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Les Délires divergents de Philip K. Dick

Philip K. DICK

Textes réunis par Alain DORÉMIEUX




CASTERMAN , coll. Autres temps, autres mondes - Anthologies
Dépôt légal : 1979
Première édition
Recueil de nouvelles, 242 pages
ISBN : 2-203-22626-9
Format : 13,5 x 20,5 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Philip K. Dick est né à Chicago en 1928 et a fait ses débuts littéraires en 1952. A cinquante ans, il peut être considéré actuellement comme le plus doué, le plus brillant, le plus fécond de tous les auteurs américains de science-fiction. Il a signé plus de trente romans, dont les chefs-d'oeuvre aussi indiscutables que Le Dieu venu du Centaure, Ubik, Le Maître du haut château, Docteur Bloodmoney, sans oublier le tout récent Substance mort. Il s'est attaché à dépeindre les rapports mouvants entre la réalité et l'illusion, à échafauder des mondes paniquants où les points de repère permettant de se raccrocher aux contours des choses se dérobent, où les personnages mis en scène voient se désagréger leur environnement et se retrouvent pris dans des pièges en forme de labyrinthes. Univers à base de fantasmes et de psychoses, que l'usage intensif des drogues hallucinogènes par Dick a contribué à alimenter. Aujourd'hui qu'il est revenu de ses voyages au bout des drogues, sa personnailté détériorée mais fascinante s'impose avec plus de force que jamais. En onze nouvelles dont la parution originale s'échelonne de 1953 à 1974, on trouvera dans cette anthologie un panorama représentatif des diverses phases de son oeuvre, un échantillonnage de tous le thèmes passionnants qui ont jalonné son itinéraire d'écrivain.

    Sommaire    
1 - Alain DORÉMIEUX, Mosaïque en forme de préface, pages 11 à 28, préface
2 - Reug (Roog), pages 29 à 34, nouvelle, trad. Alain DORÉMIEUX
3 - L'Infatigable grenouille (The Indefatigable Frog), pages 35 à 45, nouvelle, trad. Alain DORÉMIEUX
4 - Les Rampeurs (Wars Games), pages 46 à 55, guide de lecture, trad. Alain DORÉMIEUX
5 - Clientèle captive (A World of Talents), pages 56 à 73, nouvelle, trad. Alain DORÉMIEUX
6 - Jeu de guerre (War Game), pages 74 à 92, nouvelle, trad. Alain DORÉMIEUX
7 - Ce que disent les morts (The Crawlers), pages 93 à 149, nouvelle, trad. Alain DORÉMIEUX
8 - Précieuse relique (Precious Artifact), pages 150 à 166, nouvelle, trad. Alain DORÉMIEUX
9 - Syndrome de retrait (Retreat Syndrome), pages 167 à 192, nouvelle, trad. Alain DORÉMIEUX
10 - Match retour (Return Match), pages 193 à 209, nouvelle, trad. Alain DORÉMIEUX
11 - Les Préhumains (The Pre-Persons), pages 210 à 240, nouvelle, trad. Alain DORÉMIEUX

