Site clair (Changer
 
    Fiche livre     Connexion adhérent
Les Dieux de Bal-Sagoth

Robert E. HOWARD

Textes réunis par Patrice LOUINET

Traduction de Patrice LOUINET
Illustration de Didier GRAFFET
Illustrations intérieures de Didier GRAFFET

BRAGELONNE (Paris, France), coll. Les Intégrales
Dépôt légal : mars 2010
Première édition
Recueil de nouvelles, 480 pages, catégorie / prix : 22 €
ISBN : 978-2-35294-374-7



Quatrième de couverture
     Conn était à demi ramassé sur lui-même, épée en main, un grondement bestial s'échappant sourdement de sa gorge de taureau, quand un homme de grande taille surgit du défilé, enveloppé dans une cape sous laquelle le serf aperçut le reflet de mailles d'acier. L'inconnu était coiffé d'un chapeau à large bord, rabattu si bas qu'il occultait tout son visage, à l'exception d'un oeil brillant, aussi froid et sinistre que la mer grise.
     — Eh bien, Conn, serf de Wolfgar, fils de Snorri, lança l'étranger d'une voix grave et puissante, vers où t'enfuis-tu comme cela, avec le sang de ton maître sur tes mains ?
     — Je ne te connais pas, grogna Conn. Si tu veux me capturer, siffle tes chiens et qu'on en finisse. Ils seront plusieurs à goûter à mon acier avant que je meure.
     — Fou que tu es ! lâcha-t-il. Que m'importent les serfs en fuite ? Des événements bien plus importants se trament. Les lances du Sud se sont soulevées contre les épées du Nord. C'est la confrontation finale. Des ombres titanesques arpentent le monde et la nuit tombe sur Asgard. J'entends les cris des héros morts siffler dans le vide et la clameur des dieux oubliés. À chaque être vient son heure, et même les dieux doivent mourir...

     Voici le premier de trois volumes qui réuniront tous les textes d'heroic fantasy et d'horreur de Robert E. Howard, le créateur de Conan le Cimmérien. Douze nouvelles placées sous le sceau de l'épopée, de l'horreur et de la violence, qui démontrent une nouvelle fois son génie visionnaire. Au sommaire donc, des classiques de la Fantasy : « L'Homme Noir », « Les Guerriers du Valhalla » ou « La Maison d'Arabu », mais aussi d'autres textes incontournables dont l'extraordinaire « Querelle de Sang ». Comme tous les autres ouvrages de la collection, cette édition élaborée par Patrice Louinet se base sur des textes intégraux et non censurés, et est superbement illustrée par Didier Graffet.
Sommaire
Afficher les différentes éditions des textes
1 - Patrice LOUINET, Introduction, pages 7 à 10, introduction
2 - Les Dieux de Bal-Sagoth (The Gods of Bal-Sagoth, 1931), pages 11 à 60, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
3 - Le Crépuscule du Dieu Gris (The Grey God Passes, 1962), pages 61 à 105, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
4 - Lance et Croc (Spear and Fang, 1925), pages 107 à 118, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
5 - Dans la Forêt de Villefère (In the Forest of Villefere, 1925), pages 119 à 125, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
6 - La Tête de Loup (Wolfshead, 1926), pages 127 à 156, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
7 - Le Crâne Vivant (Skull-Face, 1929), pages 157 à 283, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
8 - Le Moment Suprême (The Supreme Moment, 1984), pages 285 à 291, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
9 - Le Feu d'Asshurbanipal (The Fire of Asshurbanipal, 1936), pages 293 à 323, nouvelle
10 - Les Guerriers du Valhalla (Marchers of Valhalla, 1972), pages 325 à 369, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
11 - Les Morts se Souviennent (The Dead Remember, 1936), pages 371 à 383, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
12 - Querelle de Sang (The Man on the Ground, 1933), pages 385 à 393, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
13 - La Maison d'Arabu (The House of Arabu / Witch from Hell's Kitchen, 1952), pages 395 à 424, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
14 - Fragment sans titre (Turlogh O' Brien) (Untitled fragment (The Dane came in with a rush, hurtling his huge body forward . . .), 1975), pages 427 à 430, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
15 - L'Ombre du Hun (The Shadow of the Hun, 1975), pages 431 à 453, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
16 - Fragment sans titre (Sous l'Éclat Aveuglant...) (Untitled fragment (Beneath the glare of the sun...) / Black Eons, 1967), pages 455 à 457, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
17 - Patrice LOUINET, Entre haine et oubli, pages 459 à 477, postface
18 - Patrice LOUINET, Notes sur les textes, pages 478 à 479, bibliographie
Critiques

Critiques communes à :

 

     Seront recensées ici les nouvelles de fantasy et d’horreur de Robert E. Howard, hors grands cycles, telles que rassemblées dans les trois volumes Bragelonne Les Dieux de Bal-Sagoth, Les Ombres de Canaan et Almuric, qui bénéficient, comme d’habitude, du travail phénoménal de Patrice Louinet, notamment au travers de postfaces très éclairantes.

