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Mine de rien

Roland C. WAGNER


Cycle : Les Futurs mystères de Paris  vol. 9 


Illustration de Philippe CAZA

L'ATALANTE (Nantes, France), coll. La Dentelle du Cygne n° (143)
Dépôt légal : avril 2006
336 pages, catégorie / prix : 4
ISBN : 2-84172-331-3   
Genre : Science-Fiction


Autres éditions
   in Les Futurs mystères de Paris - l'intégrale, volume II, ATALANTE (L'), 2015

    Quatrième de couverture    
     1843. — Eugène Sue : Les Mystères de Paris
     1954-1958. — Léo Malet : Les Nouveaux Mystères de Paris
     Nestor Burma, « l'homme qui met le mystère K.-O. »
     1958. — Frédéric Dard : Les Derniers Mystères de Paris
     1996- ?. — Roland C. Wagner : Les Futurs Mystères de Paris

     Paris, 2064. Odon, le maître de la manipulation mentale, s'est évadé. L'inspecteur Trovallec réclame l'aide de Tem, que la chasse au barbu n'inspire guère. Mais qui change d'avis devant le sanglant avertissement à son intention sur les lieux d'un massacre.
     Odon est-il vraiment l'auteur de cette mise en scène ? Ou bien Celui-qui-voit-dans-les-ténèbres s'apprête-t-il à frapper le privé transparent ? Comment élucider la nébuleuse des conspirations dans l'ombre de la Nakimeraï, ses liens avec Dragon Rouge, la psychosphère, les intermèdes érotiques d'une série télévisée et le sport interplanétaire en vogue, le Weltraumball ? Un sérieux ménage s'impose.

    Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes :    
 
Association Infini : Infini (3 - liste francophone) (liste parue en 1998)  pour la série : Les Futurs mystères de Paris

 
    Critiques    
     La vie de détective privé n'est pas de tout repos, surtout lorsqu'on est en 2064 et qu'on s'appelle Temple Sacré de l'Aube Radieuse — Tem, pour les intimes. Odon, ancien gourou passé maître dans l'art de la manipulation mentale et du lavage de cerveau, s'est évadé de la prison de haute sécurité où il était enfermé. Et comme c'est le détective « transparent » au chapeau vert fluo qui avait conduit à l'arrestation du vilain, c'est lui que vient voir le célèbre commissaire Trovallec. Tem accepte même de collaborer officiellement à l'enquête, à la demande de son ancien ennemi... Aussitôt après l'évasion, un horrible massacre est commis en région parisienne, assorti d'une menace de mort à l'attention de notre héros. Tout indique qu'Odon est responsable de la tuerie, mais lorsque Tem se fait enlever par l'ennemi public numéro 1, il comprend que les choses ne sont pas aussi simples qu'elles en ont l'air. Il lui faudra compter avec la Nakimeraï, puissante transnationale, le Weltraumball, un sport collectif joué en apesanteur par des athlètes dopés jusqu'aux yeux, une série TV de S-F érotique, et bien entendu les Archétypes de la Psychosphère, à commencer par son adversaire de toujours, Celui-qui-n'est-pas-nommé. Heureusement que Tem est bien entouré — sa compagne, un fumeur de zamal, des entités informatiques dématérialisées — car le détective privé doit aussi mener en parallèle des enquêtes de routine (quoique...) pour son agence en pleine croissance.

     A la lecture de ce neuvième tome du cycle phare de Roland C. Wagner, on pourrait avoir l'impression d'une série qui ronronne, voire qui fait du surplace. Il est vrai que Mine de rien ménage peu de surprises : la même narration à la première personne, entrecoupée de récits d'autres protagonistes, met en scène l'habituelle galerie d'humains aux patronymes invraisemblables et de « W-Men » bariolés — changeformes, Tête de Crâne, Baron Roux, Esprit Chat, fantomas, et naturellement le fameux détective transparent (à ce propos, le prologue jouant sur le talent de Tem est réellement savoureux). Le futur tendance baba cool loufoque imaginé par Wagner n'évolue pas beaucoup, l'auteur se contentant d'ajouter ça et là dans le décor quelque nouvel élément (on apprécie particulièrement la « Tribu des Gros Fainéants », sans parler des règles délirantes du Weltraumball) et de l'enrichir par la bande via de menues allusions à l'actualité récente (l'Inde comme puissance émergeante, vidéosurveillance, débat sur la gratuité...). La nouvelle enquête de Tem ne repose pas sur une idée science-fictive forte (comme par exemple celle qui sous-tendait La Balle du néant, mélange de physique quantique et de crime en chambre close), mais sur une trame classique se déroulant dans un univers à présent bien rodé. Et si le lecteur a tout de même droit à quelques révélations sur la Psychosphère et la Grande Terreur (ainsi que le LSD et le premier pas sur la Lune), elles restent distribuées avec parcimonie.

