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Petite cuisine du Diable

Poppy Z. BRITE

Titre original : The Devil You Know, 2004

Traduction de Mélanie FAZI & Nathalie MÈGE

AU DIABLE VAUVERT (Vauvert, France) n° (30)
Dépôt légal : octobre 2004
280 pages, catégorie / prix : 19,50 €
ISBN : 2-84626-073-7   
Genre : Fantastique



    Quatrième de couverture    
     En quatorze nouvelles, Poppy Z. Brite ouvre de nouvelles voies dans l'exploration de l'inquiétante étrangeté de nos territoires familiers. On y croise le Diable et son chat géant emprunté à Boulgakov, un médecin légiste fin gourmet, un chef génial et dément qui ne supporte pas que l'on critique sa carte des fromages...

     Contournant les clichés pour mieux cerner le cœur de sa ville, secrets des cuisines ou brassage des origines, des classes et des préférences sexuelles, elle saisit ces petits riens qui se télescopent, bizarres ou quotidiens, sublimes ou ridicules, et s'affirme ici en écrivain de la Nouvelle-Orléans.

     Née en 1967 à la Nouvelle-Orléans, nouvelliste surdouée et auteur de nombreux romans entre fantastique et réalisme morbide, elle est distinguée en 1994 par le British Fantasy Award. Son talent a été salué par des écrivains tels que que Peter Straub, Neil Gaiman, Dan Simmons ou Dennis Coouer.

     « Princesse de l'underground, élève de Baudelaire et de Stephen King, Poppy Z Brite tourne le dos au rêve américain pour en explorer l'ombre. Un délice. » Tifenn Duchatelle, Elle

    Sommaire    
1 - Dépêches du Tanganyka, pages 9 à 21, Préface, trad. Mélanie FAZI
2 - Le Diable par la queue (The Devil You Know), pages 23 à 33, trad. Mélanie FAZI
3 - Ô Camarde, où est ta spatule ? (O' Death, Where Is Thy Spatula?), pages 35 à 58, trad. Mélanie FAZI
4 - Le Marais aux lanternes, pages 59 à 78, trad. Mélanie FAZI
5 - Rien de lui ne s'étiole (Nothing of Him That Doth Fade), pages 79 à 96, trad. Mélanie FAZI
6 - L'Océan (The Ocean), pages 97 à 112, trad. Mélanie FAZI
7 - Marisol, pages 113 à 127, trad. Mélanie FAZI
8 - Poivre, pages 129 à 135, trad. Nathalie MÈGE
9 - Pansu (Pansu), pages 137 à 151, trad. Mélanie FAZI
10 - Tout feu tout flammes, pages 153 à 169, trad. Mélanie FAZI
11 - Gel système, pages 171 à 180, trad. Mélanie FAZI
12 - Bayou de la mère, pages 181 à 202, trad. Nathalie MÈGE
13 - Le Coeur de la Nouvelle-Orléans (The Heart of New Orleans), pages 203 à 223, trad. Mélanie FAZI
14 - Une saison d'enfer, pages 225 à 273, trad. Nathalie MÈGE
 
    Critiques    
     S'il y a une chose qu'on ne peut reprocher à Marion Mazauric, l'éditrice du Diable Vauvert, c'est de ne pas suivre ses auteurs. Et Poppy Z. Brite, Mazauric, elle aime. Ainsi, après l'avoir abondamment publiée chez J'ai Lu (trois romans et une anthologie, tout de même), elle poursuit Au Diable avec un recueil de nouvelles en 2000 (Self made man), un recueil d'essais et un court roman en 2002 (Coupable et Plastic Jesus), et enfin ce nouveau recueil de nouvelles, Petite cuisine du diable (troisième recueil publié en France, puisque Denoël publia, en 1997, Les Contes de la fée verte dans la collection « Présences »).

     C'est en 1994 que le lecteur français découvre Poppy Z. Brite. Ames perdues, premier roman de l'auteur, publié chez Albin Michel (avant d'être repris chez J'ai Lu), est un événement. Et déjà, tout ou presque de l'œuvre de Poppy Z. Brite est là : son univers goth peuplé de vampires, d'adolescents perdus aux préférences sexuelles fluctuantes, le rock, les bayous, le sexe et la mort, la drogue, un romantisme noir limite puéril aux échos rimbaldiens. Tout est là, oui, et c'est bien le problème car depuis, Brite n'a cessé ou presque de travailler ce même sillon avec des livres plus ou moins réussis, jamais mauvais, certes, mais parfumés aux mêmes relents d'humus noirs et pourrissants. Et Brite de le réaliser cruellement en avouant, dans la préface du présent recueil, avoir traversée une période de « lassitude d'écrivain », une dépression, quoi, une remise en question. Alors ?

     Petite cuisine du diable présente treize nouvelles qui, toutes, gravitent plus ou moins autour de la Nouvelle-Orléans. Bon. Rien de neuf jusque-là, cette ville de Louisiane ayant toujours été au cœur de l'œuvre de Brite. Quant aux personnages, ils sont tous ou presque, et quelle qu'en soit la raison, des marginaux. Rien de neuf ici non plus : nous sommes toujours chez la Brite du Corps exquis. Pourtant, là ou les choses changent, c'est clairement dans la disparition du fatras trash/goth/tatoo/piercing auquel nous étions habitués chez l'auteur. Ainsi, au fil des textes proposés, c'est une géographie de la Nouvelle-Orléans toute en nuances qui s'esquisse, une peinture sensible, impressionniste, fantastique parfois (mais pas systématiquement), riche de saveurs (gastronomiques avant tout), humaine enfin, et ô combien... Si Petite cuisine du diable ne contient pas de chefs-d'œuvre, il n'y a non plus, en définitive, rien à jeter. Chaque texte est constitutif d'un ensemble qui nous dit que finalement, la magie est dans le cœur des hommes, une magie, noire ou blanche, que certains lieux sont prompts à faire éclore : la Nouvelle-Orléans étant, à suivre Brite, incontestablement l'un d'eux.

     Petite cuisine du diable, livre hommage à la Nouvelle-Orléans, n'est pas une révolution ; plutôt le fruit d'une réflexion d'un auteur sur son travail, sans doute l'amorce d'un tournant dans une œuvre qui se libère d'une quincaillerie pesante. Poppy Brite n'a pas vieilli, non, elle a simplement grandi. Tant mieux.

ORG
Première parution : 1/1/2005 dans Bifrost 37
Mise en ligne le : 30/1/2006


 

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