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Le Codex du Sinaï

Edward WHITTEMORE

Titre original : Sinai Tapestry, 1977

Cycle : Le Quatuor de Jérusalem vol.

Traduction de Jean-Daniel BRÈQUE
Illustration de Jackie PATERNOSTER

Robert LAFFONT (Paris, France), coll. Ailleurs et demain n° (196)
Dépôt légal : avril 2005
312 pages, catégorie / prix : 20 €
ISBN : 2-221-10127-8   
Genre : Science-Fiction 



    Quatrième de couverture    
     Un anachorète albanais égaré dans le Sinaï, Skanderberg Wallenstein, découvre par accident le manuscrit le plus ancien de la Bible. Horrifié par sa lecture, il épuise sa vie à fabriquer le plus grand faux de l'Histoire. Afin que la Bible demeure telle que nous la connaissons.
     Un lord anglais excentrique, Plantagenêt Strongbow, duc de Dorset, rompt avec les coutumes bizarres de sa famille et parcourt nu les déserts du Moyen-Orient avant d'écrire une somme sur le sexe en trente-trois volumes et d'acquérir secrètement tous les biens de l'Empire ottoman. Un Juif arabe né sous les Pharaons, Hadj Harun, coiffé d'un casque de croisé, défend seul Jérusalem contre la multitude de ses envahisseurs, et ne sait plus s'il est juif ou arabe, ni du reste qui il est.
     Un adolescent irlandais, Joe O'Sullivan Beare, mène avec une redoutable pétoire la lutte contre l'oppresseur anglais avant de fuir en Palestine sous la défroque d'une religieuse et de devenir par accident un héros de la guerre de Crimée, perdue bien avant sa naissance.

     Mélange épicé de roman d'espionnage et de conte des Mille et Une Nuits, d'histoire secrète et de spéculation échevelée, Le Codex du Sinaï est l'œuvre d'un écrivain hors normes, ancien agent de la CIA, qui a fait de Jérusalem sa terre d'élection. C'est un de ces livres qui paraissent destinés aux amateurs de science-fiction, qui donnent du monde une vision décalée, ironique, uchronique, et qui affirment que la vérité est ailleurs sans jamais cesser de se présenter comme de la fiction. Un domaine dans lequel ont excellé des écrivains aussi célèbres que Vladimir Nabokov ou Umberto Eco et, plus près de nous, Neal Stephenson dans son cycle du Cryptonomicon ou Théodore Roszak dans La Conspiration des ténèbres. Le Quatuor de Jérusalem, dont Le Codex du Sinaï est le premier volet, appartient à cette étrange et séduisante cohorte.

    Sommaire    
 
    Critiques    
     A défaut de parler d'entités extraterrestres, certains livres sont des entités extraterrestres. Celui-ci est du nombre.

     Certes, pour appâter le lecteur, le dos de l'objet parle de « roman d'espionnage », d'Umberto Eco et des Mille et une nuits. D'un point de vue commercial, ça se défend. Dans sa préface, Gérard Klein affine les choses en citant Kafka, Borges et Lewis Carroll, Thomas Pynchon et Theodore Roszak. On pourrait descendre encore d'un cran sur l'échelle de la notoriété et évoquer Fernando Pessoa et son Livre de l'intranquillité, Witold Gombrowicz et Ferdydurke, Julio Cortazar et Marelle. Quoique rares, ces livres « célibataires » ne sont pas si solitaires que ça. Mais si l'on se prend souvent à rêver d'en découvrir d'inconnus, on espère rarement en trouver des nouveaux, récents, inédits, etc. Force est de constater que l'état actuel du monde de l'édition n'autorise guère de tels rêves...

     Et à en juger par sa biographie un peu trop spectaculaire, Edward Witthemore n'entre pas comme ses prédécesseurs dans la catégorie des auteurs discrets — pasteurs, mathématiciens, enseignants, sans-grade... Discret, il l'était professionnellement, comme on se doit de l'être quand on travaille pour la CIA. Et ici, même les rares éléments discrets de sa biographie (employé d'une fabrique de chaussures, directeur de journal... ou écrivain !) deviennent en quelque sorte suspects. On ne peut plus accorder aveuglément sa confiance à un homme dont les emplois successifs pourraient n'être que des couvertures.

     Ici, l'élément de base du récit est simple : la Bible est un faux.

     Bon. Admettons.

     L'amateur de S-F est habitué à ce genre de principe de départ. Le roman pourrait se contenter d'explorer les conséquences historiques d'un tel postulat, d'en décrire les ramifications, les changements qu'il implique dans la vie sociale au jour le jour, les bouleversements induits dans l'existence d'un certain nombre de personnages représentatifs découverts par un tiers issu de notre monde « normal ».