    Prix obtenus    
Prix de la SF de Metz, prix spécial, 1979
 
    Critiques    
     UNIVERS PERSONNELS
     Décidément, l'an dernier c'était l'année Sturgeon, cette année c'est l'année Dick ! Nul ne s'en plaindra, bien au contraire. Surtout quand Dorémieux nous offre une mine pareille.
     Mine de renseignements que sa préface/bibliographie, bourrée de citations, de dates, de références, de révélations sur/de/par Dick (et ses apports directs ou indirects avec lui). On apprend par exemple que Dick a écrit pratiquement que des nouvelles jusqu'en 55, date de Loterie Solaire, et presque que des romans après (déjà 9 romans en 62). On culbute sur le sempiternel débat sur Dick-et-la-drogue — quand comprendra-t-on enfin que le fait de savoir quoi, quand, combien, a-t-il-écrit-sous-l'emprise, etc., n'a aucune importance : aucune drogue ne peut influencer en profondeur un génie réel — ni ne peut le remplacer.
     Enfin, le principal étant quand même ces dix nouvelles, cessons-la ce débat poussiéreux et malsain.
     Reug (1953) : Une nouvelle des débuts, déjà reconnaissable par son seul thème  : et si les éboueurs qui enlèvent les poubelles à l'aube étaient en réalité d'abominables extraterrestres, que seuls les chiens peuvent percevoir ?
     L'infatigable grenouille (1953)  : Une des rares nouvelles « humoristiques » de Dick — mais Dick n'est pas un homme souriant. Cette nouvelle le prouve : le sourire ne vient pas — mais l'inquiétude persiste.
     Les Rampeurs (1954) : Les présentations des nouvelles par Dorémieux me coupent l'herbe sous le stylo-plume. Que rajouter à : « Sur le plan du sujet, c'est une histoire à la fois très actuelle et très démodée. Actuelle, parce qu'elle préfigure avec 25 ans d'avance la menace des centrales nucléaires. Démodée, parce que les retombées qu'imagine Dick, en ce qui concerne les effets de la contamination sur la population locale, évoquent plutôt les clichés de la vieille SF pour adolescents des années 40. Mais cela n'a aucune importance au demeurant, car l'extraordinaire force d'écriture que véhicule ce texte fait passer, même aujourd'hui, les outrances et les naïvetés de la vision. » Que dire de plus, sinon que les retombées en question n'affectent que... les enfants ?
     Clientèle captive (1955) : On trouve déjà, sous une forme encore mal dégrossie (je devrais dire : pas si subtile...) toutes les pièces maîtresses du puzzle-Dick : son style (phrases concises, monologues intérieurs des personnages, dialogues réduits à l'essentiel, action plus suggérée que décrite...), l'apparition des premières « réalités divergentes » (le camion qui se dématérialise p. 65), l'attrait pour le passé (en filigrane dans beaucoup de ses romans), la multiplicité des univers/futurs possibles.
     Jeu de guerre (1959) : Presque 30 ans avant la mode, une nouvelle sur un wargame. Ici, une citadelle qui absorbe peu à peu les soldats/insectes mécaniques qui l'attaquent... pour en faire quoi ? Juste une diversion pour tester un autre jeu d'apparence plus inoffensive mais ô combien plus insidieux ! Ça y est, tous les composants sont en place, et le Dick — qui est en fait un piège homéostatique à retardement pour fans de SF égarés — commence à être opérationnel.
     Ce que disent les morts (1964) : Une année d'intense productivité : En attendant l'année dernière, Le dieu venu du Centaure, Simulacres, Les clans de la lune alphane... Et déjà un brouillon d'Ubik (1969) avec cette nouvelle, où rien ne manque : le Moratorium des Frères Bien-Aimés, Glen Runciter (ici Levis Sarapis), la lutte pour la puissance entre multinationales, et même le début du chapitre 2 qui est reproduit texto dans le chapitre 1 d'Ubik ! Rien ne manque, sinon une certaine divergence, un certain délire qui jaillit partout dans Ubik. Ici, la fin est plate et bassement rationnelle — et la rationalité va aussi bien à Dick que le mysticisme à Asimov.
     Précieuse relique (1964) : Le labyrinthe se creuse et se ramifie. Les simulacres l'envahissent, et vous vous cognez à un mur en croyant embrasser votre femme. Milt Biskle erre parmi une Illusion servant à masquer un mensonge historique (tiens, ça me rappelle quelque chose...) mais enfin, qui a gagné la guerre ? se demande Milt Biskle, désemparé, en proie aux événements qui le dépassent — bref, typiquement dickien.
     Syndrôme de retrait (1965) : De loin la meilleure nouvelle du recueil, à mon avis. Car c'est un pseudopode du Dieu venu du Centaure, son meilleur roman. Est-ce John Cupertino qui n'est pas réel... ou le monde autour de lui ? Où — est-il exactement : sur Terre, sur Ganymède, au fond de sa tête de camé ? Justement, a-t-il ou non pris de la frohédadrine, cette drogue qui donne l'illusion d'un univers ou l'on n'existe pas ? « Etrange, songea-t-il (p. 173) d'obtenir des renseignements sur la mort d'une personne en s'adressant à la personne en question. » « Quand on est privé de son monde personnel, on cesse d'exister. » (p. 186) Vous croyez que c'est Dick qui a écrit ça ? Moi je pense que c'est Palmer Eldritch, qui veut nous forcer à prendre du K.Priss déguisé en frohédadrine.
     Match retour (1967) : Même thème que Jeu de guerre, sauf, que le gadget extraterrestre est ici un flipper. Mais ce flipper est en fait un instrument de vengeance réglé sur le tracé encéphalique de la victime préméditée, en l'occurence le Commissaire Tinbane, qui s'exclame p. 206 : « Se retrouver traqué par un flipper d'un autre monde ! » Seigneur  ! Je ne m'approche plus d'un flipper à moins de dix mètres.
     Les préhumains (1974) : C'est une nouvelle écrite juste après les « années sombres » de Dick – 69 à 74), l'époque où il flippait, où il s'est perdu dans Ubik (entraînant Dorémieux avec lui, voir sa préface), où les bus disparaissaient et où sa femme devenait un simulacre. La nouvelle s'en ressent : le thème est suspect (un plaidoyer presque larmoyant contre l'avortement), le style rase-bitume et parfois un peu lourd. Mais le génie de Dick suinte encore dans le délire de lan Best, anti-héros faible et alcoolique, châtré par sa femme dévorante, véritable mante-religieuse (produit de la mysoginie — déception/frustration ? — de Dick à cette époque). Il apparaît aussi dans les réactions du gosse, Walter (Dick à 12 ans ?), dans cette fin triste et décomposée.
     Mais contrairement aux apparences que donne cette nouvelle, Dick est toujours en orbite, et tel un Walt Dangerfield ressuscité, il continue d'interférer dans nos univers personnels — car, comme il le dit lui-même : « J'ai le sentiment profond qu'à un certain degré il y a presque autant d'univers qu'il y a de gens, que chaque individu vit en quelque sorte dans un univers de sa propre création. »

Jean-Marc LIGNY (lui écrire)
Première parution : 1/6/1979 dans Fiction 302
Mise en ligne le : 1/3/2002


 
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