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Les Ombres de Canaan

Robert E. HOWARD

Textes réunis par Patrice LOUINET

Traduction de Patrice LOUINET
Illustration de Miguel COIMBRA
Illustrations intérieures de Miguel COIMBRA

BRAGELONNE (Paris, France), coll. Les Intégrales
Dépôt légal : février 2013
Première édition
Recueil de nouvelles, 528 pages, catégorie / prix : 25 €
ISBN : 978-2-35294-689-2



Quatrième de couverture
     J’éclatai d’un rire de dérision, mais il sonna creux. Je ne pouvais nier l’extraordinaire magnétisme qui émanait de cette enchanteresse à la peau sombre ; il me fascinait, me poussait, m’attirant vers elle, prenant d’assaut ma volonté.
     — Tu ne peux résister au charme que j’ai confectionné ! s’écria-t-elle. Quand je t’appellerai, tu viendras ! Dans les profondeurs des marécages tu me suivras. Mais avant que l’obscurité te happe, il y aura les couteaux acérés, et les petites flammes... Oh, tu hurleras pour réclamer la mort, jusqu’à cette mort qui se trouve au-delà de la mort !
     Poussant un cri étranglé, je sortis vivement un pistolet et le braquai sur sa poitrine. Il était armé et mon doigt sur la détente. À cette distance, je ne pouvais pas rater. Mais elle regarda droit dans le museau noir et se mit à rire, et à rire encore, en de grands éclats qui glacèrent le sang dans mes veines.

     Voici le second de trois volumes rassemblant toutes les nouvelles d’heroic fantasy et d’horreur de Robert E. Howard, le créateur de Conan le Cimmérien. Des textes placés sous le sceau de la violence et des horreurs séculaires qui hantent le territoire américain, avec des classiques du genre, tels « Les Ombres de Canaan » et « Les Pigeons de l’enfer », mais aussi « La Vallée du Ver » ou « La Pierre Noire », universellement considérée comme la meilleure histoire lovecraftienne non écrite par Lovecraft. Comme tous les autres ouvrages de la collection, cette édition élaborée par Patrice Louinet, l’un des plus éminents spécialistes internationaux de Howard et de son oeuvre, se base sur les manuscrits originaux, en version intégrale et non censurée, et elle est superbement illustrée par Miguel Coimbra.
Sommaire
Afficher les différentes éditions des textes
1 - Patrice LOUINET, Introduction, pages 9 à 12, introduction
2 - Le Serpent du rêve (The Dream Snake, 1928), pages 13 à 21, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
3 - La Malédiction de la mer (Sea Curse, 1928), pages 23 à 33, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
4 - A Legend of Faring (A Legend of Faring Town / A Rhyme of Faring Town, 1975), pages 34 à 34, poésie, trad. Patrice LOUINET
5 - Une légende de Faring (A Legend of Faring Town / A Rhyme of Faring Town, 1975), pages 35 à 35, poésie, trad. Patrice LOUINET
6 - Des profondeurs de l'océan (Out of the Deep, 1967), pages 37 à 45, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
7 - Au contact de la mort (The Touch of Death, 1930), pages 47 à 53, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
8 - Le Peuple de la Côte Noire (People of the Black Coast, 1969), pages 55 à 67, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
9 - L'Horreur sans nez (The Noseless Horror, 1970), pages 69 à 88, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
10 - Le Dernier chant de Casonetto (Casonetto's Last Song, 1973), pages 89 à 93, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
11 - L'Ombre de la mort (The Shadow of Doom, 1966), pages 95 à 98, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
12 - La Pierre noire (The Black Stone, 1931), pages 99 à 121, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
13 - La Chose sur le toit (The Thing on the Roof, 1932), pages 123 à 134, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
14 - Les Sabots de la créature (The Hoofed Thing / Usurp the Night, 1996), pages 135 à 159, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
15 - Ne me creusez pas de tombe (Dig Me No Grave, 1937), pages 161 à 178, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
16 - Celui qui hantait la bague (The Haunter of the Ring, 1934), pages 179 à 199, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
17 - Le Peuple des souterrains (The Dwellers under the Tombs, 1976), pages 201 à 227, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
18 - Le Cairn de Grimmin (The Cairn on the Headland, 1933), pages 229 à 253, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
19 - La Vallée du Ver (The Valley of the Worm, 1934), pages 255 à 284, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
20 - L'Horreur dans le tertre (The Horror from the Mound, 1932), pages 285 à 308, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
21 - Pour l'amour de Barbara Allen ("For the Love of Barbara Allen", 1966), pages 309 à 318, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
22 - Le Cœur du vieux Garfield (Old Garfield's Heart / Old Garrod's Heart, 1933), pages 319 à 331, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
23 - Kelly l'ensorceleur (Kelly the Conjure-Man, 1964), pages 333 à 338, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
24 - Les Ombres de Canaan (Black Canaan, 1936), pages 339 à 383, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
25 - Les Pigeons de l'enfer (Pigeons from Hell, 1938), pages 385 à 422, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
26 - La Pierre noire (Synopsis) (Untitled synopsis (The Black Stone), 2013), pages 425 à 426, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
27 - Fragment sans titre (Inachevé) (Untitled (When I lay dying...) / Dagon Manor, 1986), pages 427 à 428, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
28 - Fragment sans titre (Inachevé) (Untitled (I started up from a sound sleep...) / The Jade God, 1998), pages 429 à 434, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
29 - La Maison (The House, 2003), pages 435 à 445, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
30 - Les Ombres de Canaan (version alternative) (Black Canaan (Alternate Version), 2010), pages 447 à 488, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
31 - Patrice LOUINET, Au cœur de l'horreur, pages 489 à 518, postface
32 - Patrice LOUINET, Sources des Textes, pages 519 à 521, bibliographie
Critiques

