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Almuric

Robert E. HOWARD

Traduction de Patrice LOUINET
Illustration de Stéphane COLLIGNON
Illustrations intérieures de Stéphane COLLIGNON

BRAGELONNE (Paris, France), coll. Les Intégrales
Dépôt légal : septembre 2015
Première édition
Recueil de nouvelles, 432 pages, catégorie / prix : 25 €
ISBN : 978-2-35294-853-7
Format : 15,3 x 23,8 cm



Quatrième de couverture
C'est une sensation hors du commun que se retrouver brutalement projeté de sa planète d'origine dans un monde étrange et inconnu.
Moi qui n’avais jamais connu la peur, j’étais réduit à une boule de nerfs craintive, sursautant à la seule vue de mon ombre. Je venais de prendre conscience de l'absolue impuissance d'un être humain. Ma robuste carcasse et mes muscles d'acier me semblaient aussi frêles et chétifs que ceux d'un enfant.
Un léger bruit dans mon dos me fit me retourner d’un coup, et je tombai nez à nez sur mon premier habitant d’Almuric. Il n ’était guère plus grand que moi, mais plus massif, avec des épaules particulièrement imposantes et des membres épais aux muscles noueux. Son corps était recouvert d'un duvet du même noir bleuté que sa barbe et sa chevelure. Il n'était pas aussi velu qu'un singe, mais jamais je n'avais vu d ’être humain si poilu.
Ses yeux arrogants s’attardèrent dédaigneusement sur mes membres lisses et mon visage glabre.
Au nom de Thak, es-tu homme ou femme ? demanda-t-il.
 
Après Les Dieux de Bal-Sagoth et Les Ombres de Canaan, voici le dernier des trois volumes réunissant tous les textes d'horreur et d'heroic fantasy de Robert E. Howard, le créateur de Conan le Cimmérien. Au sommaire, le mythique roman Almuric, mais également les derniers textes mettant en scène James Allison, et « Nekht Semerkeht », un texte hanté par le suicide, que Howard écrivit dans le mois qui précéda sa mort. Comme tous les autres ouvrages de la collection, cette édition élaborée par Patrice Louinet se fonde sur des textes intégraux et non censurés, et est superbement illustrée par Stéphane Collignon.
Sommaire
Afficher les différentes éditions des textes
1 - Patrice LOUINET, Introduction, pages 7 à 8, introduction
2 - Almuric (Almuric, 1939), pages 9 à 144, roman, trad. Patrice LOUINET
3 - Le Jardin de la Peur (The Garden of Fear, 1934), pages 145 à 162, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
4 - La Voix d'El-Lil (The Voice of El-Lil, 1930), pages 163 à 192, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
5 - La Hyène (The Hyena, 1928), pages 193 à 208, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
6 - Une sonnerie de trompettes (A Thunder of Trumpets, 1938), pages 209 à 232, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
7 - Le Cobra du rêve (The Cobra in the Dream, 1968), pages 233 à 240, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
8 - Le Fantôme sur le seuil (The Ghost in the Doorway, 1969), pages 241 à 245, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
9 - Delenda Est (Delenda Est, 1968), pages 247 à 256, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
10 - Le Fléau de Dermod (Dermod's Bane, 1967), pages 257 à 263, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
11 - La Vallée Perdue (The Valley of the Lost / Secret of Lost Valley, 1975), pages 265 à 290, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
12 - Le Roi du Peuple Oublié (King of the Forgotten People / The Valley of the Lost ("Jim Brill licked his parched lips . . .") [titre erroné dû à Glenn Lord], 1966), pages 291 à 295, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
13 - James Allison - Fragment 1 (The Guardian of the Idol, 1981), page 319, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
14 - James Allison - Fragment 2 (Genseric's Fifth-Born Son, untitled and unfinished story (1400 words, Long, long ago, an infant son was born to Gudrun . . .), 1977), page 328, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
15 - James Allison - Fragment 3 (Brachen the Kelt (untitled story), 1981), page 337, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
16 - James Allison - Fragment 4 (Akram the Mysterious, 2014), page 346, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
17 - Le Cavalier-Tonnerre (The Thunder-Rider, 1972), pages 355 à 381, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
18 - Nekht Semerkeht (Nekht Semerkeht, 1977), pages 383 à 401, nouvelle, trad. Patrice LOUINET
19 - Le Tentateur (The Tempter, 1937), pages 402 à 405, poésie, trad. Patrice LOUINET
20 - Patrice LOUINET, « To live is to die », pages 407 à 422, postface
21 - Patrice LOUINET, Note sur les textes, pages 423 à 424, bibliographie
Critiques

