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Frère Ewen

Pierre BORDAGE


Cycle : La Fraternité du Panca  vol. 1 


Illustration de Sylvain DEMIERRE

L'ATALANTE (Nantes, France), coll. La Dentelle du Cygne n° (188)
Dépôt légal : novembre 2007, Achevé d'imprimer : octobre 2007
448 pages, catégorie / prix : 21 €
ISBN : 978-2-84172-390-4
Format : 14,7 x 20,0 cm  
Genre : Science-Fiction


Autres éditions
   in La Fraternité du Panca - l'intégrale, ATALANTE (L'), 2018
   J'AI LU, 2014, 2017

    Quatrième de couverture    
Des pilotes assurent avoir vu le mythique pentale, aussi grand que les vaisseaux stellaires. Les témoins disent son vol à la fois gracieux et majestueux, puissant et léger, admirable à tous égards. Celui qui l'a vu voler est à jamais métamorphosé, comme touché par une grâce aux dimensions de l'infini.
     La vie est douce pour Ewen sur la planète Boréal, quand il reçoit l'appel de la Fraternité pour reconstituer une chaîne quinte, procédure d'exception : une menace pèse sur toutes les espèces vivantes de la Galaxie. Premier maillon de la chaîne, il doit se rendre sur la lointaine Phaïstos.
     De son côté, Oleo, treize ans, et sa famille, bannis de leur communauté, cherchent à rejoindre la lune de Hyem, d'où décollent les vaisseaux en partance pour les mondes les plus reculés.
     L'un par sacrifice et l'autre par amour vont choisir de vivre l'aventure unique d'un voyage interstellaire de quatre-vingts ans.
     Un opéra de l'espace tendu et émouvant, ode à la femme et au mystère de la vie. La Fraternité du Panca comptera cinq épisodes.
 
    Critiques    
     Membre secret de la mystérieuse Fraternité du Panca, Ewen vit paisiblement sur la planète Boréal, avec sa femme et sa fille qui ignorent tout de son passé. Un jour, une voix d'outre-espace l'appelle : toutes les espèces vivantes de la galaxie sont menacées si cinq frères du Panca ne fusionnent pas leurs esprits/implants en une « chaine quinte ». Ewen doit donc quitter ceux qu'il aime pour un voyage sans retour, un voyage de quatre vingt ans...
     Alors qu'il vient d'avoir douze ans, Olmeo accompagne ses parents et ses sœurs qui ont décidé de quitter la planète Amble suite au scandale d'un adultère. En chemin, il rencontrera Sayi qu'il aimera au premier regard. La route du jeune couple croisera celle d'Ewen...

     Il est difficile de chroniquer un roman de Pierre Bordage sans rappeler son formidable talent de conteur. Cela est d'autant plus vrai pour Frère Ewen que ce talent constitue le principal atout d'un récit qu'on pourra par ailleurs considérer comme plutôt mineur — en attendant de s'en faire une idée plus définitive puisqu'il ne s'agit que du premier volume d'une pentalogie.
     Passons sur les prémices conventionnelles : une menace risque d'anéantir toute vie dans la galaxie ( !) sans qu'on en connaisse la nature précise ; fort heureusement, une poignée d'élus devrait éviter la catastrophe, au bout d'un parcours inévitablement jonché d'innombrables difficultés... Bien sûr, il ne s'agit là que d'un simple prétexte pour nous emmener une nouvelle fois dans un space opera épique et mouvementé, comme Bordage en a l'habitude depuis Rohel ou Les Guerriers du Silence. On relèvera au passage nombre de motifs récurrents, comme l'omniprésence d'une religion étouffante — ici la religion « angélique » — , ou l'importance des mythes qui reflètent des réalités oubliées et déformées.
     Plus gênant à mon sens est le déséquilibre entre les trois cent cinquante premières pages et les cent dernières. En effet, plus des trois quarts du roman relatent les itinéraires respectifs d'Ewen et d'Olméo jusqu'au dernier astroport, avec moult péripéties et rebondissements : Ewen se voit traqué par de pittoresques individus aux motivations opaques, tandis qu'Olméo se heurte à des escarmouches, des enlèvements de Sabines, des trafics d'esclaves et à d'autres accidents comme il en arrive tant quand on ne reste pas tranquillement chez soi. Pour plaisantes qu'elles soient à lire, grâce à ce talent de conteur déjà souligné, ces mésaventures rythmées ne font guère avancer l'intrigue ni le propos.
     Et soudain, tout s'accélère lors du voyage ultime, celui qui doit durer quatre vingt ans. On retrouve dans ces cent dernières pages le meilleur Bordage, celui d'Abzalon par exemple, mais en accéléré. Du Bordage à Grande Vitesse. Des thèmes passionnants et émouvants se succèdent à vive allure : le sort d'Ewen, condamné à vieillir lentement dans un immense vaisseau au milieu de vingt six mille âmes dans un état de ralentissement métabolique, et qui se demande si son sacrifice a un quelconque sens ; la tragédie d'Olméo et de Sayi qui choisissent eux aussi de rester en éveil afin de pouvoir s'aimer car leur amour serait condamné ailleurs ; la série de meurtres commis sur les passagers endormis — plus de six mille au bout de quelques années — sans que les androïdes du vaisseau puissent appréhender l'étrange serial killer du fait de leur impossibilité à saisir l'essence de l'esprit humain ; la naissance d'un enfant qui deviendra le disciple d'Ewen... jusqu'à l'arrivée où, à seulement quatre pages du point final, Ewen découvre enfin ce surprenant « quatrième frère » à qui il doit transmettre son implant.
     Bref, plutôt que les sympathiques scènes d'action initiales, c'est ce très long voyage qu'on aurait aimé vivre plus intensément. C'est d'ailleurs dans cette partie qu'on retrouve l'humanisme mystique, tant christique que bouddhiste, de l'auteur : « Le courant ne nous entraînera jusqu'au tueur que si nous l'acceptons, si nous l'aimons, comme une partie de nous-mêmes. Parce qu'il est une partie de nous-mêmes. Une partie de l'humanité. » (p.373) ou encore « L'acceptation n'était pas synonyme de passivité, de résignation, mais d'accompagnement, de fluidité. » (p.375)

     Si Frère Ewen déçoit un peu — outre la relative banalité des premiers chapitres où l'action pure prédomine — , c'est avant tout en raison de la frustration ressentie face à une seconde partie trop rapide où l'on perçoit les éléments d'un grand roman bordagien sans les voir se développer pleinement.
     Mais ne nous y trompons pas, la lecture en demeure des plus agréables — toujours ce fameux talent de conteur, décidément incontournable — et les tomes à venir permettront sans doute à l'intrigue de mieux s'épanouir. La frustration ne révèle-t-elle pas avant tout le désir d'en avoir davantage ?


Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 12/1/2008 nooSFere



 
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