Site clair (Changer
 
  Critiques  
 
  Livres  
 
  Intervenants  
 
  Prix littéraires  
 
  Adaptations  
    Fiche livre     Connexion adhérent
C'est ainsi que les hommes vivent

Pierre PELOT




DENOËL (Paris, France)
Dépôt légal : août 2003
1118 pages, catégorie / prix : 27,50 €
ISBN : 2-207-25080-6   



    Quatrième de couverture    
     À l'automne 1999, Lazare Grosdemange, journaliste et grand voyageur, revient dans les Vosges sur les lieux de son enfance. Un accident lui fait perdre la mémoire dans des circonstances troublantes qu'il cherche de toutes ses forces à éclaircir. Son enquête le conduit sur une piste liée au passé de la région, une piste que quelques coureurs de trésors semblent déjà connaître.
     Au début du XVIIe siècle, dans cette partie des Vosges, Dolat, fils d'une paysanne brûlée pour sorcellerie, découvre la vérité sur sa naissance : il a été recueilli par les religieuses de Remiremont et adopté par une demoiselle de haut lignage. Éloigné de l'abbaye, il se retrouve impliqué avec Apolline, sa « marraine » devenue sa maîtresse, dans les intrigues qui secouent le duché de Lorraine. Le couple s'enfuit vers la Bourgogne voisine, par la montagne où ne vivent que des « forestaux », charbonniers et « myneurs », en marge du monde. La guerre de Trente Ans qui dévaste la Lorraine atteint bientôt ces régions sauvages et sépare les deux amants. Par des voies secrètes et souterraines, la quête de Lazare Grosdemange va croiser au-delà des siècles les aventures de Dolat, « fils du diable ».
     Fresque hallucinée de la guerre de Trente Ans et thriller contemporain, C'est ainsi que les hommes vivent est une immense aventure du langage et de la mémoire. Le grand œuvre de Pierre Pelot, auteur de Sous le vent du monde et de La Forêt muette.
 
    Critiques    
     Voici donc ce roman qui a connu une si longue gestation, écrit sur deux ans mais déjà bénéficiaire d'une bourse à la création en 1994 afin de mener les recherches nécessaires. Il ne s'agit pas de S-F, bien que cette Lorraine du XVIIe offre un dépaysement et un exotisme au moins aussi grands que l'exploration d'une autre planète. Il ne s'agit pas non plus de fantastique, même si le roman s'ouvre sur un procès en sorcellerie minutieusement conté, observé par les mentalités de l'époque, et se poursuit par une impressionnante descente aux enfers. Il s'agit simplement d'un roman de Pelot, d'un grand roman où l'on retrouve toutes les qualités de l'auteur, un récit d'une extrême noirceur où surnagent cependant des îlots de tendresse : Dolat, né pendant la captivité de la supposée sorcière, échappe à la mort et devient le filleul d'adoption d'Apolline, une fillette de haute lignée éduquée par les religieuses de Remiremont. Mais la belle marraine qui déniaise le « fils du Diable » à son adolescence l'entraîne dans ses intrigues coupables : ayant cherché à se débarrasser de la mère supérieure qui a aboli certains privilèges des religieuses par des maléfices auxquels elle a associé Dolat, elle fuit avec lui dans la montagne habitée par des « myneurs » et des « forestaux » vivant en marge de la société et des juridictions locales. Les péripéties, et elles sont nombreuses, qui ont jusqu'ici émaillé la vie de ces deux personnages, ne sont rien en comparaison des épreuves qui les attendent. Ce cortège de malheurs où l'humain descend toujours plus bas sans jamais toucher le fond atteint son point culminant lors des sanglants épisodes de la guerre de Trente Ans.

