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Le Seigneur de Samarcande

Robert E. HOWARD


Traduction de Patrice LOUINET
Illustration de Stéphane COLLIGNON

BRAGELONNE (Paris, France), coll. Les Intégrales n° (18)
Dépôt légal : juillet 2009
576 pages, catégorie / prix : 22 €
ISBN : 978-2-35294-301-3   



    Quatrième de couverture    
     Elle était grande et superbement bâtie, avec une silhouette pourtant élancée. De sous son casque d’acier s’échappaient de longs cheveux rebelles qui tombaient sur ses épaules robustes en une cascade d’or roux étincelant au soleil.
     — Hé, Sonya la Rousse ! s’écria un homme d’armes. Fais-leur en baver, ma fille !
     — Fais-moi confiance, compagnon, dit-elle tout en approchant la mèche enflammée du canon.
     Une formidable détonation noya le reste de ses propos et un nuage de fumée aveugla ceux qui se trouvaient sur la tourelle. Sonya la Rousse poussa un hurlement de joie sincère. Les Turcs gisaient à terre, le crâne fracassé et le corps déchiqueté. À cet instant, une puissante clameur retentit de l’autre côté des murailles.
     Gottfried von Kalmbach s’approcha des créneaux. Il avait déjà entendu ce cri à glacer le sang : les Janissaires se lançaient à la charge. Soliman le Magnifique n’avait pas l’intention de perdre de temps avec cette ville qui lui barrait la route vers une Europe impuissante. Il comptait bien abattre ces murailles dès le premier assaut...

     Après Conan et Solomon Kane, voici réunis en un volume tous les récits épiques issus de l’imagination fertile de Robert E. Howard, l’inventeur de l’heroic fantasy moderne. Des croisades au siège de Vienne en 1529, Cormac FitzGeoffrey, John Norwald, Gottfried von Kalmbach et d’autres aventuriers howardiens luttent et meurent dans un monde secoué par des conflits titanesques.
     Cette édition, élaborée par Patrice Louinet, l’un des plus éminents spécialistes internationaux de Robert E. Howard et de son œuvre, est agrémentée de textes inédits en France et bénéficie de traductions nouvelles et non censurées, basées sur les manuscrits originaux. Un ouvrage absolument exceptionnel qui comprend la seule et unique apparition d’un personnage qui fera date : Sonya la Rousse.

    Sommaire    
1 - Patrice LOUINET, Introduction, pages 9 à 14, Introduction
2 - Les Faucons d'Outremer (Hawks of Outremer), pages 15 à 50, trad. Patrice LOUINET
3 - Le Sang de Belshazzar (The Blood of Belshazzar), pages 53 à 89, trad. Patrice LOUINET
4 - Les Épées rouges de Cathay la Noire (Red Blades of Black Cathay), pages 91 à 127, trad. Patrice LOUINET
5 - Les Cavaliers de la tempête (Sowers of the thunder), pages 129 à 177, trad. Patrice LOUINET
6 - Le Seigneur de Samarcande (Lord of Samarcand), pages 179 à 222, trad. Patrice LOUINET
7 - La Route d'Azraël (The Road of Azrael), pages 223 à 269, trad. Patrice LOUINET
8 - Le Lion de Tibériade (The Lion of Tiberias), pages 271 à 306, trad. Patrice LOUINET
9 - L'Ombre du vautour (The Shadow of the Vulture), pages 309 à 357, trad. Patrice LOUINET
10 - La Voie des aigles (The Road of the Eagles), pages 359 à 397, trad. Patrice LOUINET
11 - Des Faucons sur l'Égypte (Hawks over Egypt), pages 399 à 444, trad. Patrice LOUINET
12 - Les Portes de l'empire (Gates of empire), pages 445 à 488, trad. Patrice LOUINET
13 - Patrice LOUINET, Appendices, pages 489 à 489, Introduction
14 - Textes de jeunesse, pages 490 à 494, trad. Patrice LOUINET
15 - Cormac FitzGeoffrey : nouvelle sans titre (inachevée), pages 495 à 518, trad. Patrice LOUINET
16 - Cormac FitzGeoffrey : nouvelle sans titre (synopsis), pages 519 à 520, trad. Patrice LOUINET
17 - Texte inachevé, sans titre, pages 521 à 521, trad. Patrice LOUINET
18 - Texte inachevé, sans titre, pages 522 à 541, trad. Patrice LOUINET
19 - Texte inachevé, sans titre, pages 542 à 557, trad. Patrice LOUINET
20 - Patrice LOUINET, De Jérusalem à Samarcande, les récits historiques de Robert Howard, pages 558 à 573, Postface
21 - Patrice LOUINET, Sources, pages 574 à 575, Notes
 
