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La Peau froide

Albert SÁNCHEZ PIÑOL

Titre original : La pell freda, 2002

Traduction de Marianne MILLON
Illustration de Leonor FINI

ACTES SUD (Arles, France), coll. Babel n° 781
Dépôt légal : janvier 2007
Roman, 272 pages, catégorie / prix : 7,50 €
ISBN : 978-2-7427-6518-8   
Genre : Fantastique



    Quatrième de couverture    
     Sur un îlot perdu de l'Atlantique sud, deux hommes barricadés dans un phare repoussent les assauts de créatures à la peau froide. Ils sont frères par la seule force de la mitraille, tant l'extravagante culture humaniste de l'un le dispute au pragmatisme obtus de l'autre. Mais une sirène aux yeux d'opale ébranle leur solidarité belliqueuse.
     Comme les grands romanciers du XIXe siècle dont il est nourri, l'auteur de La Peau froide mêle aventure, suspense et fantastique pour éclairer les contradictions humaines. Opposant civilisation et barbarie, raison et passion, lumière et obscurité, ce roman rappelle que, depuis la nuit des temps, c'est la peur de l'autre — plutôt que l'autre lui-même — qui constitue la plus dangereuse des menaces, le plus monstrueux des ennemis.

     Né à Barcelone en 1965, Albert Sánchez Piñol, anthropologue, est l'auteur d'un recueil de nouvelles et d'un deuxième roman qui sera prochainement publié chez Actes Sud.
     Véritable événement éditorial en Espagne, La Peau froide a reçu le prix Ojo Critico de Narrativa 2003 et a été traduit dans une vingtaine de langues.

    Adaptations (cinéma, télévision, BD, théâtre, radio, jeu vidéo, ....)    
Cold skin , 2017, Xavier Gens
 
    Critiques    

            Début du XXe siècle, un républicain irlandais fuyant son passé est déposé sur une petite île de l’Atlantique Sud, non loin de l’Antarctique. Il doit y occuper le poste de météorologue, seul et loin de tout, pour une année entière. Une année, ça, oui. Mais seul… non. Malheureusement pour lui. Assiégé dès la première nuit par des hordes de monstres amphibies, il trouve un improbable allié dans le « gardien du phare », Cafis Batto, homme dur et bourru, sans doute fou, mais entrainé à la survie. Jusqu’à ce qu’un amour étrange pour un monstre femelle fasse basculer les alliances…

            La Peau froide est un livre d’un élégant classicisme dans l’écriture. Maîtrise et richesse de la langue, préjugés racialistes énoncés comme des évidences, ce roman pourrait passer sans difficulté pour un ouvrage écrit il y a cent ans ou plus, ce qui, sous ma plume, est toujours laudatif.

            Sur le plan narratif, l’histoire est de bon aloi pendant au moins deux bons tiers. L’isolement absolu, le retrait hors de l’Humanité, vécu par les deux naufragés encalminés sur leur île minuscule, sans moyen de communication et loin des routes maritimes, a quelque chose de vertigineux. Tekeli-li !

            Réduits à focaliser toutes leurs actions, puis tout leur être, sur les nécessités de la survie par la guerre, les deux hommes finissent par se réduire à un vouloir vivre où l’intelligence n’est qu’un outil au service de l’anéantissement de l’Autre. Même plus le temps de lire le Frazer, pourtant disponible dans le phare, qui pourrait peut-être les éclairer. Dans un contexte fantastique qui rappelle Lovecraft et ses Profonds, La Peau froide a les attributs d’un roman post-apocalyptique.

            Puis il y a le contact, émotionnel. Un monstre femelle vit dans le phare avec les deux hommes, servante volontaire, étrangement attirante, à la sexualité hypnotique et vénéneuse, qui amène progressivement le météorologue à dessiller les yeux.