     Parallèlement à cette intrigue, Lazare Grosdemange, grand reporter récemment victime d'une crise cardiaque qui l'a rendu partiellement amnésique, se penche sur ses origines jusqu'à ce que ses recherches croisent les événements dont ses ancêtres furent les acteurs. Travail de mémoire pour retrouver des bribes de sa vie, mémoire du passé : la double quête rejoint celle de l'identité. Cette préservation de l'oubli est également à l'œuvre quand Apolline entreprend d'écrire sa vie. Pelot, pour qui écrire, c'est respirer, souligne bien les vertus identitaires de l'écriture, a fortiori si elle est biographique (ce qu'est en partie ce roman) : « Parce que l'écrire, c'était admettre. Qu'admettre c'était donc exister... »

     On n'avait pas lu pareille fresque depuis longtemps. Pierre Pelot a magnifiquement restitué le moindre détail de cette sombre période, en effectuant notamment un impressionnant travail sur le langage, qui intègre les mots d'alors dans un phrasé très contemporain. C'est un torrent de mots qui roule, dévale et ravine, un torrent qui n'est pas fait d'une eau pure comme les phrases filtrées pour éliminer les redondances, choisir les expressions et peser le sens des mots, mais une eau de terre et de pierres mêlée, qui charrie un vocabulaire glaiseux encore mal dégrossi de sa gangue originelle, des gravillons de patois crachés avec un accent rocailleux, des expressions profondément racinées dans le rude quotidien du lieu et de l'époque, des tournures anciennes immergeant dans ce passé révolu le lecteur ballotté comme un fétu, tournures qui se succèdent tumultueusement le long d'infinis déroulements de phrase, virevoltant et tourbillonnant dans le flot furieux des pensées cherchant à se fixer comme des branchages qui s'accrocheraient sur une berge ou un tronc flottant qui se coincerait entre deux rocs de certitude, revenant avec obstination sur l'image, l'idée, la scène, pour les mieux préciser, à coups d'adverbes et d'adjectifs qui sans cesse nuancent, corrigent, retouchent ou redressent l'impression première, avec l'impossible mais convaincant et sinon séduisant projet de réaliser par ces patientes touches impressionnistes une fresque hyperréaliste qui restituerait la trame et la texture même de ce monde éteint, afin de témoigner que c'est ainsi que les hommes vivent.

     Ce roman n'est pas un chef-d'œuvre de plus de Pierre Pelot : c'est son chef-d'œuvre !

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/1/2004 dans Bifrost 33
Mise en ligne le : 1/3/2005


     La guerre de Trente Ans du point de vue des petites gens
     Le fameux conflit du XVIIe raconté en filigrane dans un thriller à la fois historique et contemporain. Le dernier roman monumental de Pierre Pelot charrie toutes les saveurs de la langue de l'époque.