Critiques communes à :

 

     Seront recensées ici les nouvelles de fantasy et d’horreur de Robert E. Howard, hors grands cycles, telles que rassemblées dans les trois volumes Bragelonne Les Dieux de Bal-Sagoth, Les Ombres de Canaan et Almuric, qui bénéficient, comme d’habitude, du travail phénoménal de Patrice Louinet, notamment au travers de postfaces très éclairantes.

     Certes, ces textes n’appartiennent pas aux grandes sagas et cycles de l’auteur réunis sous le nom de héros centraux bien connus, Conan, Bran Mak Morn ou Solomon Kane, mais des mini-cycles se dégagent naturellement de ce corpus, via l’utilisation de personnages récurrents (comme James Allison, un homme estropié qui est la réincarnation d’un nombre incalculable de héros d’époques antérieures, ou encore Conrad et Kirowan, les enquêteurs de l’étrange) ou par des thématiques communes, dont la plus célèbre est constituée des nouvelles inspirées du panthéon lovecraftien dont nous reparlerons plus bas. Howard écrivait pour les pulps, dont l’enjeu éditorial était de fournir aux lecteurs ce qu’ils attendaient, rien d’illogique donc à ce que l’auteur réutilise des protagonistes dont il pense qu’ils ont un potentiel certain. Difficile, de fait, de dire si la constitution de ces derniers était réellement une volonté de l’auteur, ou si elle dérivait d’une obligation de brosser le lectorat dans le sens du poil, sauf sans doute pour James Allison, car Howard se passionnait pour la réincarnation, et on peut donc imaginer qu’il a pris un minimum de plaisir à rédiger ces textes, dont certains sont restés au stade d’ébauche.

     Les nouvelles réunies dans ces trois volumes couvrent toute la carrière d’écrivain de Robert E. Howard, et permettent donc de suivre son évolution. Si « Lance et croc », le premier récit publié de l’auteur, porte déjà la marque howardienne en ce sens qu’il montre sa passion pour l’histoire (en l’occurrence, la préhistoire), il reste anecdotique, comme certains autres textes du début, où Howard s’essaie à la lycanthropie (« Dans la forêt de Villefère ») ou la SF (« Le Moment suprême ») sans grand bonheur. Dans les premières années, Howard écrira aussi influencé par ses goûts littéraires : ainsi, comme William Hope Hodgson, il s’essaiera à l’horreur maritime (« La Malédiction de la mer », « Des profondeurs de l’océan »), ou imitera les aventures du Fu Manchu de Sax Rohmer, alors très en vogue. « Le Crâne vivant », un serial, l’un des récits les plus longs écrits par l’auteur, prend pour décor un Londres peu crédible ; on y sent un Howard peu à l’aise et préférant miser sur l’aspect aventures que sur des descriptions sonnant juste.

     Howard va donc rapidement comprendre que s’il veut gagner en maturité, mieux vaut qu’il écrive sur ce qu’il connaît le mieux et le passionne : l’histoire, et son pendant fantasmé, la mythologie – démarche qui aboutirait bientôt au concept d’Âge hyborien. Dans le lointain et donc méconnu passé des vikings, des Pictes ou des Gaëls, il peut entretenir le souffle épique de ces grandes batailles impliquant des guerriers hors normes. Un brin d’héroïsation et quelques interventions divines suffisent alors à rendre ces dernières attractives pour le lectorat des pulps (« Le Crépuscule du dieu gris », « Le Cairn de Grimmin »). Depuis ce point de départ historique, Howard peut piocher dans les nombreux personnages à fort potentiel iconique, les plonger dans des univers moins à cheval sur l’exactitude historique ou géographique, proposant au lecteur des récits d’aventures échevelées (« Les Dieux de Bal-Sagoth ») au sein desquelles les femmes en sont bien souvent réduites à faire de la figuration, quand bien même, à l’occasion, il s’en trouve quelques-unes pour rivaliser avec les héros howardiens. L’auteur appliquera un principe identique aux différentes époques ou civilisations auxquelles il s’intéresse : Sumer et l’Assyrie (« Le Feu d’Asshurbanipal », « La Maison d’Arabu »), ou encore l’Orient moderne (« La Voix d’El-Lil », « La Vallée perdue »), pour en tirer des nouvelles lorgnant davantage vers la fantasy. Ces récits portent tous en filigrane le questionnement permanent de l’auteur sur ce qui définit précisément une civilisation, ce qui distingue la barbarie d’une société éclairée.

