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La Femme sans nombril

Michel DE PRACONTAL



Illustration de Jean-Claude CLAEYS

LE CHERCHE-MIDI , coll. NéO n° (2)
Dépôt légal : février 2005
240 pages, catégorie / prix : 16 €
ISBN : 2-7491-0351-7   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Londres, 2222. Une mégalopole peuplée de robots, dirigée par des artefacts, un gigantesque centre commercial bombardé de messages publicitaires. Venus d'une autre planète, quatre visiteurs cherchent une espèce introuvable : l'humanité. Pourquoi les bipèdes ont-ils disparu d'une Terre qui ne porte aucun signe de destruction globale ? Angela Darwin, Cari Turing, Albert Vienne et Max Well mènent l'enquête à cent à l'heure, entraînant le lecteur de surprise en surprise. Quelle étrange raison pousse nos héros à se passionner pour un vieux film porno intitulé Gorge profonde ? Quel fil secret relie Linda Lovelace, la star qui a déniaisé une génération d'Américains, à Gorge profonde, l'informateur secret du scandale du Watergate ? Comment Edgar Hoover, le patron du FBI, a-t-il dissimulé la véritable histoire de la bombe atomique ? Que s'est-il vraiment passé à Roswell, Nouveau-Mexique, en 1947 ? Quelle conspiration a réduit au silence Richard Tell-Mann, jeune physicien prodige qui a participé au projet Manhattan ? Traqués par les redoutables Men in Black, Angela et ses compagnons se lancent sur les traces d'une mystérieuse femme sans nombril croisée près de Trafalgar Square. Au terme d'une haletante course-poursuite, ils découvriront l'incroyable vérité — ou comment les Etats-Unis de l'après-guerre ont donné naissance à un monde sans chair. Mais cette catastrophe douce est-elle irréversible ? Le suspense dure jusqu'à la dernière ligne. Un roman époustouflant, subtilement teinté d'érotisme, qui tient le lecteur en haleine de la première ligne à la stupéfiante révélation finale.

     Michel de Pracontal est journaliste scientifique au Nouvel Observateur. La Femme sans nombril est son premier roman.
 
    Critiques    
     « Nous, Zébriens, sommes des éponges culturelles qui absorbent les innovations, les styles, les atmosphères d'une société, si différente soit-elle de la nôtre. Nous sommes capables de parler une langue étrangère comme si c'était la nôtre, de partager les rites et les coutumes d'un autre peuple comme si nous en faisions partie. Nous avons débarqué sur Terre dans un esprit de curiosité. Notre objectif prioritaire était d'acquérir le maximum de connaissance sur cette planète pour nous étrangère, tout en nous efforçant d'interférer le moins possible avec l'histoire terrienne et humaine. Notre culture repose sur un principe d'assimilation qui nous pousse à nous emparer de tout élément qui nous semble intéressant à un moment donné, quel qu'en soit le contexte d'origine. » (p.30)

     Les Zébriens sont des extraterrestres mangeurs de métaux et cracheurs d'acide sulfurique, dont la longévité atteint quelques milliers d'années. Ils sont aussi capables de prendre n'importe quelle apparence humaine ou animale. A partir du siècle des Lumières, ils ont entouré la Terre d'un réseau de satellites espions afin de surveiller l'évolution de l'humanité. Un équipage de quatre Zébriens, commandé par Angela Darwin, s'est même déjà posé sur Terre à bord du vaisseau Beagle, le 4 juillet 1947 à Roswell, pour n'en repartir que dans les années 2000.
     Mais de retour sur Zebra, Angela Darwin est sollicitée pour retourner sur la planète bleue, car depuis 2100 celle-ci n'émet plus aucun signal électromagnétique. Le Beagle repart donc et parvient à proximité de la Terre le 22/2/2222. Mais un problème se pose alors : les extraterrestres ne peuvent plus accéder à leur ordinateur central, Kali, car le code d'accès est caché dans certaines images d'un film pornographique de 1972, Gorge profonde, images qui ont miraculeusement disparu de la pellicule ! Ils parviennent tout de même à se poser sur Terre, où une surprise de taille les attend : la planète est peuplée d'androïdes et de machines insensées qui continuent à mimer la vie humaine. Mais où sont passés les véritables humains ?