     Littérature. Pierre Pelot semble s'être donné pour mission de raconter l'humanité. Sur la lancée de son impressionnante série « Sous le vent du monde » qui narre, en quatre gros volumes, la préhistoire de l'Homme, il livre aujourd'hui un énorme récit, 1111 pages dûment numérotées, dont les évènements prennent place au début du XVIIe siècle.
     Pas triste, ce début de siècle... A l'extrême fin de décembre 1599, on arrête, torture et brûle comme sorcière une femme qui n'avait pour tort que d'être belle, intelligente et fidèle à son mari. D'emblée, le ton est donné. Ignorance, pauvreté et saleté font le lit de la brutalité, d'une cruauté insensée nourrie d'une religion omniprésente et mal comprise. Le supplice de la pauvre femme est rendu dans tous ses sordides détails avec une âpre densité.
     Langue râpeuse
     Il faut dire que, reprenant la technique éprouvée dans sa série préhistorique, Pelot rédige son récit dans la langue de l'époque. « Il vint le poing d'abord, ce qui était d'augure méchant, selon ce que de grande mémoire on avait vu coutumièrement. » Etrange poésie de mots vieillis ou oubliés, (qui figurent parfois dans un glossaire hélas incomplet à la fin du livre). Mots qui, cependant, libèrent leur sens dans le contexte. « Garce » n'est que le féminin de « gars » et l'on ne dit pas « tout de go » mais « tout de gob », qui vient de gober, avaler d'un coup. On se trouve à l'opposé de la littérature superficielle, légère, aérée, mais on plonge dans une littérature épaisse, charnue, qui a de la densité, du goût et des odeurs, épicée, comme un potage d'autrefois se démarque d'un bouillon clair. Pelot travaille la langue comme un paysan d'antan labourait la terre : lentement, durement, avec acharnement, en y consacrant beaucoup de temps. Le rythme est lent, qui donne une sorte de langueur au récit. La description est ample, complète, détaillée. On sent le mouvement de la vie.
     Celui qui est né le « poing d'abord », c'est Dolat, le fils de la sorcière qui a accouché en prison. Un enfant que la matrone acccoucheuse n'a pas eu le cœur de tuer, comme on le lui ordonnait, et qui l'a déposé sous le porche d'une église, comme nombre d'enfants non désirés à l'époque.
     Diable de fuite
     Le roman conte la vie de Dolat, marqué par le diable. Mais où est Dieu ? où est le diable ? dans cette époque qui voit surgir la plus terrible des guerres de religion : celle de Trente Ans, qui tua le tiers de la population de l'Europe ! Dolat amoureux de sa marraine, Apolline d'Eaugrogne, chanoinesse dévergondée (comme d'autres) à l'Abbaye de Remiremont, « dans le pays des Vosges, en Lorraine » qui donne son cadre au récit. Apolline qui d'abord aime Dolat, puis se sert de lui, le défigure, puis lui demande son aide pour fuir. Notamment dans les forêts, où l'on fait connaissance des « froustiers », ces forestiers frustes que l'acte écrit d'un roi a autrefois déclaré libres. Fuir, car cette époque maudite n'est que succession d'intrigues, de traîtrises, d'épidémies, de violences, de destructions, de malheurs, de morts et d'horreurs.
     En alternance avec les chapitres qui racontent la vie de Dolat et d'Apolline, on suit, cinq cent ans plus tard, en 1999-2000, Lazare Grosdemange, reporter qui revient sur les lieux de son enfance après un infarctus qui lui a ôté une partie de sa mémoire. Intéressé par un trisaïeul bagnard, dont il cherche à percer le mystère de la condamnation, Lazare se trouve confronté à de puissants notables d'une part, mais il va aussi croiser la vie de Dolat, par-delà les siècles.
     Roman d'intrigues et de suspense, récit policier et thriller historique, « C'est ainsi que les hommes vivent » est certainement à ce jour l'œuvre la plus achevée de Pierre Pelot. Outre qu'il montre le grand talent d'écrivain de son auteur, la force de ce récit est qu'il raconte la guerre de Trente Ans vue par les petites gens, qui ne comprennent rien à ce qui se passe. Sinon qu'on les étripe. Et si ça se trouve, Pierre Pelot figurera au livre des records pour la phrase incroyablement longue, sans cesse relancée par des « et après », « paraprès », « après », « et », « puis », qui s'étend de la page 581 à la page 588 ! Sacré livre, solide lecture et fameux écrivain, ma foi !

Jean-François THOMAS (lui écrire)
Première parution : 1/10/2003 24 heures
Mise en ligne le : 3/1/2009


 
retour en haut de page
Dans la nooSFere : 65716 livres, 64963 photos de couvertures, 60472 quatrièmes.
8089 critiques, 36020 intervenant·e·s, 1452 photographies, 3687 adaptations.
 
Vie privée et cookies/RGPD
A propos de l'association. Nous écrire.
NooSFere est une encyclopédie et une base de données bibliographique.
Nous ne sommes ni libraire ni éditeur, nous ne vendons pas de livres. Trouver une librairie !
© nooSFere, 1999-2019. Tous droits réservés.