     Certes, ces textes n’appartiennent pas aux grandes sagas et cycles de l’auteur réunis sous le nom de héros centraux bien connus, Conan, Bran Mak Morn ou Solomon Kane, mais des mini-cycles se dégagent naturellement de ce corpus, via l’utilisation de personnages récurrents (comme James Allison, un homme estropié qui est la réincarnation d’un nombre incalculable de héros d’époques antérieures, ou encore Conrad et Kirowan, les enquêteurs de l’étrange) ou par des thématiques communes, dont la plus célèbre est constituée des nouvelles inspirées du panthéon lovecraftien dont nous reparlerons plus bas. Howard écrivait pour les pulps, dont l’enjeu éditorial était de fournir aux lecteurs ce qu’ils attendaient, rien d’illogique donc à ce que l’auteur réutilise des protagonistes dont il pense qu’ils ont un potentiel certain. Difficile, de fait, de dire si la constitution de ces derniers était réellement une volonté de l’auteur, ou si elle dérivait d’une obligation de brosser le lectorat dans le sens du poil, sauf sans doute pour James Allison, car Howard se passionnait pour la réincarnation, et on peut donc imaginer qu’il a pris un minimum de plaisir à rédiger ces textes, dont certains sont restés au stade d’ébauche.

     Les nouvelles réunies dans ces trois volumes couvrent toute la carrière d’écrivain de Robert E. Howard, et permettent donc de suivre son évolution. Si « Lance et croc », le premier récit publié de l’auteur, porte déjà la marque howardienne en ce sens qu’il montre sa passion pour l’histoire (en l’occurrence, la préhistoire), il reste anecdotique, comme certains autres textes du début, où Howard s’essaie à la lycanthropie (« Dans la forêt de Villefère ») ou la SF (« Le Moment suprême ») sans grand bonheur. Dans les premières années, Howard écrira aussi influencé par ses goûts littéraires : ainsi, comme William Hope Hodgson, il s’essaiera à l’horreur maritime (« La Malédiction de la mer », « Des profondeurs de l’océan »), ou imitera les aventures du Fu Manchu de Sax Rohmer, alors très en vogue. « Le Crâne vivant », un serial, l’un des récits les plus longs écrits par l’auteur, prend pour décor un Londres peu crédible ; on y sent un Howard peu à l’aise et préférant miser sur l’aspect aventures que sur des descriptions sonnant juste.

     Howard va donc rapidement comprendre que s’il veut gagner en maturité, mieux vaut qu’il écrive sur ce qu’il connaît le mieux et le passionne : l’histoire, et son pendant fantasmé, la mythologie – démarche qui aboutirait bientôt au concept d’Âge hyborien. Dans le lointain et donc méconnu passé des vikings, des Pictes ou des Gaëls, il peut entretenir le souffle épique de ces grandes batailles impliquant des guerriers hors normes. Un brin d’héroïsation et quelques interventions divines suffisent alors à rendre ces dernières attractives pour le lectorat des pulps (« Le Crépuscule du dieu gris », « Le Cairn de Grimmin »). Depuis ce point de départ historique, Howard peut piocher dans les nombreux personnages à fort potentiel iconique, les plonger dans des univers moins à cheval sur l’exactitude historique ou géographique, proposant au lecteur des récits d’aventures échevelées (« Les Dieux de Bal-Sagoth ») au sein desquelles les femmes en sont bien souvent réduites à faire de la figuration, quand bien même, à l’occasion, il s’en trouve quelques-unes pour rivaliser avec les héros howardiens. L’auteur appliquera un principe identique aux différentes époques ou civilisations auxquelles il s’intéresse : Sumer et l’Assyrie (« Le Feu d’Asshurbanipal », « La Maison d’Arabu »), ou encore l’Orient moderne (« La Voix d’El-Lil », « La Vallée perdue »), pour en tirer des nouvelles lorgnant davantage vers la fantasy. Ces récits portent tous en filigrane le questionnement permanent de l’auteur sur ce qui définit précisément une civilisation, ce qui distingue la barbarie d’une société éclairée.