     Certes. Sauf qu'en définitive, là n'est pas la question. Car Wagner œuvre avant tout en bon feuilletoniste qu'il est (démarche assumée dès les origines par le titre de la série) : c'est à travers des histoires individuelles qu'il enrichit son univers et développe ses personnages. Car la série repose sur des protagonistes qui ont désormais suffisamment vécu pour exister par eux-mêmes sans que l'auteur ait besoin de les pousser beaucoup, tout en possédant un background extrêmement solide. C'est particulièrement flagrant dans cet opus où l'auteur fait référence à la plupart des précédents romans et à quelques nouvelles. Voilà pourquoi on aborde un nouveau roman des « Futurs mystères de Paris » avec une gourmandise toujours renouvelée : parce que l'effet de réel joue à fond de manière totalement naturelle — un comble, pour un futur si différent du notre. On se gardera d'insister sur les autres qualités ; après tout, au bout de neuf tomes, elles sont connues — un univers original, attrayant de par son optimisme et son humanisme sans naïveté, ainsi qu'un style fluide alternant action rondement menée, dialogues efficaces et images saisissantes (j'ai un faible pour le « chou fractal » à demi dépiauté de la page 28).

     Corollaire toutefois inévitable : le lecteur novice qui prendrait le train en marche risque fort d'être désarçonné. Bon, au pire aura-t-il envie de découvrir l'ensemble du cycle, et c'est vraiment tout le mal qu'on lui souhaite. D'autant qu'avec la récente réédition de Tekrock, l'Atalante propose maintenant la série, romans et nouvelles, quasi complète (ne manque plus que Toons), illustrée par un Caza inspiré, ce qui ne gâte rien.

Philippe HEURTEL
Première parution : 1/10/2006 dans Bifrost 44
Mise en ligne le : 13/3/2008


     Nous sommes désormais habitués à Tem, détective mutant doté du talent de transparence, étonnante faculté de se faire oublier tant par les hommes que par les machines. Commode pour les cambriolages et les filatures, plus gênant quand il s'agit d'être payé. Et pourtant les affaires de son Agence de l'Aube Radieuse marchent plutôt bien, sans doute grâce à son amante et assistante, Eileen, et à son bras droit Ramirez, qui se chargent de rappeler l'agence au bon souvenir des clients et autres relations professionnelles. Résultat, Tem est surchargé d'affaires d'intérêt inégal, et ne sait plus où donner de la tête quand on lui apprend l'évasion d'un vieil adversaire, Odon, un dangereux manipulateur d'assassins programmés. Et quand Marcellin Trovallec, le policier à qui le lie une relation aigre-douce et durable, lui apprend qu'une menace de mort explicite a été lancée contre lui lors d'une sanglante tuerie.

     Quelle sera la résolution explicite de l'intrigue, peu importe finalement. On se dit que pour la résoudre dans tous ses détails, il aurait fallu — selon la tendance actuelle de la littérature populaire — un livre deux fois plus long. Wagner s'en tire en conviant ses lecteurs à un livre virtuel huit fois plus long : celui qui résulte d'une relecture attentive de tous les ouvrages précédents de la série, auxquels il fait fréquemment référence (sans toutefois en donner explicitement le titre de chaque roman — sa période de négriarcat sous les couleurs de Jimmy Guieu l'a peut-être définitivement dégoûté de la note en bas de page !) Le lecteur à la bonne mémoire (et qui sait faire les liens) en sera récompensé, d'autant plus que le premier roman de la série est audacieusement réinterprété.

     Le lecteur distrait ne s'ennuiera pas pourtant ; le roman repasse en revue une galerie de personnages et d'archétypes incarnés tirés de l'univers foisonnant mis en place par Wagner au long de la plupart de ses romans. Plus des références précises à l'histoire des années 1960, dont nous savons notre ami féru. Plus, insérés à la conclusion de chaque chapitre, une série de coupures de presse sur un sport futur, le Weltraum-ball (on se rappelle que Le Chant du Cosmos, première et très réussie prestation de l'auteur pour L'Atalante, avait emprunté et détourné la structure du roman sportif). Plus des extraits d'un feuilleton tridi érotico-SF en exergue de chaque chapitre. On rit, on apprécie la référence oblique à une phrase tirée de Guy L'Éclair qui a joué un rôle décisif dans la découverte de la SF par plus d'un futur fan, et on comprendra en fin de compte la raison de la présence de tant d'apparentes digressions. Et comme il est de règle dans les aventures de Tem, le récit est conté à plusieurs voix, chacune apportant sa personnalité, et son humour.

     Avec ses niveaux multiples, la série a quelque chose à offrir à chacun ; mais il vaut mieux la lire dans son ensemble, et dans l'ordre, ce que nous permettent les rééditions entreprises par L'Atalante des six premiers volumes, parus à l'origine au Fleuve Noir. Dernier en date, le 5e, Tekrok, un des meilleurs, comme toujours agrémenté d'une superbe couverture de Caza, et d'une nouvelle inédite en fin de volume.

Pascal J. THOMAS (lui écrire)
Première parution : 1/6/2006 dans Galaxies 40
Mise en ligne le : 14/2/2009


 
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