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NymphoRmation

Jeff NOON

Titre original : Nymphomation, 1997

Cycle : Vurt  vol. 3

Traduction de Alfred BOUDRY
Illustration de Corinne BILLON

La VOLTE
Dépôt légal : septembre 2008
Roman, 400 pages, catégorie / prix : 22 €
ISBN : 978-2-917157-00-8   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Jouez pour gagner ! Vendredi, c'est jour de chance dans cette vieille ville veinarde de Manchester. Dom, dom, dom, domino. Tous les habitants sont scotchés à leur écran, à mater Dame Fortune qui va décider de leur avenir.
     Qui est-elle ? Qui sont Mister Million et l'entreprise AnnoDomino, à l'origine du virus du jeu ?
     Quel est le secret des nombres, tapi au sein des mathématiques les plus dangereuses ?
     Quel dessein se niche au cœur des nombres tout puissants ?
 
     Jeff Noon est né en 1957 à Manchester. Musicien, peintre et dramaturge, il s'attaque aux cinq sens, en une écriture inspirée par les collages et les mixes musicaux. D'Irvine Welsh à William Gibson, cet auteur culte en Angleterre s'aventure aussi bien dans les territoires de l'imaginaire que dans les expériences surréalistes, un genre de Lewis Carroll moderne sous substances hallucinogène.
 
    Critiques    
[Chronique de l'édition originale anglaise parue en 1997 chez Doubleday]

     Lorsqu'il s'agit de parler de Jeff Noon, les mots se bousculent, on ne sait pas par où commencer ni comment faire honneur au talent qui nous saute au visage. Nymphomation, son dernier roman, est une aventure, un voyage au bout du rêve, un bonheur.

     Manchester, sous la plume de son enfant prodige, se voit une fois encore transformée en beauté mystérieuse au charme toxique. Le ciel y est habité par les blurbs — oiseaux automatiques — qui véhiculent des messages publicitaires en chantant leurs slogans. On y vit au rythme d'une loterie expérimentale inspirée des dominos et qui chaque vendredi soir apporte l'espoir à la masse anonyme. Au détour de la misère et cachée dans un trou, on retrouve une petite fille perdue, Celia Hobart, qui hante les rues de Manchester autant que l'oeuvre de Noon. Personnage récurent au point de l'obsession, Celia est le porte-drapeau de l'enfance privée de rêve. Tous les vendredis soirs elle serre son dommo en suppliant l'Ange de la Chance, vêtue de latex, de l'emmener très loin, au pays de la beauté... Au coté de Celia ou quelques rues plus loin : une cours des miracles d'enfants perdus. Tous passionnés de mathématiques, ils cherchent a percer le mystère des dominos.

     Dans le Manchester de Jeff Noon, le rêve est cette fois-ci une équation où les nombres font l'amour et la « nymphomation » transforme les maths en magie noire.

     Nymphomation nous entraîne à l'origine de l'univers créé dans Vurt et Pollen. C'est aussi le chaînon manquant qui permet de placer Automated Alice — l'hommage rendu par Noon à Alice au pays des merveilles — dans le contexte du reste de son oeuvre. Celia est bien entendu la clef : elle est la femme endormie dont le rêve est offert à tous dans Vurt et Pollen et la petite soeur qu'Alice a fait fuir en lui volant son perroquet dans Automated Alice. Chez Noon, c'est toujours par elle que le rêve arrive.

     Nymphomation est un chant d'amour dédié à Celia et, à travers elle, à tous les enfants perdus et à tous ceux qui rêvent.

     Malgré sa noirceur palpable, son désespoir, la prose de Noon, qui se fait volontiers harangue, a un rythme qui donne envie de danser. Les mots s'emballent et saccadent : Noon nous offre une manière de rap sur papier, désespéré et sublime.

     On ne le dira jamais assez : Jeff Noon est un maître, un grand sorcier.

