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Bran Mak Morn – L'Intégrale

Robert E. HOWARD

Titre original : Bran Mak Morn – The Last King, 2005

Traduction de Patrice LOUINET
Illustration de Garry GIANNI
Illustrations intérieures de Garry GIANNI

BRAGELONNE (Paris, France), coll. Les Intégrales n° (19)
Dépôt légal : novembre 2009
496 pages, catégorie / prix : 22 €
ISBN : 978-2-35294-342-6
Format : 15,3 x 23,8 cm  



    Quatrième de couverture    
     Presque sous les pieds de Bran, une silhouette disloquée se tordait et gémissait. Le roi se pencha au-dessus du légionnaire romain, qui gisait dans la mare poisseuse de son propre sang.
     — Les murs se sont effondrés... marmonna le moribond. Cela a commencé hier, avant l'aube. Un léger grattement, le bruit sourd de griffes, loin sous la terre. Nous autres sentinelles les avons entendus... comme si des rats, ou des vers, creusaient des galeries... Titus nous a ri au nez, mais les bruits ont persisté toute la journée. Puis à minuit, la Tour a frémi et a paru vouloir s'affaisser, comme si les fondations avaient été sapées...
     Un frisson d'horreur parcourut Bran Mak Morn. Les vers de la terre !
     Des vermines par milliers, creusant telles des taupes loin sous la forteresse, rongeant les fondations... Dieux, la région devait être criblée de tunnels et de cavernes... Ces créatures étaient encore moins humaines qu'il lavait imaginé... Quelles formes hideuses issues des ténèbres avait-il donc appelées à son aide ?
 
     Après Conan, Solomon Kane et Le Seigneur de Samarcande, voici le sixième volume de la collection Robert E. Howard, rassemblant l'intégralité des récits consacrés aux Pictes et à leur dernier roi, Bran Mak Morn. Confronté à la Rome impériale, à la déchéance abjecte de son peuple, et aux répugnants « Vers de la Terre » (dans un récit reconnu comme un sommet du genre), Bran Mak Morn mène un combat désespéré dont il ne sortira pas indemne. Un recueil de Fantasy épique et macabre, et l'un des personnages les plus aboutis de la carrière de Howard.
 
     Cette édition, élaborée par Patrice Louinet, l'un des plus éminents spécialistes internationaux de Robert E. Howard, bénéficie d'une nouvelle traduction à partir des manuscrits originaux et est agrémentée de textes inédits. Un ouvrage exceptionnel, superbement illustré par Gary Gianni.

    Sommaire    
1 - Patrice LOUINET, Introduction, pages 9 à 15, Introduction
2 - Les Hommes des ténèbres (Men of the Shadows), pages 19 à 51, trad. Patrice LOUINET
3 - Les Rois de la nuit (Kings of the Night), pages 53 à 105, trad. Patrice LOUINET
4 - A Song of the Race (A Song of the Race), pages 107 à 109, Poésie
5 - Un chant de la race (A Song of the Race), pages 111 à 114, Poésie, trad. Patrice LOUINET
6 - Les Vers de la Terre (Worms of the Earth), pages 115 à 163, trad. Patrice LOUINET
7 - L'Homme noir (The Dark Man), pages 165 à 204, trad. Patrice LOUINET
8 - La Race perdue (The Lost Race), pages 205 à 225, trad. Patrice LOUINET
9 - Untitled poem, pages 227 à 228, Poésie
10 - Poème sans titre, pages 229 à 230, Poésie, trad. Patrice LOUINET
11 - La Nuit du loup (The Night of the Wolf), pages 231 à 263, trad. Patrice LOUINET
12 - Untitled poem, pages 264 à 264, Poésie
13 - Poème sans titre, pages 265 à 265, Poésie, trad. Patrice LOUINET
14 - Rusty BURKE & Patrice LOUINET, Notes sur les récits du « Petit Peuple », pages 269 à 271, Notes
15 - Le Petit peuple (The Little People), pages 273 à 281, trad. Patrice LOUINET
16 - Les Enfants de la nuit (The Children of the Night), pages 283 à 303, trad. Patrice LOUINET
17 - Le Peuple des ténèbres (People of the Dark), pages 305 à 329, trad. Patrice LOUINET
18 - Bran Mak Morn (Bran Mak Morn: a Play), pages 333 à 335, Théâtre, trad. Patrice LOUINET
19 - Untitled poem, pages 337 à 338, Poésie
20 - Poème sans titre, pages 339 à 340, Poésie, trad. Patrice LOUINET
21 - Fragment sans titre, pages 341 à 345, trad. Patrice LOUINET
22 - Bran Mak Morn : Synopsis, pages 347 à 349, trad. Patrice LOUINET
23 - Les Vers de la Terre (version de travail) (Worms of the Earth), pages 351 à 385, trad. Patrice LOUINET
24 - Texte inachevé, pages 387 à 423, trad. Patrice LOUINET
25 - Rusty BURKE, Robert E. Howard et les Pictes : chronologie, pages 425 à 457, Notes, trad. Patrice LOUINET
26 - Patrice LOUINET, Howard, Bran Mak Morn et les Pictes, pages 459 à 487, Postface
27 - Patrice LOUINET, Notes sur les textes, pages 489 à 491, Notes
 
