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Emporium

Adam JOHNSON

Titre original : Emporium, 2002

Traduction de Michelle CHARRIER

DENOËL (Paris, France), coll. & d'ailleurs
Dépôt légal : février 2005
Première édition
Recueil de nouvelles, 368 pages, catégorie / prix : 22 €
ISBN : 2-207-25519-0   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     « Adam Johnson est le plus excitant des jeunes écrivains qu'il m'ait été donné de lire. Ses textes font non seulement preuve d'une maîtrise éblouissante de la narration, mais aussi d'une authenticité permanente — paysages, descriptions météorologiques, vocabulaire technique, procédures policières — , tout y est, tous les petits détails qui permettent au lecteur de pénétrer dans les arcanes de l'activité humaine. Sans oublier l'authenticité du sentiment ; car Adam Johnson sait comment nous vivons, comment nous nous languissons. Et avec Emporium, il nous offre un recueil de fictions tout aussi extraordinaires qu'originales. »
     Robert Olen Butler, auteur de La Nuit close de Saigon, M. Spaceman.

     Un tireur d'élite surdoué, âgé de quinze ans, employé par la police de Palo Alto ; une virée de survivantes du cancer dans un bar de rencontres ringard ; un couple, propriétaire d'un petit magasin de locations de gilets pare-balles, menacé par la ruine depuis qu'une grande surface de l'autodéfense — l'Emporium — s'est installée non loin...
     Bienvenue dans l'Amérique de demain, à la dérive et pourtant si touchante.

     Adam Johnson vit à San Francisco avec sa femme et son fils. Son premier roman, Des parasites, comme nous... paraîtra aux éditions Denoël, dans la collection Lunes d'encre.

    Sommaire    
1 - Quinze ans, tireur d'élite (Teen Sniper), pages 9 à 54, nouvelle, trad. Michelle CHARRIER
2 - L'Arrière-cour (Your Own Backyard), pages 55 à 92, nouvelle, trad. Michelle CHARRIER
3 - Le Satellite Cassini, messager de mort (The Death-Dealing Cassini Satellite), pages 93 à 122, nouvelle, trad. Michelle CHARRIER
4 - Plaque de protection (Trauma Plate), pages 123 à 147, nouvelle, trad. Michelle CHARRIER
5 - Les Dieux des falaises d'Acapulco (Cliff Gods of Acapulco), pages 149 à 190, nouvelle, trad. Michelle CHARRIER
6 - L'Idiot de Berlin (The Jughead of Berlin), pages 191 à 233, nouvelle, trad. Michelle CHARRIER
7 - L'Histoire du cancer (The History of Cancer), pages 235 à 252, nouvelle, trad. Michelle CHARRIER
8 - La Cadanaute (The Canadanaut), pages 253 à 308, nouvelle, trad. Michelle CHARRIER
9 - Le Huitième océan (The Eighth Sea), pages 309 à 364, nouvelle, trad. Michelle CHARRIER
10 - Remerciements, pages 365 à 365, notes, trad. Michelle CHARRIER
 
    Critiques    
     Proposé dans la (très bonne) collection Denoël « & d'ailleurs », Emporium fait partie de ces textes qui donnent foi en l'avenir. Parfaitement inconnu en France, Adam Johnson y fait preuve d'un grand talent, tout en s'offrant le luxe de développer une petite musique très personnelle, qui hante longtemps le lecteur.

     Ni S-F, ni fantastique (si l'on excepte « Le Canadanaute », burlesque et radicale relecture de la course à la Lune, vue du côté canadien), les nouvelles de Jonhson s'inscrivent bien plus dans la tradition de la petite touche que du panorama général. Improbable rencontre entre Palahniuk, Buten et Bradford (lui aussi édité en Denoël « & d'ailleurs » avec l'excellent Le Chien de ma chienne — critique in Bifrost31), les nouvelles d'Emporium s'intéressent d'abord aux humains, avant de dériver vers un contexte socio-économique plutôt délicat. Grands brûlés de l'existence, les personnages sont généralement seuls, perdus dans un monde incompréhensible, mais (et c'est là que la tendresse de l'auteur est la plus visible) terriblement à l'écoute des autres et de leurs douleurs. On ne résumera évidemment pas tout ici, mais on pointera deux textes qui sortent du lot, par leur étonnante pudeur, paradoxalement mêlée de froides descriptions cliniques. Ainsi, « Le Satellite Cassini, messager de la mort » met en scène une virée de cancéreuses en lutte contre la maladie, sous l'œil mi-goguenard, mi-naïf d'un adolescent récemment amputé de sa mère. En quête de chaleur et de vie dans un monde qui en est si dépourvu, les presque mortes en sortent pourtant bien plus humaines que les vivantes. L'ensemble sous une voûte étoilée qui nous rappelle que l'éternité n'est jamais vraiment loin.

