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Le Bout du monde

Lucius SHEPARD

Titre original : The Ends of the Earth, 1991

Cycle : Le Bout du Monde vol. 1 

Traduction de William Olivier DESMOND
Illustration de Pascal MORET

DENOËL (Paris, France), coll. Présence du fantastique n° 31
Dépôt légal : juin 1993
Recueil de nouvelles, 320 pages, catégorie / prix : 11
ISBN : 2-207-60038-6   
Genre : Fantastique

Traduction partielle du recueil original.



    Quatrième de couverture    
     De rêve en rêve, un écrivain en dérive au Guatemala glisse dans une autre réalité. Effet d'une manipulation, d'un dérèglement mental ou de l'ancienne magie maya toujours agissante ?
     Dans les bas-fonds de Detroit, un pauvre Noir hébété par la drogue trouve en lui des ressources imprévues pour aider un jeune travesti à se transformer définitivement en femme par la seule vertue de ses pouvoirs magiques.
     En Inde, un agent de la C.I.A. à la recherche d'un ami et collègue disparu est confronté à l'une des réincarnations de la déesse Kumari...
     En cinq étapes, un voyage au bout du monde, c'est-à-dire au bord de tous les possibles, dans ces régions ténébreuses où les magies primitives sont toujours prêtes à reprendre du service.

    Sommaire    
1 - Le Bout du monde (The Ends of the Earth), pages 9 à 112, Nouvelle, trad. William Olivier DESMOND
2 - La Figurine d'argile noir (The Black Clay Boy), pages 115 à 145, Nouvelle, trad. William Olivier DESMOND
3 - En route pour la gloire (Bound for Glory), pages 149 à 206, Nouvelle, trad. William Olivier DESMOND
4 - La Vie de Bouddha (Life of Buddha), pages 209 à 239, Nouvelle, trad. William Olivier DESMOND
5 - Un tigre en bois (A Wooden Tiger), pages 243 à 311, Nouvelle, trad. William Olivier DESMOND

    Prix obtenus    
World Fantasy, recueil, 1992
 
    Critiques    
[Critique portant à la fois sur Thanatopolis et sur Le Bout du monde]

     « La question, c'est de voir, reprit-elle. Soit vous voyez les choses, soit vous ne les voyez pas. C'est peut-être pour ça que vous êtes ici. Pour apprendre à voir. »

     Cette déclaration de la réincarnation d'une déesse hindoue à un agent de la CIA en dérive, dans le récit « Un Tigre en bois », témoigne des intentions de Lucius Shepard au travers de ses différentes nouvelles publiées durant les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix. La plupart de ces textes décrivent en effet un parcours initiatique menant à une prise de recul sur les perceptions qu'on peut avoir du monde et donc à une meilleure appréhension de celui-ci. Cet apprentissage se traduit par la découverte d'une réalité décalée par rapport à la nôtre, d'un monde « coïncidant » au monde visible, un monde qui prend souvent ses racines dans des éléments d'une religion ou d'un folklore local. L'accès à ce monde nécessite un médium, généralement une substance hallucinogène, impose au héros une métamorphose nécessaire et s'accompagne des conseils d'un initié. La progression psychologique du héros s'opère via une compréhension grandissante des principes de ce nouveau monde et de son existence tangible ; un des jalons de cette progression est l'affrontement avec l'initié ayant joué le rôle du mentor. Cette compréhension trouve cependant ses limites quand le héros prend conscience que des forces supérieures, des puissances ancestrales, immatérielles, voire extraterrestres, manipulent cette réalité à une plus large échelle et qu'il n'en demeure, malgré sa compréhension et sa victoire sur son mentor, qu'un pion insignifiant. Le héros ressort ainsi épuisé et déçu de son expérience, mais à défaut d'avoir obtenu un pouvoir, il a acquis une connaissance du monde et de lui-même ; cette connaissance va lui permettre de se confronter à une réalité qu'il fuyait ou redoutait.

     Les nouvelles rassemblées dans les recueils français Thanatopolis et Le Bout du monde s'inscrivent majoritairement dans ce schéma narratif — on notera par ailleurs qu'elles bénéficient d'excellentes traductions de William Desmond, qui rendent justice à l'écriture appliquée et flamboyante de Lucius Shepard.

     [...] 1

     « Le Bout du monde », récit éponyme au recueil qu'il ouvre, met en scène un écrivain paumé au fin fond du Guatemala qui pénètre dans une autre réalité après s'être adonné à un étrange jeu maya. Les pouvoirs qu'il acquiert dans cette réalité mystique vont lui permettre de prendre un nouveau départ dans sa vie. « La Figurine d'argile noire » dénote du reste des nouvelles. Lucius Shepard y tente, sans grand succès, l'exercice du conte pornographique dans le seul but de moquer une fois de plus le rêve américain et son idéal du couple. Retour à la thématique de la découverte d'un monde inconnu, avec « En Route pour la gloire » qui s'inscrit à juste titre dans l'imagerie de la conquête de l'Ouest. Le nouveau monde y prend forme, non dans le mythe de l'Amérique, mais dans un territoire mystérieux où convergent des forces cosmogoniques qui imposent des transformations à ceux qui la traversent. Lucius Shepard développe principalement dans cette nouvelle la notion de métamorphose nécessaire — le voyage, un thème cher à l'auteur, symbolisant cette métamorphose. Moins exotique, « La Vie de Bouddha » dévoile un fragment du quotidien d'un camé, homme de main d'un dealer de Detroit. La consommation excessive de drogue le conduit en rêve vers des horizons plus lumineux, mais lui permet également dans la réalité d'aider un ami à assumer sa sexualité ambiguë. Conclusion du recueil, « Un Tigre en bois », dont le titre synthétise le héros type de Shepard — à savoir une ébauche qui doit s'éveiller à la vie — , décrit de façon assez classique le réveil spirituel d'un espion américain suite à sa rencontre avec la réincarnation d'une déesse hindoue.

     S'appuyant sur le passé de baroudeur de Lucius Shepard, un passé fortement marqué par la drogue, ces nouvelles reflètent ses déceptions et ses désillusions de quarantenaire à propos de la politique de son pays, de la vie de couple — la plupart de ses héros sortent d'un échec amoureux — et plus globalement sa résignation face à l'apathie de ses congénères. Ses textes mettent néanmoins en contrepoint d'une ambiance pessimiste et dépressive un encouragement à voir le monde différemment et une invitation à découvrir cette différence en soi, comme le comprend le marin perdu de « Nomans Land » : « Rechercher en soi les mondes à conquérir et les principes à renverser. »

Notes :

1. La partie de cette recension consacrée au recueil Thanatopolis n'est pas reproduite ici. [note de nooSFere]


Arkady KNIGHT
Première parution : 1/7/2008 dans Bifrost 51
Mise en ligne le : 3/10/2010


 
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