     Un bien curieux livre que ce premier roman de Michel de Pracontal, auteur de quelques essais et de trois nouvelles. A la lecture de ce résumé, on comprend que ses extraterrestres sont assez fantaisistes et que le propos vise à la satire.
     C'est ainsi que le lecteur sera amené à reconsidérer l'histoire américaine officielle et cachée de la seconde partie du XXème siècle : la bombe atomique et le projet Manhattan, Roswell, le FBI de Hoover, la chasse aux communistes, la guerre froide, Nixon et le Watergate, Thelonius Monk, Bobby Fischer... Des épisodes évidemment fragmentaires et partiaux, qui s'attardent sur les années 1940 et 1950 pour ensuite faire un grand bond entre 1956 et 1972, avant de survoler négligemment les années suivantes. L'auteur y stigmatise entre autres le protestantisme américain et le « cacapipitalisme » (p.113).
     Les scènes insolites voire burlesques qui se déroulent en 2222 offrent en revanche l'image d'une pseudo humanité désincarnée, robotisée, où chaque « individu » joue un rôle qui n'a plus de raison d'être, sans savoir pourquoi, bref où la science a été appliquée « comme une fin en vue de laquelle les êtres humains doivent être réduits à l'état de moyens » (Aldous Huxley, préface au Meilleur des mondes, cité p.11)

     Cet objectif satirique explique que Michel de Pracontal ne cherche pas à rendre ses extraterrestres plus crédibles que ceux du Martians, go home ! de Fredric Brown. Ils sont le prétexte à un regard caustique et pourtant attendri sur notre société. On notera cependant que l'auteur cherche à leur conférer un certain degré de vraisemblance : leurs noms « terriens » et leur parfaite connaissance de notre société s'expliquant par leur nature d' « éponges culturelles » mentionnée dans l'extrait sus-cité. Même leur choix totalement absurde d'un film porno comme code d'accès est finalement justifié.
     Pour soutenir son propos, l'auteur multiplie par ailleurs les références : conclusions de philosophes ou de sociologues, citations d'auteurs — de Shakespeare à K.W. Jeter en passant par Huxley — , films, chansons, poésie... des références surabondantes qui rendent la narration assez décousue et finissent par agacer, donnant l'impression que le romancier s'oublie derrière l'essayiste. Malgré ce défaut — auquel on ajoutera le choix du titre, bien peu représentatif du récit puisque l'intrigante absence de nombril de la femme en question n'a finalement qu'un intérêt mineur, ou celui de l'illustration de couverture, bien terne pour une histoire aussi déjantée — , la lecture demeure cependant sympathique.

     Au final, La Femme sans nombril est donc un roman à la narration un peu bancale, mais plutôt malin et souvent drôle. Sans être un chef d'œuvre, sa pertinente impertinence mérite un détour.


Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 1/9/2005 nooSFere


     En 2222, des extraterrestres s'étonnent de ne plus trouver que des robots et des clones sur Terre. Il ne s'agit pas de leur première visite : à intervalles réguliers, depuis les années 1940, les Zébriens se mêlent à la population. Leurs efforts pour comprendre pourquoi l'Homme a disparu de la surface de la planète donnent l'occasion de revenir sur nombre d'affaires américaines concernant le projet Manhattan autour de la bombe atomique, la guerre froide que mène Hoover, chef du FBI, contre le communisme, Deep Blue, qui n'est pas seulement le programme de jeu d'échecs mais un projet de défense autour d'une Intelligence Artificielle, l'affaire Roswell au Nouveau-Mexique, celle du Watergate, etc.. Les noms des extraterrestres, passagers du Beagle, sont d'ailleurs symptomatiques de la période considérée : Angela Darwin, Carl Turing, Albert Vienne et Max Well. En outre revient souvent la mention de Gorge profonde, qui ne renvoie pas seulement au célèbre film porno dont usent les extraterrestres pour crypter leurs données mais aussi au mystérieux personnage qui a précipité la chute de Nixon.