     Ailleurs, « Le Huitième océan » raconte la dérive d'un gamin déjà adulte tiraillé entre un père absent (mais somme toute terriblement présent), des amours anecdotiques et une empathie maladive pour les autres. Très sombre, dramatique et pourtant curieusement optimiste, ce texte est une petite merveille.

     Centré sur le passage à l'âge adulte et aux vagues à l'âme qui en découlent, Emporium nous fait visiter intelligemment le paysage mental de ses personnages, avec une rare acuité. Touchant, nostalgique et triste sans jamais tomber dans le ridicule ou l'auto-apitoiement, le recueil possède une voix d'une étonnante justesse. Un vrai plaisir de lecture et une vraie découverte, en attendant la publication en « Lunes d'encre » du premier roman de Jonhson, Des Parasites comme nous. A suivre, donc.

Patrick IMBERT
Première parution : 1/4/2005 dans Bifrost 38
Mise en ligne le : 5/8/2006


     L'Amérique dépeinte par Adam Johnson dans ces neuf récits a de quoi faire peur : glauque, déliquescente, schizophrène... Au centre de tout ça : les armes en vente libre, et la violence qui en découle. Comme pour cette famille qui tient un petit magasin de quartier, mais dont le futur est menacé lorsqu'un supermarché de l'autodéfense, l'Emporium, s'installe à côté et entreprend de récupérer tous ses clients. Il ne leur reste plus qu'à assister, passifs, à la désertification de leur quartier, devenu à ce point peu sûr que tout le monde porte des plaques de protection. Cette passivité est la « marque de fabrique » des personnages de l'auteur, qui sont plus souvent des brins de paille à la dérive portés par le vent de violence qui balaie peu à peu tout le paysage. Les seuls actifs sont les jeunes, mais cela ne rassure pas davantage : dans l'Amérique de Johnson, on peut être tireur d'élite à quinze ans, ou éprouver une fascination morbide pour la mort, comme ce jeune garçon qui veut absolument suivre son père — tueur officiel des animaux malades ou en voie de surpopulation dans un zoo — à son travail. Pourtant, malgré leurs défauts, malgré leur violence, ces personnages sont éminemment touchants : face à la disparition progressive de leurs repères, ils conservent des valeurs humaines. Et bien souvent un recul un peu ironique montrant qu'au fond d'eux-mêmes ils ne sont pas dupes de l'évolution de leur société.

     On peut se demander à la lecture de ce qui précède si ces récits appartiennent bien au genre de la science-fiction : la réponse est affirmative, puisque l'Amérique d'Adam Johnson est un très léger décalque de celle que nous connaissons, situé quelques années dans le futur, un lieu qu'aurait pu décrire un Kurt Vonnegut et où se produisent des événements étranges ou à la marge. Ainsi, un club de cancéreuses peut prendre un bus pour aller faire la fête dans un bar ou un ménage conserver des loups et des crocodiles à domicile. Et le principal acolyte du tireur d'élite de quinze ans sera un robot démineur de bombes terroristes. Dans ce monde, le pays voisin du Canada pourra même envoyer un Canadanaute en orbite autour de notre planète peu de temps après les soviétiques...

     Ce recueil est donc à recommander à ceux qui apprécient les textes à la frontière des genres, comme du reste beaucoup de livres de la présente collection « & d'Ailleurs » de Denoël. Quant à Adam Johnson, on suivra avec attention ses futurs ouvrages, à commencer par son premier roman Des parasites comme nous, qui paraîtra prochainement dans la collection « Lunes d'encre » chez le même éditeur.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 1/6/2005 dans Galaxies 37
Mise en ligne le : 22/1/2009


 
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