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Le Royaume de l'Été

James A. HETLEY

Titre original : The Summer Country, 2002
Première parution : Ace, 2002

Cycle : Le Royaume de l'Été vol. 1 

Traduction de Xavier SPINAT & Pascal TILCHE
Illustration de Guillaume SOREL

MNÉMOS , coll. Icares
Dépôt légal : novembre 2004
Roman, 384 pages, catégorie / prix : 21,50 €
ISBN : 2-915159-32-7   
Genre : Fantasy



    Quatrième de couverture    
     A 28 ans, Maureen mène une vie de paumée à Naskeag Falls, Maine... Jusqu'à sa rencontre par un soir d'hiver glacial avec un spectre terrifiant et un chevalier blanc hirsute surgi de nulle part. Héritière d'un monde caché, elle commence alors à entrevoir le pouvoir qui est en elle et l'univers magique auquel elle appartient : le Royaume de l'été éternel, peuplé par les descendants de Merlin et Mordred, et déchiré par des guerres sanglantes.
     Là-bas, une femme qui porte le Pouvoir et le Sang des Anciens est l'objet de toutes les convoitises... ou une menace à détruire.

Camelot n'existe plus.
Arthur est mort. La Loi est morte.
Le Pouvoir règne.

     Le Royaume de l'été associe la puissance évocatrice des légendes celtiques et l'âpreté du thriller contemporain pour produire un hybride redoutablement efficace empruntant aux plus grands noms de la fantasy, comme Zelazny ou Gaiman. Vétéran du Vietnam, James A. Hetley vit actuellement dans le Maine et a exercé divers métiers avant d'écrire Le Royaume de l'été, salué unanimement par le public et la critique.
 
    Critiques    
     Maureen serait une jeune fille sans histoires si sa famille ne la tenait pour complètement folle : en effet, elle parle aux arbres ! Un soir, elle est attaquée par un homme mystérieux, et sauvée par un autre, Brian, qui ne l'est pas moins. Quand le cadavre de l'agresseur se consume dans une flamme bleue, Maureen n'est pas loin de croire que sa famille a raison. Mais Brian, lui, pense qu'elle a le sang des Anciens, ce qui lui donne le Pouvoir d'accéder au Royaume de l'Eté où s'entretuent les descendants de Merlin et ceux des Pendragon. D'ailleurs, dans le bar où ils se sont réfugiés pour se remettre de leurs émotions, Brian aperçoit Fiona et Sean, les jumeaux maléfiques. Quand, une fois rentrée chez elle, Maureen constate que sa sœur Jo lui a « piqué » David, celui dont elle, qui avait toujours craint les hommes, espérait faire son petit ami, Maureen renvoie Brian avec qui elle était pourtant bien près de passer le reste de la nuit. Mais elle ne chassera pas si facilement tous les habitants du Royaume de l'Eté, maintenant qu'ils l'ont repérée pour ce qu'elle est : une femme du sang.

     Bien qu'ancré dans les légendes celtiques, galloises ou bretonnes, Le Royaume de l'Eté se dissocie tout à fait des histoires arthuriennes pour s'attacher aux bouleversements que vivent Maureen, Jo et David sitôt passés de l'autre côté. Si le début du roman est un peu lent (chose fréquente chez beaucoup d'auteurs américains de fantasy, soucieux d'installer le décor et les personnages), l'intrigue est ensuite très prenante. Une fois mises de côté les références à Zelazny — auquel on ne peut s'empêcher de penser par moments — l'histoire est originale, en particulier la façon dont les personnages sortiront — ou non — des pièges qui leur sont tendus. Attention : certains passages, vraiment durs, en font un livre à déconseiller aux plus jeunes.

     Le Royaume de l'Eté se conclut de façon tout à fait ouverte, et on ne peut qu'espérer que les éditions Mnémos publieront bientôt la suite de ce roman.


Lucie CHENU
Première parution : 18/9/2005 nooSFere


     A la charnière des années 1980 et 1990, la fantasy américaine, à la recherche d'autres paradigmes que ceux hérités de Tolkien, se réinventa une modernité : ce fut la mode de la « fantasy urbaine ». Une manière élégante de marier l'âpreté quotidienne du réel contemporain et les charmes immémoriaux des mythes : les fées n'ont pas quitté notre monde, elles se sont simplement adaptées à son évolution et, suivant le mouvement des exodes ruraux, ont peu à peu colonisé les villes, en privilégiant les recoins les plus obscurs et les marges les moins visibles de nos grandes cités.

     Il serait possible de tracer un parallèle avec certaines formes de musique : la fantasy médiévalisante héritée de Tolkien ferait alors figure d'équivalent du « progressive rock symphonique », tandis que la « fantasy urbaine » rencontrerait les préoccupations du gothique. Et à l'instar de la musique goth, l'« urban fantasy » canalisa une certaine révolte post-adolescente dans des récits jouissivement enténébrés, hantés de silhouettes habillées en noir, de beaux rockeurs aux oreilles pointues, d'enfants perdus, de clochards aux pouvoirs occultes et de marginaux au grand coeur.