     Sur le versant horrifique, si Howard visite ce registre dès le début de sa carrière (« L’Horreur sans nez », « Le Dernier chant de Casonetto »), c’est bien évidemment la rencontre épistolaire avec H.P. Lovecraft qui s’avère déterminante, Howard ne tardant pas à s’emparer du panthéon personnel du créateur de Cthulhu pour écrire une dizaine de textes où l’on retrouve des allusions plus ou moins explicites au fameux « Mythe ». Le plus connu est sans aucun doute « La Pierre noire », qui culmine dans un sabbat maléfique autour dudit rocher d’où émerge un énorme et menaçant crapaud – récit dans lequel Howard crée le Nameless Cults de Von Junzt, décalque évident du Necronomicon, auquel Lovecraft proposera une traduction du titre en allemand, Unaussprechlichen Kulten, qu’Howard n’utilisera finalement qu’une seule fois. Mais Howard a du mal à se couler dans le moule lovecraftien : s’il n’éprouve pas de problème particulier à écrire ses textes à la première personne, c’est davantage la personnalité des protagonistes, plutôt intellectuels et lettrés chez le gentleman de Providence, qui lui pose souci. Bien qu’il préfère lui-même les lumières de l’esprit à la rudesse d’un travail plus concret, ses héros habituels ont un comportement essentiellement basé sur l’instinct et la puissance physique : Howard peine à trouver satisfaction dans ses tentatives avec les Grands Anciens, accouchant de textes assez artificiels (« La Vallée du ver »). Réalisant son erreur, il va alors s’orienter vers une spécificité bien plus personnelle : le « weird southwest ».

     On l’a souvent répété, Howard est attaché à son Texas natal. Il était donc évident que celui-ci devait tôt ou tard se muer en terrain – en terreau – idéal pour des histoires fantastiques, d’autant plus qu’il est omniprésent dans l’œuvre de Two-Gun Bob, auteur de nombreux westerns et qui s’est servi de l’État américain pour créer le monde de Conan. Cette fois-ci, en parfait connaisseur des lieux et de la mentalité des habitants, il ancre ses textes dans le quotidien le plus prosaïque, même si c’est pour y faire évoluer vampires (« L’Horreur dans le tertre »), fantômes (« Querelle de sang »), ou encore aborder le vaudou (« Les Ombres de Canaan », situé pour sa part en Arkansas). Le dépaysement de ses nouvelles de fantasy et de ses textes lovecraftiens cède ainsi la place à l’irruption du fantastique dans la normalité la plus matérielle, et Howard y gagne en sécheresse aussi bien qu’en noirceur.

     On ne saurait terminer sans citer Almuric, tentative de roman dans la veine d’Edgar Rice Burroughs. Récit picaresque, ce dernier se dilue un peu trop dans les extrêmes pour être réellement convaincant, tout en proposant son content de scènes épiques et rythmées. On n’oubliera pas non plus de signaler que les appendices des trois volumes, proposant des textes inachevés ou des versions alternatives de certains récits, sont extrêmement intéressants sur le travail d’écrivain de Howard ; on y découvre notamment « Nekht Semerkeht », retrouvé après la mort de l’auteur, et qui aborde frontalement le problème du suicide.