Sophie GOZLAN
Première parution : 1/12/1998 dans Bifrost 11
Mise en ligne le : 16/11/2008


[Critique commune à NymphoRmation et Pixel Juice]
     Après Pollen et Vurt (cf. nos critiques dans les Bifrost 7, 11 et 43), c'est avec une passion qui confine à l'abnégation que la Volte poursuit son exploration d'un des auteurs britanniques les plus originaux et intéressants qui soit. Et tout comme l'éditeur l'avait fait en mai dernier avec Jacques Barbéri (cf. notre focus in Bifrost 51), ce n'est pas un, mais deux livres signés Jeff Noon qui sortent ce mois-ci. Un roman tout d'abord — NymphoRmation — , et une étonnante collection de nouvelles rassemblées sous le titre astucieux de Pixel Juice.

     Ceux d'entre-vous qui avaient eu l'extrême clairvoyance de se procurer le diptyque Pollen/Vurt le savent : se plonger dans l'univers de Jeff Noon, c'est une expérience d'un délicat radicalisme. C'est accepter la torsion subtile des lois qui régissent notre réalité, au profit d'un monde où fantastique et tangibilité cartésienne se livrent à un commerce anti-naturel et enfantent d'un absurde jubilatoire. NymphoRmation est à cet égard parfaitement symptomatique de l'œuvre de Noon. C'est une fois de plus à la découverte d'un Manchester interlope et déjanté que nous partons. Dans ce très proche avenir en trompe-l'œil, on expérimente, en guise de nouvel opium du peuple, un jeu auquel les Mancuniens succombent avec frénésie : les dominos. Pas tout à fait le jeu qui fait les belles heures des maisons de retraite, mais une version gonflée au collagène, glamourisée jusqu'à la caricature, honteusement démago. Et comme de juste, ça marche ! Et fort, même. Riches et pauvres s'y abandonnent chaque semaine avec une dévotion qui fait envie au pays tout entier. Au point même que le gouvernement de sa Très Gracieuse Majesté envisage d'octroyer à la société AnnoDomino la licence nationale.

     Mais cette nouvelle tocade éveille la curiosité d'une bande de freaks post-soixante-huitards défoncés aux mathématiques et de quelques accrocs aux probas. Ils s'interrogent notamment sur l'identité de ce mystérieux M. Million, grand ordonnateur du jeu, et sur la prolifération des publimouches, ces insolites diptères génétiquement programmées pour promouvoir la folie des dominos.

     Comme à son habitude, Noon choisit une trame de roman policier pour nous perdre dans son Manchester onirique. Avec cette ambiance décalée, intelligemment référencée, et qui croise aussi bien dans les eaux de Lewis Carroll que dans celles de Graham Greene, il entreprend de passer à la moulinette les travers de l'Angleterre de ces dernières années. On pourrait y voir alors la même misanthropie surréaliste que chez Vonnegut, avec pour résultante cette étrange musique, cette poésie de bric et de broc. La comparaison est certainement à pousser plus loin. L'un comme l'autre sont des auteurs obsessionnels, précis dans cette apparence de désinvolture foutraque. Chez Noon aussi, on retrouve cet amour des personnages bancals, cabossés. Mais l'incroyable densité de son univers lui confère une dimension maniaque. Et là où Vonnegut distille les doutes qu'il nourrit à l'encontre de ses semblables, Jeff Noon aligne, et tire. Et même si le lire est une expérience aussi intégralement anglaise qu'écouter un album des Beatles ou manger des Jelly Beans, dans une société de plus en plus globalisée, les cibles qu'il se choisit ont nécessairement une portée universelle. Paupérisation des classes les moins favorisées, privatisation à outrance — comme cette police rachetée par une chaîne de burgers et qui voit ses agents contraints d'arborer les armoiries de leur singulier sponsor — , abrutissement des masses dans une société du spectacle matérialisée ici par le jeu et Francky Scenario, l'icône montante de la pop ; omniprésence de la pub enfin, traduite par cette prolifération malsaine de mouches publicitaires. Autant de procédés transparents qui auraient pu paraître patauds, sans la plume au cordeau et le regard de Jeff Noon.

     On pouvait dès lors se demander comment un tel univers était transposable sur un format plus court. Pixel Juice nous apporte une réponse des plus satisfaisante.[...] 1

Notes :

1. La partie de cette recension qui porte sur Pixel Juice n'a pas été reproduite ici. [note de nooSFere]


Éric HOLSTEIN
Première parution : 1/10/2008 dans Bifrost 52
Mise en ligne le : 25/9/2010


 
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