    Critiques    
     Bientôt (le seize avril, pour être précis) paraîtra Les Dieux de Bal-Sagoth, septième ouvrage des éditions Bragelonne consacré à l'œuvre de Robert Howard, toujours orchestré par Patrice Louinet. Conan le Cimmérien, L' Heure du Dragon, Les Clous Rouges, Solomon Kane, Le Seigneur de Samarcande et Bran Mak Morn se sont ainsi succédés en dévoilant toute l'étendue du talent de l'auteur texan, avant cela cantonné au titre réducteur de « créateur de Conan ». Le travail de fourmi effectué sur ces éditions définitives se révèle payant : qui aurait cru, il y a encore quelques années, voir un jour publié un recueil de nouvelles consacré aux Pictes ? Chers amateurs de Robert Howard, il est sans doute inutile de vous décrire ces combattants farouches contre lesquels Conan s'est maintes fois battu, petits hommes trapus aux cheveux hirsutes et à la peau sombre parcourue de tatouages. Incarnation de la sauvagerie, dépourvus de tout instinct de survie individuel (mais dévoués à la survie du clan), les Pictes n'hésitent pas à s'élancer en masse contre l'ennemi, quasiment nus, dans des raids suicidaires où l'intérêt collectif prime sur leur propre vie.
     Ce peuple laisse ainsi une trace sanglante dans les récits de l'auteur, où il figure généralement en tant qu'adversaire redoutable du héros proprement harcelé par son acharnement démentiel : on n'oubliera pas de sitôt Au-delà de la Rivière Noire, l'une des meilleures nouvelles consacrées à Conan (ou aux Pictes ?), dans laquelle Howard utilise nos amis trancheurs de gorges pour opposer civilisation et barbarie (cf. Les Clous Rouges). Ultimes résidus d'un monde oublié, survivants d'un Âge révolu, les Pictes ont cela de particulier qu'ils refusent de laisser place aux nouvelles générations nées de l'évolution humaine, s'obstinant à perpétuer leur lignée dans le vain espoir de retrouver un jour leur gloire d'antan.
     À l'origine, les Pictes sont pourtant des gens pacifiques chassés de leurs terres baignées de lumière par les Celtes, condamnés à vivre dans des cavernes ou même sous terre et poussés à « pervertir » leur race en s'unissant à leurs ennemis de jadis, les « géants roux du Nord » (les Vikings). Par conséquent, les Pictes entretiennent une haine féroce envers les Celtes. Pourtant, curieusement, et comme nous le précise Patrice Louinet dans l'une de ses indispensables préfaces, l'auteur se sentait plus proche des Pictes que de la plupart de ses personnages, y compris Conan 1 : on retrouve ici son éloge permanent de la barbarie associé au mépris de la civilisation, plus spécialement romaine, jugée décadente.
     L'histoire prend place du côté de l'ancienne Bretagne (qui regroupe aujourd'hui l'Angleterre, le Pays de Galles et le sud de l'Écosse), où le monde celtique reste sous la constante menace d'une invasion romaine et des raids vikings. Vous l'aurez compris, cette fois, Robert Howard nous fait traverser le miroir en nous plaçant du point de vue de ce peuple mystérieux jusque-là considéré par les lecteurs de Conan comme une sorte d'entité aux mille visages, un clan à la rage inextinguible au sein duquel un guerrier tué est aussitôt remplacé par un frère d'arme. Nous voilà donc du côté des « méchants ». Pourtant, dans le cas présent, les Pictes sont parfois alliés aux héros, généralement sous l'influence de leur chef. Tout cela nous amène à notre sujet : Bran Mak Morn, le dernier roi des Pictes 2.