     Sur le versant horrifique, si Howard visite ce registre dès le début de sa carrière (« L’Horreur sans nez », « Le Dernier chant de Casonetto »), c’est bien évidemment la rencontre épistolaire avec H.P. Lovecraft qui s’avère déterminante, Howard ne tardant pas à s’emparer du panthéon personnel du créateur de Cthulhu pour écrire une dizaine de textes où l’on retrouve des allusions plus ou moins explicites au fameux « Mythe ». Le plus connu est sans aucun doute « La Pierre noire », qui culmine dans un sabbat maléfique autour dudit rocher d’où émerge un énorme et menaçant crapaud – récit dans lequel Howard crée le Nameless Cults de Von Junzt, décalque évident du Necronomicon, auquel Lovecraft proposera une traduction du titre en allemand, Unaussprechlichen Kulten, qu’Howard n’utilisera finalement qu’une seule fois. Mais Howard a du mal à se couler dans le moule lovecraftien : s’il n’éprouve pas de problème particulier à écrire ses textes à la première personne, c’est davantage la personnalité des protagonistes, plutôt intellectuels et lettrés chez le gentleman de Providence, qui lui pose souci. Bien qu’il préfère lui-même les lumières de l’esprit à la rudesse d’un travail plus concret, ses héros habituels ont un comportement essentiellement basé sur l’instinct et la puissance physique : Howard peine à trouver satisfaction dans ses tentatives avec les Grands Anciens, accouchant de textes assez artificiels (« La Vallée du ver »). Réalisant son erreur, il va alors s’orienter vers une spécificité bien plus personnelle : le « weird southwest ».

     On l’a souvent répété, Howard est attaché à son Texas natal. Il était donc évident que celui-ci devait tôt ou tard se muer en terrain – en terreau – idéal pour des histoires fantastiques, d’autant plus qu’il est omniprésent dans l’œuvre de Two-Gun Bob, auteur de nombreux westerns et qui s’est servi de l’État américain pour créer le monde de Conan. Cette fois-ci, en parfait connaisseur des lieux et de la mentalité des habitants, il ancre ses textes dans le quotidien le plus prosaïque, même si c’est pour y faire évoluer vampires (« L’Horreur dans le tertre »), fantômes (« Querelle de sang »), ou encore aborder le vaudou (« Les Ombres de Canaan », situé pour sa part en Arkansas). Le dépaysement de ses nouvelles de fantasy et de ses textes lovecraftiens cède ainsi la place à l’irruption du fantastique dans la normalité la plus matérielle, et Howard y gagne en sécheresse aussi bien qu’en noirceur.

     On ne saurait terminer sans citer Almuric, tentative de roman dans la veine d’Edgar Rice Burroughs. Récit picaresque, ce dernier se dilue un peu trop dans les extrêmes pour être réellement convaincant, tout en proposant son content de scènes épiques et rythmées. On n’oubliera pas non plus de signaler que les appendices des trois volumes, proposant des textes inachevés ou des versions alternatives de certains récits, sont extrêmement intéressants sur le travail d’écrivain de Howard ; on y découvre notamment « Nekht Semerkeht », retrouvé après la mort de l’auteur, et qui aborde frontalement le problème du suicide.

     On le voit, le corpus est vaste, les thématiques variées ; autant que la qualité même des textes, en somme. Les chefs-d’œuvre de Robert E. Howard ne sont toutefois pas cantonnés aux cycles phares : certains des textes ici proposés rivaliseront sans souci avec les plus grands récits de Conan ou de Solomon Kane. Des textes qui, au final, dessinent en creux le portrait de leur auteur, un Texan fermement attaché à ses racines, mais aussi passionné d’histoire et de mythologie, s’interrogeant sur les notions de civilisation ou l’opposition entre intellect et physique, rationalisme et instinct.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 1/10/2016 dans Bifrost 84
Mise en ligne le : 26/10/2022

retour en haut de page

Dans la nooSFere : 78609 livres, 90582 photos de couvertures, 74574 quatrièmes.
8864 critiques, 42716 intervenant·e·s, 1658 photographies, 3770 adaptations.
 
Vie privée et cookies/RGPD
A propos de l'association. Nous contacter.
NooSFere est une encyclopédie et une base de données bibliographique.
Nous ne sommes ni libraire ni éditeur, nous ne vendons pas de livres et ne publions pas de textes.
Trouver une librairie !
© nooSFere, 1999-2022. Tous droits réservés.