Critiques communes à :

 

     Seront recensées ici les nouvelles de fantasy et d’horreur de Robert E. Howard, hors grands cycles, telles que rassemblées dans les trois volumes Bragelonne Les Dieux de Bal-Sagoth, Les Ombres de Canaan et Almuric, qui bénéficient, comme d’habitude, du travail phénoménal de Patrice Louinet, notamment au travers de postfaces très éclairantes.

     Certes, ces textes n’appartiennent pas aux grandes sagas et cycles de l’auteur réunis sous le nom de héros centraux bien connus, Conan, Bran Mak Morn ou Solomon Kane, mais des mini-cycles se dégagent naturellement de ce corpus, via l’utilisation de personnages récurrents (comme James Allison, un homme estropié qui est la réincarnation d’un nombre incalculable de héros d’époques antérieures, ou encore Conrad et Kirowan, les enquêteurs de l’étrange) ou par des thématiques communes, dont la plus célèbre est constituée des nouvelles inspirées du panthéon lovecraftien dont nous reparlerons plus bas. Howard écrivait pour les pulps, dont l’enjeu éditorial était de fournir aux lecteurs ce qu’ils attendaient, rien d’illogique donc à ce que l’auteur réutilise des protagonistes dont il pense qu’ils ont un potentiel certain. Difficile, de fait, de dire si la constitution de ces derniers était réellement une volonté de l’auteur, ou si elle dérivait d’une obligation de brosser le lectorat dans le sens du poil, sauf sans doute pour James Allison, car Howard se passionnait pour la réincarnation, et on peut donc imaginer qu’il a pris un minimum de plaisir à rédiger ces textes, dont certains sont restés au stade d’ébauche.

     Les nouvelles réunies dans ces trois volumes couvrent toute la carrière d’écrivain de Robert E. Howard, et permettent donc de suivre son évolution. Si « Lance et croc », le premier récit publié de l’auteur, porte déjà la marque howardienne en ce sens qu’il montre sa passion pour l’histoire (en l’occurrence, la préhistoire), il reste anecdotique, comme certains autres textes du début, où Howard s’essaie à la lycanthropie (« Dans la forêt de Villefère ») ou la SF (« Le Moment suprême ») sans grand bonheur. Dans les premières années, Howard écrira aussi influencé par ses goûts littéraires : ainsi, comme William Hope Hodgson, il s’essaiera à l’horreur maritime (« La Malédiction de la mer », « Des profondeurs de l’océan »), ou imitera les aventures du Fu Manchu de Sax Rohmer, alors très en vogue. « Le Crâne vivant », un serial, l’un des récits les plus longs écrits par l’auteur, prend pour décor un Londres peu crédible ; on y sent un Howard peu à l’aise et préférant miser sur l’aspect aventures que sur des descriptions sonnant juste.

     Howard va donc rapidement comprendre que s’il veut gagner en maturité, mieux vaut qu’il écrive sur ce qu’il connaît le mieux et le passionne : l’histoire, et son pendant fantasmé, la mythologie – démarche qui aboutirait bientôt au concept d’Âge hyborien. Dans le lointain et donc méconnu passé des vikings, des Pictes ou des Gaëls, il peut entretenir le souffle épique de ces grandes batailles impliquant des guerriers hors normes. Un brin d’héroïsation et quelques interventions divines suffisent alors à rendre ces dernières attractives pour le lectorat des pulps (« Le Crépuscule du dieu gris », « Le Cairn de Grimmin »). Depuis ce point de départ historique, Howard peut piocher dans les nombreux personnages à fort potentiel iconique, les plonger dans des univers moins à cheval sur l’exactitude historique ou géographique, proposant au lecteur des récits d’aventures échevelées (« Les Dieux de Bal-Sagoth ») au sein desquelles les femmes en sont bien souvent réduites à faire de la figuration, quand bien même, à l’occasion, il s’en trouve quelques-unes pour rivaliser avec les héros howardiens. L’auteur appliquera un principe identique aux différentes époques ou civilisations auxquelles il s’intéresse : Sumer et l’Assyrie (« Le Feu d’Asshurbanipal », « La Maison d’Arabu »), ou encore l’Orient moderne (« La Voix d’El-Lil », « La Vallée perdue »), pour en tirer des nouvelles lorgnant davantage vers la fantasy. Ces récits portent tous en filigrane le questionnement permanent de l’auteur sur ce qui définit précisément une civilisation, ce qui distingue la barbarie d’une société éclairée.