     Contrairement à l'image que l'on pourrait en avoir, le roi des Pictes n'est pas un fou sanguinaire aboyant des ordres insensés, mais un homme posé, intelligent, cultivé, qui tente de canaliser la folie meurtrière d'un peuple ayant fait de la sauvagerie sa culture pour en faire une armée organisée capable de s'opposer à la toute-puissante Rome. Ceci étant dit, le roi picte n'a rien d'un enfant de chœur, et cette brève réplique résume à elle seule la personnalité du personnage : « Le marchand a envoyé un espion de l'autre côté du Mur. Je lui ai renvoyé sa tête. » Notez toutefois que Bran Mak Morn n'apparaît pas dans l'intégralité des nouvelles, même si son ombre plane sur l'ensemble de l'ouvrage. Par exemple, il est (presque) totalement absent de L'Homme Noir, excellente histoire où le Gaël (ancien Gallois) Turlog O' Brien se lance dans un mission suicidaire pour sauver une jeune femme irlandaise d'une meute viking (notons, à ce propos, la présence de plusieurs « guest stars » dans le recueil, tel Kull, le célèbre roi barbare).
     L'auteur s'applique ainsi à mettre en scène son roi picte (ou plutôt calédonien, issu de l'ancienne lignée des Pictes avant leur déchéance) au sein de nouvelles bourrées de personnages haut en couleur, d'action effrénée et de ces retournements de situation dont il s'était fait une spécialité (il faut bien le reconnaître : les personnages de Robert Howard font souvent preuve de réactions surprenantes confrontés à des choix moraux, et la noblesse d'âme se trouve souvent du côté des barbares). Curieux roi que ce Bran Mak Morn, capable de s'opposer à son peuple pour sauver la peau d'un ennemi, ou de mettre sa vie en jeu pour venger un sujet crucifié devant lui !
     Bran Mak Morn s'inscrit donc dans la continuité des récits de l'auteur, tout en marquant sa différence. À la manière de Conan, l'œuvre s'inspire d'éléments historiques pour les intégrer dans un cadre d'héroïc fantasy 3, même si le terme de dark fantasy serait ici plus adapté, surtout en ce qui concerne Les Vers de la Terre : dernière nouvelle mettant en scène le roi picte, d'une tonalité fataliste et totalement désespérée. Nous retrouvons aussi un élément récurrent dans l'œuvre de Robert Howard, cette nostalgie d'une époque où les ethnies n'étaient pas mêlées, l'auteur associant le métissage à la déchéance des peuples (bien sûr, en replaçant tout cela dans un certain contexte, et je vous renvoie aux explications de Patrice Louinet pour approfondir ce parallèle).
     Bref, on retrouve dans Bran Mak Morn tous le sel de l'œuvre howardienne, notamment cette ambiance de conte macabre déjà distillée dans certaines nouvelles de Solomon Kane, ou bien les aménagements historiques relativement libres du Seigneur de Samarcande. Son seul défaut pourrait résider dans le caractère a priori « anti-howardien » de son personnage (un petit homme régnant sur un peuple idiot), mais à la lumière des explications de Patrice Louinet, le roi picte apparaît finalement comme le plus « howardien » des guerriers imaginés par l'auteur texan.


Notes :

1. Il s'identifiait généralement, dans ses récits, à des géants celtes ou nordiques, et il aimait à rappeler ses propres origines irlandaises.
2. Les Pictes historiques peuplaient les Lowlands d'Écosse entre le IIIème siècle et le IXème siècle.
3. Les Rois de la Nuit fait beaucoup penser à la Bataille des Thermopyles, qui opposa les Spartiates aux Perses.


Florent M. (lui écrire)
Première parution : 3/4/2010 nooSFere


 
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