    Critiques    
     Patrice Louinet nous avait promis de poursuivre l'adaptation de l'œuvre howardienne en association avec les éditions Bragelonne, c'est chose faite. L'intégralité des aventures de Conan et Solomon Kane étant désormais parue dans des éditions luxueuses dignes de ce nom (nouvelles traductions, aucune censure, illustrations originales...), c'est un recueil uniquement composé des nouvelles « historiques » de Robert Howard que nous pouvons aujourd'hui apprécier grâce à lui. Comme la plupart des écrits de l'auteur, ces textes ont déjà été publiés aux éditions Néo et chez Fleuve Noir, dans des versions expurgées et tronquées 1 ; une fois de plus, Patrice Louinet a donc endossé son imper et sorti sa loupe pour mener une enquête approfondie afin de dénicher les manuscrits originaux en vue d'établir une nouvelle traduction.

     « A douze ans, grogna FitzGeoffrey, j'étais livré à moi-même, accompagnant les kerns aux cheveux hirsutes dans les marécages désolés de mon pays. J'étais vêtu de peaux de loup, pesais non loin de quatre-vingt-dix kilos et j'avais déjà tué trois hommes. »

     De vous à moi, c'est en partie pour ce genre de phrase assassine que Robert Howard demeure l'un de mes auteurs favoris. Comme le suggère cette citation, le contexte historique et a priori « sérieux » n'atténue en rien la rage d'un Howard complètement déchaîné, bien au contraire : attendez-vous donc à recevoir de plein fouet votre lot de guerriers farouches et indomptables, de méchants cruels et raffinés, d'esclaves dociles et dénudées, de bagarres furieuses et sanglantes, de tortures abjectes, de passages secrets et de sorcellerie maléfique dans une suite de joyeux massacre dont Howard avait le secret.
     Dans ma critique des Clous Rouges, je vous annonçais un Robert Howard au sommet de son art mais ce nouvel ouvrage me contraint à réviser mon jugement, car le radicalisme affiché par l'auteur dépasse ici des limites que l'on pensait franchies, et s'exprime avec une rage incroyable au sein d'histoires peuplées de personnages qui, tels des forces de la Nature, avancent sans hésitation en laissant derrière eux un amoncellement de cadavres. Action effrénée, rebondissements à chaque page, personnages charismatiques, répliques percutantes, des phrases qui restent gravées dans les mémoires... Disons-le sans détour : certaines histoires de ce recueil dépassent en dynamisme et en intensité la plupart des aventures de Conan.
     Étant donné le nombre conséquent de nouvelles présentées (quatre volumes furent nécessaires aux éditions Néo pour les publier), je n'aborderai ici que les plus marquantes. De mon point de vue, s'entend.