     Sur le versant horrifique, si Howard visite ce registre dès le début de sa carrière (« L’Horreur sans nez », « Le Dernier chant de Casonetto »), c’est bien évidemment la rencontre épistolaire avec H.P. Lovecraft qui s’avère déterminante, Howard ne tardant pas à s’emparer du panthéon personnel du créateur de Cthulhu pour écrire une dizaine de textes où l’on retrouve des allusions plus ou moins explicites au fameux « Mythe ». Le plus connu est sans aucun doute « La Pierre noire », qui culmine dans un sabbat maléfique autour dudit rocher d’où émerge un énorme et menaçant crapaud – récit dans lequel Howard crée le Nameless Cults de Von Junzt, décalque évident du Necronomicon, auquel Lovecraft proposera une traduction du titre en allemand, Unaussprechlichen Kulten, qu’Howard n’utilisera finalement qu’une seule fois. Mais Howard a du mal à se couler dans le moule lovecraftien : s’il n’éprouve pas de problème particulier à écrire ses textes à la première personne, c’est davantage la personnalité des protagonistes, plutôt intellectuels et lettrés chez le gentleman de Providence, qui lui pose souci. Bien qu’il préfère lui-même les lumières de l’esprit à la rudesse d’un travail plus concret, ses héros habituels ont un comportement essentiellement basé sur l’instinct et la puissance physique : Howard peine à trouver satisfaction dans ses tentatives avec les Grands Anciens, accouchant de textes assez artificiels (« La Vallée du ver »). Réalisant son erreur, il va alors s’orienter vers une spécificité bien plus personnelle : le « weird southwest ».

     On l’a souvent répété, Howard est attaché à son Texas natal. Il était donc évident que celui-ci devait tôt ou tard se muer en terrain – en terreau – idéal pour des histoires fantastiques, d’autant plus qu’il est omniprésent dans l’œuvre de Two-Gun Bob, auteur de nombreux westerns et qui s’est servi de l’État américain pour créer le monde de Conan. Cette fois-ci, en parfait connaisseur des lieux et de la mentalité des habitants, il ancre ses textes dans le quotidien le plus prosaïque, même si c’est pour y faire évoluer vampires (« L’Horreur dans le tertre »), fantômes (« Querelle de sang »), ou encore aborder le vaudou (« Les Ombres de Canaan », situé pour sa part en Arkansas). Le dépaysement de ses nouvelles de fantasy et de ses textes lovecraftiens cède ainsi la place à l’irruption du fantastique dans la normalité la plus matérielle, et Howard y gagne en sécheresse aussi bien qu’en noirceur.

     On ne saurait terminer sans citer Almuric, tentative de roman dans la veine d’Edgar Rice Burroughs. Récit picaresque, ce dernier se dilue un peu trop dans les extrêmes pour être réellement convaincant, tout en proposant son content de scènes épiques et rythmées. On n’oubliera pas non plus de signaler que les appendices des trois volumes, proposant des textes inachevés ou des versions alternatives de certains récits, sont extrêmement intéressants sur le travail d’écrivain de Howard ; on y découvre notamment « Nekht Semerkeht », retrouvé après la mort de l’auteur, et qui aborde frontalement le problème du suicide.

     On le voit, le corpus est vaste, les thématiques variées ; autant que la qualité même des textes, en somme. Les chefs-d’œuvre de Robert E. Howard ne sont toutefois pas cantonnés aux cycles phares : certains des textes ici proposés rivaliseront sans souci avec les plus grands récits de Conan ou de Solomon Kane. Des textes qui, au final, dessinent en creux le portrait de leur auteur, un Texan fermement attaché à ses racines, mais aussi passionné d’histoire et de mythologie, s’interrogeant sur les notions de civilisation ou l’opposition entre intellect et physique, rationalisme et instinct.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 1/10/2016 dans Bifrost 84
Mise en ligne le : 26/10/2022

Adaptations (cinéma, télévision, BD, théâtre, radio, jeu vidéo...)
Thriller ( épisode : Pigeons from Hell ) , 1960 (d'après le texte : Morte-vie), (Episode Série TV)

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