     On le voit, le corpus est vaste, les thématiques variées ; autant que la qualité même des textes, en somme. Les chefs-d’œuvre de Robert E. Howard ne sont toutefois pas cantonnés aux cycles phares : certains des textes ici proposés rivaliseront sans souci avec les plus grands récits de Conan ou de Solomon Kane. Des textes qui, au final, dessinent en creux le portrait de leur auteur, un Texan fermement attaché à ses racines, mais aussi passionné d’histoire et de mythologie, s’interrogeant sur les notions de civilisation ou l’opposition entre intellect et physique, rationalisme et instinct.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 1/10/2016 dans Bifrost 84
Mise en ligne le : 26/10/2022


                Ce volume n’est pas le meilleur des douze publiés chez Bragelonne sous l’égide de Patrice Louinet – ne serait-ce que du fait de la présence dans ses pages du roman éponyme, le premier que Howard se soit essayé à écrire, un texte qui ne donna pas satisfaction à son auteur, au point qu’il l’abandonna inachevé, et qui n’avait donc pas vocation à être publié, on le comprend aisément à la lecture. Le travail du biographe permet de dater ce texte de février 1934 et de lui donner sa vraie place au sein du corpus howardien. Patrice Louinet y voit une application littéraire du débat Howard/Lovecraft sur l’opposition entre physique et intellect, opposition que l’on retrouvera dans nombre de textes et où les deux auteurs peuvent transparaître derrière les personnages.

                Le roman dont la fin est d’une plume autre que celle de Howard est suivi de cent soixante pages de nouvelles d’inspiration fantastique autour du thème de la réincarnation. « Le Jardin de la peur » met en scène James Allison, un héros inspiré par Le Vagabond des étoiles de Jack London, qui se souvient de ses existences antérieures. On le retrouvera dans plusieurs fragments en appendice. « La Voix d’El-lil » est un texte qui fut publié dans Oriental Stories, un pulp dirigé par Farnsworth Wright spécialisé dans les aventures situées dans ces contrées alors fort mystérieuses pour le grand public. Suit « La Hyène », texte de jeunesse d’un Howard âgé de dix-huit ans manquant encore de maîtrise. Viennent ensuite quelques récits d’un moindre intérêt : « Une sonnerie de trompette », qui fut écrit en collaboration ; « Le Cobra du rêve », une réécriture d’une autre nouvelle ; deux histoires de fantômes : « Le Fantôme sur le seuil » et « Le Fléau de Dermod ». Dans un court texte intitulé « Delenda est », Howard manifeste sa haine de Rome, l’incarnation de la civilisation opposée aux barbares. « La Vallée perdue » est un western fantastique qui, en dépit de ses qualités, ne trouva pas à être publié à l’époque. Enfin, la dernière nouvelle, « Le Roi du peuple oublié », s’avère particulièrement intéressante en ce qu’elle figure ce qu’Howard écrira de plus proche de la science-fiction – un récit destiné à Astounding.

                L’ouvrage se termine par une centaine de pages d’appendices, dont les quatre fragments consacrés à James Allison, du Cavalier-Tonnnerre et de Nekht Semerkeht, un récit inachevé qui semble bien avoir été interrompu par le suicide de Howard. Un ultime essai de Patrice Louinet, « To live is to die », dans lequel il revient une dernière fois sur l’œuvre du Texan à travers les textes qui sont ici proposés, conclut l’ensemble.

                On ne pourra que louer Patrice Louinet et Bragelonne pour la qualité de l’énorme travail (douze volumes, six mille pages quasi intégralement retraduites) fourni afin de mettre à la disposition des lecteurs une édition qui se veut définitive des œuvres de « Two-Gun Bob », qu’il s’agissait avant tout d’expurger des scories laissées par Lin Carter et Sprague de Camp. À qui ne voudrait pas lire cette somme somptueuse, on conseillera Conan – Les Clous Rouges et Le Seigneur de Samarcande, ou encore le seul Conan, volume de poche chez Milady, qui présente une sélection soignée des aventures du Cimmérien, plutôt que cet Almuric contenant l’ultime reliquat de ce qui méritait malgré tout d’être publié – dans les genres qui nous occupent, tout du moins…

Jean-Pierre LION
Première parution : 1/1/2016 dans Bifrost 81
Mise en ligne le : 25/10/2020

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