     Sauf qu'ici rien n'est normal.

     L'auteur de la fausse Bible, par exemple, est un érudit albanais qui tombe par hasard sur le plus vieux manuscrit de la « vraie » et, scandalisé par ce qu'il lit à l'intérieur, décide de fabriquer un faux conforme à l'autre vraie, celle dont il se souvient et que nous connaissons.

     Déjà décontenancé par cette mise en abîme d'une référence de base, le lecteur tente par réflexe de se raccrocher aux branches et de trouver dans l'univers décrit quelque chose d'ordinaire. L'ennui (et on adore ça), c'est que rien n'est ordinaire. Les autres personnages qui composent ce quatuor d'éléments sont 1°) un très jeune Irlandais extrêmement doué pour la guerre qui fuit son pays natal pour devenir le vétéran héroïque d'un conflit terminé depuis longtemps, 2°) un Anglais de haute naissance qui parcourt le monde en quête des témoignages sur le sexe qui sont nécessaires à la rédaction de son Œuvre en trente-trois volumes, 3°) un Juif arabe né depuis plus de mille ans qui s'oppose aux innombrables hordes malveillantes qui cherchent à envahir Jérusalem...

     Il serait non seulement très stupide mais aussi presque impossible de chercher à résumer ce qui se passe dans Le Codex du Sinaï, parce qu'on dispose d'à peu près autant de chances de résumer un tel livre qu'on en a de décrire une toile de maître ou une odeur en espérant susciter l'émotion qu'elle provoque. Et tout ce qu'on peut dire de l'émotion en question, c'est ici qu'elle pousse à son extrême la fièvre déclenchée par tout bon texte de S-F, fièvre due au dépaysement, à la plongée dans un univers régi par une logique réelle mais singulière, à l'« inquiétante étrangeté »...

     On en vient très vite à attendre que quelque chose d'autre déraille dans cet univers fou, et encore autre chose, et encore, et encore... Le roman prend tellement son lecteur que celui-ci ne peut se résoudre à le lâcher avant d'avoir terminé — et qu'il se surprend à attendre la parution du deuxième volume comme il guetterait un rendez-vous amoureux. Avec une tranquille impatience, un doute raisonné, une certitude frémissante...

     N'empêche, ça va être long...

Emmanuel JOUANNE
Première parution : 1/7/2005 dans Bifrost 39
Mise en ligne le : 11/8/2006


     Au début du XIXe siècle l'anachorète Skanderberg Wallenstein, lointain descendant du Skanderberg défenseur de l'Albanie et du Wallenstein immortalisé par Schiller, découvre le plus Ancien Testament connu à ce jour. Mais ce texte, relatant les divagations d'un aveugle transcrites par un idiot, contredit à tel point la version existante qu'il passe sa vie à fabriquer un faux.

     Plus tard, Plantagenet Strongbow, riche duc de Dorset, botaniste émérite, auteur d'une somme sur le sexe en trente-trois volumes, parcourt le Moyen-Orient à la recherche de la fameuse Bible originelle, en compagnie de son fils Stern, un idéaliste se fourvoyant dans le trafic d'armes ; il se lie d'amitié avec Hadj Harun, un Juif Arabe vieux de mille ans qui connaît des problèmes d'identité. Celui-ci aide Joe O'Sullivan Beare, jeune réfugié indépendantiste irlandais, lequel est amoureux de Maud, une descendante de Cheyenne qui épousa une Wallenstein avant de fuir à son tour au Moyen-Orient.

     Il est impossible de résumer un tel OVNI littéraire, foisonnant de personnages dont on retrace la généalogie et le parcours, riche d'intrigues et de récits rapportés, où l'on voyage à travers le temps et où le fantastique côtoie le quotidien le plus prosaïque sans jamais susciter l'étonnement. La quatrième de couverture évoque Nabokov et Eco, mais on pourrait aussi se référer à Garcia Marquez et au réalisme magique de Cent Ans de solitude.

     La quête du codex du Sinaï, sans cesse contrariée par les errements des protagonistes, paraît peu présente. Mais il est question avant tout de donner un sens à la vie : en l'absence de texte sacré, c'est à travers l'accomplissement de leur destin que les personnages y parviennent. Certains verront dans ce livre un indescriptible fatras, d'autres y trouveront une poésie digne des Mille Et Une Nuits. Uchronique par bien des aspects, ce roman érudit n'est pas de la science-fiction mais s'y apparente par sa vision décalée et ironique de notre monde.

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/6/2005 dans Galaxies 37
Mise en ligne le : 20/1/2009


 

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