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La Pluie du siècle

Alastair REYNOLDS

Titre original : Century Rain, 2004
Traduction de Dominique HAAS
Illustration de LEPTOSOME

PRESSES DE LA CITÉ (Paris, France)
Dépôt légal : février 2008
Première édition
Roman, 588 pages, catégorie / prix : 23 €
ISBN : 978-2-258-07025-7
Genre : Science-Fiction



Quatrième de couverture
     An 2300. A la suite d'une catastrophe technologique, la vie sur Terre est devenue impossible. Seuls ont survécu les êtres humains qui avaient émigré dans un réseau d'habitats en orbite.
     Verity Auger, une archéologue qui a beaucoup à se faire pardonner, accepte de participer à une mission ultradangereuse. Débarquée à Phobos, un satellite de Mars, elle emprunte un tunnel secret qui débouche... sur une station de métro, à Paris, en 1959.
     La Terre semble en effet avoir été préservée dans un bloc d'ambre, comme un gigantesque insecte. S'agit-il là d'une fenêtre vers le passé ou d'une simulation ?
     La mission de Verity consiste à récupérer, avant qu'ils ne tombent dans des mains ennemies, les documents laissés derrière lui par un agent assassiné. Elle ignore encore que l'agent en question avait fait des découvertes susceptibles de modifier considérablement le présent de la jeune femme, mais aussi le passé de la Terre...

     « Ténor du space opera » selon le Times de Londres, Alastair Reynolds est l'auteur de la saga des Inhibiteurs (L'Espace de la Révélation, La Cité du Gouffre, L'Arche de la Rédemption et Le Gouffre de l'Absolution), d'ores et déjà un classique du genre.
Critiques
     La Terre n'est plus qu'un champ de ruine inhabitable depuis le « Nanoclysme », une catastrophe technologique. Réfugiée dans l'espace, une partie de l'Humanité tente de sauver ce qui peut l'être du passé, à l'instar de Verity Auger, une archéologue spécialiste de Paris. À l'opposé de ces nostalgiques, une autre faction humaine, les Slashers, a choisi de profiter pleinement de toutes les possibilités de la nanotechnologie. Grâce à leur avance scientifique, les Slashers ont découvert une réplique de la Terre, protégée dans une sorte de cocon, qui semble être restée bloquée dans des années 50 légèrement uchroniques.

     Sur cette « Terre 2 », Floyd, jazzman américain exerçant la profession de détective privé à Paris, enquête sur la mort d'une jeune femme. Suicide ou meurtre ? Envoyée en mission de renseignement, Verity Auger arrive dans le monde de Floyd. L'archéologue ne peut pas révéler au détective d'où elle vient, mais elle a besoin de lui pour découvrir ce que trament les Slashers, d'autant qu'au dehors, une guerre pourrait éclater entre les deux factions. Ensemble, ils vont mettre à jour un complot d'envergure galactique : et si le Nanoclysme qui a dévasté le berceau de l'humanité menaçait maintenant la Terre 2 ?

     Les fans d'Alastair Reynolds et de son Cycle des Inhibiteurs retrouveront avec plaisir les qualités de cet auteur qui marie avec brio space opera et hard science : imagination débridée mais toujours assise sur de sérieuses bases scientifiques, fascination pour les post-humains (les Slashers de La pluie du siècle sont de lointains cousins des Conjoineurs du Cycle des Inhibiteurs), aventures rythmées et bien construites, sens du suspens et goût pour les retournements de situation... On est en terrain connu, à tel point qu'on retrouve aussi les petits défauts déjà présents dans les précédents romans de Reynolds : abus flagrant de la technique du cliffhanger, psychologie assez minimaliste des personnages (quoique, sur ce dernier point, l'auteur semble faire de véritables efforts par rapport à ses premiers textes : Floyd et Auger sont de vrais personnages, crédibles et attachants malgré quelques côtés fleur bleue, et les personnages secondaires bénéficient aussi d'un traitement honorable). En même temps, on est surpris de le découvrir tout à fait à son aise avec l'autre composante de ce roman, l'uchronie. Le Paris des années 50 qu'il a bâti est crédible et vivant. Reynolds réussit à mêler de façon subtile des clichés, comme les détectives sans le sous ou les boîtes de jazz germanopratines, avec des éléments plus étranges et dérangeants, telle cette France qui, parce qu'elle a échappé à la seconde guerre mondiale, s'enfonce lentement mais sûrement dans un fascisme mou.

     Les inconditionnels de Reynolds seront peut-être un peu déçus avec ce nouveau roman, cependant : La pluie du siècle paraît en effet nettement moins ambitieux dans son intrigue et moins original dans son univers que la grande fresque du Cycle des Inhibiteurs. Mais le plaisir de lecture, lui, reste au même niveau.

     Ceux qui, à l'inverse, ont été découragés par la longueur et la complexité du Cycle des Inhibiteurs pourront se réconcilier avec Reynolds grâce à La pluie du siècle. Ce roman est en effet beaucoup plus accessible : un futur proche, plus facile à concevoir que l'humanité éclatée par des distances titanesques et les mentalités radicales des Ultras ou des Conjoineurs ; un conflit relativement simple et resserré dans le temps ; même les explications scientifiques sur lesquelles reposent la révélation finale sont plus abordables pour le commun des mortels que les élucubrations astrophysiques qui concluent L'espace de la révélation ou Le gouffre de l'Absolution ! Ce roman montre de façon claire les principales qualités de Reynolds : celles d'un écrivain qui se plaît à raconter des histoires captivantes en utilisant de façon intelligente et ludique toutes les possibilités que lui offrent une imagination fertile associée à une solide culture scientifique.