     Une poignée d'écrivains, les Scribblies de Minneapolis et leurs amis, commença à développer ces motifs, d'abord dans le cadre d'une collection pour adolescents (« Bordertown ») puis plus largement, dans des romans de plus en plus ambitieux. Le Canadien Charles de Lint s'érigea en grand maître du mariage de la ville et des fées, le genre rencontra un bon succès, devint mode commerciale, même une mercenaire telle que Mercedes Lackey s'y essaya... Et puis, comme toute mode, celle-ci s'épuisa, seul de Lint continua à poursuivre son chemin sur cette voie qu'il sait particulièrement magnifier.

     Pour autant, si la « fantasy urbaine » appartient maintenant largement au passé (récent) des littératures du merveilleux, les éditeurs français commencent à peine à la découvrir, semblant traiter cette approche de la fantasy comme si elle relevait d'une dangereuse expérimentation — alors qu'on sait pourtant qu'elle rencontra un certain succès commercial. Le lecteur purement francophone, par conséquent, ne connaît encore aujourd'hui de la « fantasy urbaine » que de très rares titres. A commencer par deux authentiques chefs-d'œuvre : Neverwhere de Neil Gaiman (chez J'ai Lu) et Le Dernier magicien de Megan Lindholm/Robin Hobb (chez Mnémos). C'est l'éditrice de ce dernier roman qui nous offre maintenant une petite perle rare : un roman récent (parution originale en 2002) de pure « fantasy urbaine ». Passé relativement inaperçu lors de sa parution outre-Atlantique, Le Royaume de l'été de James A. Hetley mérite pourtant notre attention.

     L'hiver est dur, dans l'état du Maine. Petite ville sans charme particulier, de ces agglomérations nord-américaines sans histoire ni identité marquée, Naskeag Falls est battue par les pluies de neige fondue, les vents glaciaux et les nuages lourds de février. Deux jeunes femmes, sœurs aux cheveux roux et aux jobs tristounets, vivent ensemble, faute de mieux, dans un appartement à loyer modéré : Maureen et Jo. La première est du genre dépressive chronique, rêveuse un peu morbide écrasée par la vie. La seconde est une battante, une démerdeuse qui sait ce que survie urbaine veut dire. Deux existences ordinaires, médiocres — jusqu'à ce qu'une nuit, Maureen se retrouve traquée par un drôle d'individu, un gars baraqué qui, dans une impasse sombre, semble exsuder sa propre lumière et enraye d'une manière ou d'une autre le revolver de la jeune femme. Surgit soudain un chevalier blanc, la tête ceinte d'une couronne dorée ! Mais non, Maureen a mal vu, ce n'est qu'un gaillard hirsute, sa couronne n'est qu'une casquette... Pourtant, ce chevalier servant au look douteux pourfend bel et bien le maléfique ennemi de Maureen, et ce dernier ne tarde pas à se dissoudre en flammèches ! Hallucinée, choquée, Maureen se laisse reconduire chez elle par son sauveur, mais un détour par un bar de nuit finit mal : l'établissement finit en flammes. Le lendemain, Maureen est contactée par la femme qu'elle avait aperçue dans le bar. Une femme surgit elle aussi de nulle part, apparemment, et qui lui confie avec un amusement non dissimulé la véritable nature du chevalier servant de Maureen : il s'agit d'un Pendragon, moine guerrier d'un ordre de créatures féeriques converties au christianisme. Et Maureen dans tout ça ? Son sang est mêlé : mi-humain, bien sûr, mais aussi mi-Ancien, et donc objet de bien des convoitises...

     Hetley ne se trompe pas en tissant les fils d'un roman quasiment archétypal de « fantasy urbaine ». Tout y est : le petit groupe de copains fans de folk-rock, les larges emprunts au celtisme, les rapports avec les mythes arthuriens, la relecture des légendes féeriques anglo-saxonnes, les protagonistes coincés entre monde réel et monde magique (le Royaume de l'été, beaucoup plus pervers et cruel que la plupart des légendes ne nous laisseraient le deviner), les poses hyper-romantiques et les envolées de lyrisme gothique. L'écriture est assez belle, l'aventure haletante. Le tout livre un joli exemple d'une fantasy libérée du joug médiévalisant qui sait malgré tout être populaire et divertissante. « C'est du Poe, pas du Lewis Carroll », pense à un moment la terrible Fiona ; mais alors, du Poe éclairé par de grands riffs de guitare électrique.

André-François RUAUD (lui écrire)
Première parution : 1/1/2005 dans Bifrost 37
Mise en ligne le : 5/2/2006


 
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