     La première, Les Faucons d'Outremer, met en scène Cormac FitzGeoffrey, un chef de clan irlandais aux sang mi-celtique mi-normand qui ferait passer Conan pour un enfant de chœur. Pour situer le contexte, l'histoire se déroule au cours des Croisades, après la disparition de Richard Cœur de Lion. Suite à la menace née d'une alliance entre ses ennemis irlandais, FitzGeoffrey a fui son pays pour rejoindre la Terre Sainte. Sur place, la volonté de venger la mort d'un chevalier français qui comptait au nombre de ses rares amis va l'amener à se confronter à un seigneur musulman en s'infiltrant dans son château. A la différence d'un Solomon Kane, FitzGeoffrey ne connaît donc aucun idéal : seul le destin l'amène à participer aux croisades.
     Les Épées Rouges de Cathay la Noire se révèle étonnamment romantique (ce qui n'est finalement pas très surprenant, quand on connaît la personnalité de l'auteur). Bien entendu, s'agissant d'un récit de Robert Howard, nous avons droit à un monstrueux affrontement où un héros inédit, le Normand Godric de Villehard, vient prêter main forte à un royaume assiégé par les troupes de Gengis Khan, motivé par les beaux yeux d'une princesse orientale. Cette nouvelle ne semble pas la préférée de l'auteur et de Patrice Louinet, en raison de ses approximations historiques, mais croyez-moi : vous aurez rarement lu pareille bataille (notons toutefois que l'ouvrage recèle de nombreuses autres batailles rangées tout aussi épiques).
     La quatrième nouvelle, Les Cavaliers de la Tempête, est un véritable petit bijou sans temps mort. Cahal Ruadh, roi irlandais dépourvu de royaume, erre dans la région de Jérusalem sans but précis quand une suite d'événements l'amène à incarner le seul espoir de survie des chrétiens et des musulmans, qui devront sceller une union sacrée pour repousser des raids barbares. C'est une véritable course contre la montre aux enjeux historiques qui s'engage alors.
     On retiendra également Le Lion de Tibériade, avec son schéma narratif surprenant (l'introduction n'entretient aucun rapport avec l'histoire, et ne trouve sa justification que dans la conclusion de la nouvelle), son extrême cruauté, et son final vengeur shakespearien dans l'âme.
     L'Ombre du Vautour fait un peu cas à part, puisque l'auteur délaisse un temps les Croisades et « délocalise » son action en 1529, à Vienne, qui doit subir les assauts du Grand Vizir Soliman. Connu pour ses remarquables personnages au charisme indéniable, Howard réussit à donner vie à un acteur d'exception dans son univers (et bien connu des amateurs de comics) dont la principale originalité tient à son... sexe. On ne sera guère surpris de retrouver Red Sonya, « Sonya la Rousse », représentée sur la couverture de l'ouvrage, mais on sera en revanche beaucoup plus étonnés de découvrir l'aventurière tel qu'elle a été créée par Howard, bien loin de l'amazone en slip métallique dessinée par John Buscema (et tout aussi éloignée de la réputation machiste des récits de l'auteur). Personnage de caractère, un brin garçon manqué mais pourtant féminine et séduisante, Sonya s'impose dès sa première apparition comme l'égal du « mâle howardien » et parvient même à voler la vedette au taciturne (et moitié alcoolique) Gottfried Von Kalmbach, guerrier invulnérable impressionné par ses exploits lors du siège de Vienne.
     Enfin, Les Portes de L'Empire , que l'on pourrait qualifier de nouvelle humoristique, tranche un peu avec l'univers howardien de par son ton décalé. On peut d'ailleurs noter que dans le registre comique, l'auteur ne s'en sort pas trop mal, et on suit avec amusement le destin de ce serviteur porté sur la boisson dont les bévues et les mensonges finissent par influencer le cours de l'Histoire !

     Vous l'aurez compris : malgré leur aspect hétéroclite, ces nouvelles entretiennent quelques points communs. Tout d'abord, leurs personnages inédits (généralement d'origine celtique ou nordique) présentent la particularité d'être des parias rejetés par leur propre clan, isolés, loin de leur patrie, échoués dans les alentours de Jérusalem. Ce qui nous amène à une seconde similitude : la plupart des histoires ont pour cadre les Croisades, qui fascinent Howard. On pourra noter, à cette occasion, son ouverture d'esprit. On a beaucoup accusé l'auteur texan de racisme (surtout envers les Africains) mais ici, l'affrontement entre chrétienté et Islam, entre Occidentaux et Arabes ne semble pas l'intéresser, du moins sur un plan idéologique ; il s'agit avant tout de combats d'hommes, et aucun des camps en présence n'est présenté comme intellectuellement ou culturellement supérieur à l'autre (le héros chrétien s'alliant même parfois avec son adversaire musulman face à une menace commune). A dire vrai, ses chrétiens font montre d'une violence barbare qui contraste parfois avec la noblesse et la sagesse de leurs adversaires arabes ou mongols (sans trop en dire, on remarquera d'ailleurs une tendance à faire intervenir des personnages historiques en conclusion des récits, dans un rôle bien pratique de deus ex machina).

     Je pense qu'il est inutile de vous le préciser : j'ai dévoré Le Seigneur de Samarcande. Grand fan de l'auteur, j'avoue avoir été un peu réticent à l'idée d'un cadre historique, mais cet aspect rebutant est trompeur car Robert Howard adapte les faits historiques selon ses envies et sa passion, à la manière d'un Alexandre Dumas, pour se les accaparer et mettre en valeur d'incroyables personnages qui, même s'ils se ressemblent, sont pourtant différents et immédiatement charismatiques, dès leur première apparition (là où des écrivains peinent à faire exister un personnage sur la longueur d'un roman). Pour finir, on notera d'excellents dessins de Stéphane Collignon, parfaitement raccord avec le ton de l'ouvrage.


Notes :

1. Voici une parfaite occasion pour vous amuser avec notre base de données, en cherchant les différentes éditions des nouvelles à partir des titres originaux. D'après moi, seul La Voie des Aigles est inédit. Notons toutefois que Des Vautours sur l'Égypte a déjà été publié dans Conan le Flibustier, sous le titre Des Éperviers sur Shem, curieuse traduction de Hawks over Egypt. L. Sprague de Camp, toujours aussi respectueux de l'œuvre de l'auteur, avait jugé bon de changer les personnages de cette nouvelle historique pour en faire une aventure de Conan.


Florent M. (lui écrire)
Première parution : 13/9/2009 nooSFere


 

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