     La pluie du siècle n'est donc pas le roman le plus impressionnant d'Alastair Reynolds, mais il est sans doute le plus abordable pour découvrir cet auteur majeur de la SF et ses principales qualités : imagination, rythme et intelligence.

Jean-François SEIGNOL
Première parution : 21/1/2009 nooSFere


     Dans ce nouveau gros roman, Alastair Reynolds rompt avec le cycle des « Inhibiteurs » qui l'a révélé. La Pluie du siècle offre à la découverte un nouvel univers qui s'annonce tout aussi complexe.

     En 2300, à la suite d'une catastrophe nanotechnologique, toute vie sur Terre est devenue impossible. Les survivants issus des communautés qui étaient établies en orbite se sont scindés en deux peuples distincts : les Threshers, dont fait partie Verity Auger, qui sont partisans d'un usage aussi modéré que possible de la technologie afin d'éviter une nouvelle catastrophe comparable au « nanocauste », et les Slashers, qui, le mal étant fait, ne voient nulle raison de ne pas poursuivre sur la voie du progrès. Eux-mêmes sont divisés entre des modérés alliés aux Threshers et des jusqu'au-boutistes qui n'ont aucune envie de s'encombrer de ceux qu'ils considèrent comme une bande d'arriérés.

     Les Slashers ont découvert l'hyperweb, un réseau de transport interstellaire dont ils ne sont pas les créateurs mais qui ne leur en a pas moins ouvert les portes de la galaxie. Ce réseau conduit entre autres à des OVA (objets volumineux anormaux) qui contiennent des planètes à l'intérieur d'une coquille. Sur Phobos, un portail de l'hyperweb mène sur une Terre uchronique où la Seconde guerre mondiale n'a pas eu lieu, une Terre enclavée à l'intérieur d'un OVA. A la suite d'un accident survenu lors de fouilles sur la Terre d'origine, des pressions sont exercées sur Verity Auger pour qu'elle accepte de se rendre sur la Terre alternative afin de récupérer de précieux documents que sa consœur, Susan White, se proposait d'exfiltrer. Dans le même temps, en 1959, dans un Paris en proie à la montée du fascisme, Wendell Floyd, un détective privé américain installé en France et jazzman à ses heures, tout comme son associé, Custine, ex-flic qui n'est plus en odeur de sainteté auprès de la Grande Maison, se voit proposé d'enquêter sur la mort suspecte de Susan White par Monsieur Blanchard, propriétaire de l'immeuble où logeait la victime et dépositaire des documents qu'Auger est censée récupérer. Enquête qui s'annonce pour le moins complexe, difficile et peut-être même vaine. Tout n'est cependant pas clair dans cette affaire. Il apparaît bientôt que Susan White était très probablement une espionne, mais à la solde de qui ? Du futur ? Ce n'est pas vraiment la toute première chose qui vienne à l'esprit. Il y a aussi de très étranges enfants extrêmement dangereux qui rodent à proximité de l'appartement de Susan White, où l'on trouve un poste de radio trafiqué et d'où une machine de cryptage Enigma a suivi l'occupante des lieu lors de sa défenestration. Cependant, les enfants, même lorsqu'ils puent la mort comme des cadavres frais de trois mois, arrivent rarement en tête de la liste des suspects d'homicide, surtout en 59... Et puis, Verity Auger ne semble guère crédible en Américaine sœur de White et originaire d'une petite ville du Dakota dont personne n'a jamais entendu parler, surtout aux yeux d'un compatriote, fût-il Texan. Il y a aussi ces allers-retours dans le métro, à la station Cardinal Lemoine, avec des valises pleines qui reviennent vides en quelques minutes... Et Blanchard, qui passe à son tour par la fenêtre. Custine étant suspecté par la frange fascisante de la police, Floyd se trouve tenu d'aller au bout de l'enquête pour innocenter son ami, même si le commanditaire est désormais décédé.

     A peu près au milieu du roman, ces deux lignes narratives finiront par se rejoindre — et pas uniquement pour que Floyd et Verity puissent tomber amoureux l'un de l'autre. L'histoire va dès lors évoluer vers le space opera, avec batailles d'astronefs, armes de destruction absolue et tout le saint frusquin... Tant est si bien que Floyd se retrouvera à jouer du pistolet sur la tour Eiffel en ruine de l'an 2300 contre des extrémistes Slashers ne rêvant que d'éradiquer toute vie sur sa Terre à lui, la copie...

     Que ce soit sur la Terre de Floyd ou dans l'univers de Verity, le récit est mené à un rythme trépidant qui, une fois n'est pas coutume, ne faiblit jamais tout du long de ses 588 pages, emportant le lecteur au fil d'un ouragan de péripéties. C'est avant tout un roman d'aventure et d'action ayant fonction de divertir. Alastair Reynolds laisse cependant bon nombre de points dans l'ombre à la fin du livre qui appelle une suite. Qui a créé l'hyperweb et les OVA, et pourquoi ? Pourquoi y avoir reproduit une image de la Terre dans les années 30 où l'écoulement du temps n'a repris que lorsque a été ouverte la liaison hyperweb de Phobos vingt-trois ans plus tôt ? Quel rapport existe-t-il entre Caliskan, le Thresher, et Châtelier, le leader fasciste de la France du monde alternatif ? Il y a de quoi faire...

     Si La Pluie du siècle est mené tambour battant, l'intrigue reste cohérente, les personnages sont sympathiques et on a envie de les retrouver. C'est à coup sûr un bon moment de science-fiction en perspective, ce qui n'est pas si courant.

Jean-Pierre LION
Première parution : 1/5/2008 dans Bifrost 50
Mise en ligne le : 29/5/2009

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