     Faisant preuve, à travers des clins d'œil appuyés, d'une solide culture sur le demi-siècle écoulé, ce récit saupoudré d'érotisme et agrémenté d'un humour décalé brandit le spectre du tout sécuritaire dans lequel se sont engagés les Etats-Unis depuis nombre d'années. On connaît depuis peu l'identité de Gorge Profonde, mais l'auteur n'était pas très loin de la vérité et aurait certainement trouvé une pirouette lui permettant de retomber sur ses pieds s'il avait eu vent de cette information avant la parution de son récit survolté.

     Michel de Pracontal, journaliste scientifique du Nouvel Obs, auteur de quelques essais et nouvelles dans des anthologies, signe là son premier roman. On ne s'ennuie pas une seconde à la lecture de cet ouvrage très référentiel, qui reste cependant réservé à ceux qui prendront plaisir à décrypter ses fantaisies surréalistes.

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/7/2005 dans Bifrost 39
Mise en ligne le : 11/8/2006


     Michel de Pracontal a fait ses premiers pas dans notre domaine avec Humain, trop humain, nouvelle parue dans l'anthologie Superfuturs réunie par Philippe Curval en 1986. On y trouve déjà en filigrane aussi bien le style que les thèmes traités dans La Femme sans nombril, premier roman de ce journaliste scientifique.

     Angela Darwin, Cari Turing, Albert Vienne et Max Well sont des Zébriens en mission de longue durée sur Terre. En cette année 2222, il s'agit de leur seconde opération. Ils sont déjà venus en 1947 et se sont posés à Roswell, Nouveau Mexique, États-Unis d'Amérique. Ils n'ont pas pu repartir tout de suite, une fenêtre de tir n'étant pas ouverte avant 2001. Ils sont donc restés un bon bout de temps sur notre planète, plus ou moins incognitos, en observant l'évolution de l'humanité.

     Le récit oscille ainsi entre la première (1947-2001) et la seconde mission (2222). L'occasion pour le lecteur de revisiter une histoire déjà connue parce que souvent traitée : la découverte de la bombe H, les soucoupes volantes, l'énigme de Roswell, la deuxième guerre mondiale, le FBI, la chasse aux communistes, le jeu d'échecs et j'en passe, en une mosaïque d'événements historiques successifs. Une réflexion sur l'équilibre de la terreur et la paranoïa. Les mythiques Men in Black existent-ils vraiment ? Quel rôle a vraiment joué cet enculé de J. Edgar Hoover dans l'histoire des États-Unis ?

     En 2222, le problème est autre. Londres, Paris, les autres endroits de la Terre ne semblent plus peuplés que d'androïdes. Qu'a-t-il bien pu se passer ? Où l'humanité a-t-elle disparu ? Cette mystérieuse femme sans nombril croisée près de Trafalgar square serait-elle pourtant humaine ? Pourquoi les Zébriens s'intéressent-ils tant à Gorge profonde, un vieux film porno ?

     Impossible de répondre à ces questions sans déflorer ce « roman d'aventures avec personnages humains et non humains ». Anecdotes politiques, citations littéraires, expressions vulgaires, discours irrationnels, extraits de films, de chansons, jeux de mots de potaches, catalogue de jurons hérités du capitaine Haddock, l'écriture de ce récit est plutôt chamarrée ! Elle rappelle un peu L'aventure, c'est l'aventure, ce film délirant des années 1970. Difficile parfois de s'y retrouver, voire de comprendre cette accumulation de références politiques, de jeux de mots approximatifs et d'érotisme incongru. Un lecteur exigeant pourrait s'en fatiguer, trouver l'ouvrage confus...

     Il vaut pourtant la peine de s'accrocher. Ce n'est pas rien, quand même, de voir les mystères de Roswell et du Watergate résolus !
     Ce livre est aussi — et surtout — , fondamentalement, une profonde réflexion sur l'intelligence artificielle.
     Et puis, il est interdit de fumer partout.
     Longue vie aux martinets noirs !

Jean-François THOMAS (lui écrire)
Première parution : 1/6/2005 dans Galaxies 37
Mise en ligne le : 21/1/2009


 
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