1976
dans Fiction 273
Mise en ligne le : 11/11/2013




 
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