            Et là, le roman bascule dans un didactisme regrettable. Jusqu’alors, les deux niveaux de lecture n’interféraient pas. Roman effrayant d’un côté, métaphore du racisme et de la guerre de l’autre. Volonté d’anéantissement, dépersonnalisation et déshumanisation de l’ennemi, privé même de nom, solidarité « biologique » dépassant les antagonismes moraux, c’était plutôt fin, et surtout, ça laissait au lecteur le choix de la lecture souhaité ; j’y ai plaqué le conflit israélo-palestinien. Mais quand le « héros » découvre, comme une épiphanie, que, sous la peau froide des monstres, il y a un petit cœur qui bat, ça m’a rappelé un vieux sketch de Fernand Raynaud intitulé « L’Étranger ». Et c’est au contact des enfants des monstres que se produit le miracle ; rien ne nous sera donc épargné… La suite est prévisible, entre ceux qui voient plus loin, assez pour chercher à faire la paix, ceux qui refuseront ce que leurs sens leur disent, jusqu’au suicide, et la relève, fraîche et enthousiaste, qui empêchera la guerre de cesser.

            Au final, si on aime le bien et le bon, il faut lire La Peau froide. Pour qui préfère un peu de finesse, mieux vaut éviter en revanche, on s’épargne la déception.


Éric JENTILE
Première parution : 1/1/2014 dans Bifrost 73
Mise en ligne le : 28/3/2020

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition ACTES SUD, Lettres hispaniques (2005)


     Vous voici perdu sur un îlot sans nom, minuscule virgule au beau milieu de l'Atlantique Sud. Un an. Imaginez un peu. Un an à assumer les fonctions de climatologue. Sur l'île, une cabane : la vôtre. Et un phare. Occupé par un personnage taciturne et enfermé dans un mutisme apparemment inébranlable. Est-il fou ? Et au loin le bateau qui s'éloigne, que vous ne reverrez plus avant douze longs mois. Peut-être. Et la nuit tombe vite sous ces latitudes boréales. Et le froid. Et avec les ténèbres, les monstres. Des créatures surgies du fond de l'océan, sveltes, élancées, glaciales... Et visiblement affamées... Maintenant, il faut survivre.

     Un huis clos. Deux hommes entourés de monstres marins. A moins que les monstres ne soient les hommes eux-mêmes. Sartre n'est pas si loin. Conrad non plus, bien sûr, ni Lovecraft, dont on ne peut oublier tout au long du livre l'image obsédante de ses Profonds monstrueux.

     La Peau froide est le premier roman d'Albert Sanchez Pinol, anthropologue de quarante ans à peine. Un premier roman aussi froid que les monstres qu'il décrit, servi par une écriture serrée, maîtrisée, qui met en œuvre des figures romanesques d'une force rare et un personnage de Batis trouble et inoubliable, manière d'Achab melvillien sur son bateau île, possédé et possédant, qui a abandonné tout ou presque de sa nature d'homme dans l'unique but de survivre — à moins que sa nature d'homme ne se révèle finalement dans cet abandon même... Ouf ! Voici un livre qui, une fois refermé, n'en finit pas d'infuser ; on reste sous le coup de cette cruauté implacable, de ces scènes d'attaques où les monstres, nuit après nuit, se ruent par centaines, par milliers, à l'assaut du phare, de ces ambiances de terreur pure, ces constats sans appel sur la nature humaine, ces rapports ambigus entre les deux personnages, duo qui se fait trio en la personne d'un monstre féminin et muet d'une sensualité malsaine, bref, de son âpreté, de sa profondeur. Rapport à l'autre, rapport à soi, pulsions animales, solitude, amour, réflexion miroir sur la civilisation... Un livre marquant, sans doute, dense (250 pages et tout est dit, enfin ! — nous sommes ici bien loin de ces fantasy sans fin et pleines et de rien), un livre à lire, bien sûr, un très bon livre, quoi, dont on se gardera ici d'en dévoiler davantage tant il mérite d'être découvert.

ORG
Première parution : 1/1/2005
dans Bifrost 37
Mise en ligne le : 30/1/2006




 
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