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Brasyl

Ian McDONALD

Titre original : Brasyl, 2007

Traduction de Cédric PERDEREAU
Illustration de Stephan MARTINIÈRE

BRAGELONNE (Paris, France), coll. Science-fiction n° (38)
Dépôt légal : septembre 2009
Roman, 408 pages, catégorie / prix : 20 €
ISBN : 978-2-35294-345-0   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     « Rappelez-vous ce que vous avez ressenti la première fois que vous avez lu Neuromancien, que vous avez vu Blade Runner. Cette vision d'un avenir scintillant et d'une menace grondante (...) McDonald a cet incroyable don de marier l'inconnu et le familier pour créer quelque chose de plausible et de merveilleux à la fois. Voir le monde à travers ses yeux, c'est visiter un lieu plus étrange et excitant que tout ce qu'on pourrait découvrir parmi les étoiles. »
Cory Doctorow

     Le Brésil : pays de merveilles et de miracles, de corruption et de violence.
     À notre époque, à Rio de Janeiro, la téléréalité règle ses comptes avec le gardien de but responsable de la défaite de l'équipe nationale lors de la Coupe du monde en 1950. Marcelina, la productrice de l'émission, est sur le point de devenir la cible d'une conspiration séculaire et implacable.
     En 1732, au plus profond de la forêt amazonienne, un missionnaire jésuite, à la lame aussi affûtée que l'esprit, est sur la piste d'un prêtre hérétique et sanguinaire qui fait régner la terreur.
     En 2032, à São Paulo, un jeune homme rêve de sortir de sa favela sordide. La mégalopole est étroitement surveillée par des mouchards électroniques, mais l'arrivée sur le marché noir des technologies quantiques pourrait changer la donne. Pour le meilleur ou pour le pire...

Trois époques, trois histoires, trois Brésil. Une même énigme.
Le chef-d'oeuvre de Ian McDonald.

     Né en 1960, Ian McDonald vit en Irlande du Nord. Ses nombreux romans et nouvelles, dont Desolation Road, Nécroville et Roi du matin, reine du jour, lui ont valu les prix Hugo, Philip K. Dick, Theodore Sturgeon et quatre prix de la SF britannique (pour Brasyl en 2008). Ses oeuvres d'une beauté insolite mettent souvent en scène des cultures non-occidentales : l'Afrique, l'Inde ou le Brésil.

    Prix obtenus    
 
    Critiques    
     Le roman de McDonald est construit à partir de trois histoires, se déroulant à des époques différentes et toutes situées au Brésil... d'où le titre. La première, contemporaine, relate les tribulations de Marcelina, jeune et ambitieuse productrice de télévision de Rio de Janeiro. Alors qu'elle vient enfin de trouver l'idée de télé-réalité qui fera d'elle une star (organiser le procès d'un footballeur responsable de la défaite du Brésil face à l'Uruguay lors de la coupe du monde de 1950), son sosie apparaît et sabote tous ses efforts. La deuxième suit Efrim, dealer, fixer, prostitué, travesti et artiste des favelas du Sao Polo des années 2030. Il tombe amoureux d'une brillante physicienne et découvre que de nombreux individus louches s'intéressent de très près à cette spécialiste de mécanique quantique . Enfin la dernière nous ramène à la période coloniale, quand Français, Portugais et Espagnol se disputaient les richesses de l'Amérique du Sud. Dans un remake d'Au cœur des ténèbres, le père Quinn, jésuite irlandais, s'enfonce dans la jungle amazonienne à la recherche d'un dissident de son ordre.
     Ô surprise ! les trois histoires vont converger sur fond d'univers multiples et de superposition d'états quantiques.

     On aurait envie d'aimer ce roman doté d'un cadre plutôt original, le Brésil, et de personnages sympathiques et hauts en couleur. Mais, hélas, ça ne fonctionne pas. Les idées et l'univers, en apparence prometteurs, n'aboutissent sur rien de convaincant et le style de l'auteur ne fait qu'accélérer le naufrage.

     Sur le fond, tout d'abord, on est forcé de reconnaître que le nœud de l'intrigue a un petit côté déjà vu. La mécanique quantique et l'interprétation d'Everett ont été tellement mises à toutes les sauces de la SF qu'elles font maintenant figure de tarte à la crème. Il faudrait avoir quelque chose de vraiment nouveau à dire sur le sujet pour pouvoir encore intéresser le lecteur aux implications de la coexistence de multiples états, mais Ian McDonald n'est pas le Greg Egan de Singleton. Il se contente de saupoudrer son récit de quelques gimmicks quantiques (mention particulière pour la lameQ, qui mêle l'équation de Schrödinger à l'art du carpaccio) et d'utiliser le concept ad nauseam comme métaphore de l'état d'esprit de ses personnages.

     L'impression d'avoir une intrigue un peu creuse est renforcée par la longueur de sa mise en place : il ne se passe quasiment rien pendant les 200 premières pages, l'auteur se contente de planter le décor. Quand enfin les tenants et les aboutissants sont connus, que les mystérieux « méchants » qui rodaient dans les différents chapitres sont enfin identifiés, on se dit que l'histoire va pouvoir commencer. Eh bien non, c'est justement là qu'elle se termine, après une succession de scènes d'action spectaculaires digne d'une production Jerry Bruckenheimer.
     Le décors lui-même, pour original qu'il soit, reste anecdotique : en dehors d'une vague explication à base de grenouilles exotiques, rien ne justifie vraiment de situer cette histoire au Brésil. Pire encore, on ressort de ce voyage au pays de la Vera Cruz avec l'impression d'avoir rencontré beaucoup de clichés : favelas, capoeira, délinquance, travestis, telenovelas, seleção... et pas grand chose sur le Brésil moderne ; à se demander si McDonald a entendu parler de la notion de grande puissance émergente ou de l'expression « miracle brésilien ».

     Enfin, l'ensemble de l'oeuvre est plombée par le style de l'auteur. La qualité de la traduction a été mise en cause par plusieurs critiques (et des perles comme « Il adore l'attention dont il fait l'objet aux occasions particulières où il sort son aspect travesti », p. 72, abondent dans ce sens), mais le problème semble aller au-delà. Il y a un défaut de rythme assez généralisé. À l'échelle du roman, la succession systématique des trois époques, chapitre après chapitre, donne une impression de monotonie. Dans le déroulement de l'histoire, Ian McDonald pêche souvent par une profusion de détails, de descriptions qui alourdissent la lecture et puis, inversement, les (nombreuses) scènes d'action sont confuses, brouillonnes, les explications sont parcellaires. On se surprend souvent à revenir en arrière pour essayer de comprendre qui est où, qui fait quoi. En vain.

     Autre manie agaçante, l'auteur a truffé son récit de termes en brésiliens, des fois qu'un lecteur un peu distrait aurait oublié dans quel pays se déroule l'histoire : chaque page du roman compte quatre ou cinq mots étrangers, rendant la lecture particulièrement pénible pour tout non-lusophone, malgré la présence d'un lexique en fin d'ouvrage.

     Brasyl aurait pu être un livre original par son cadre, ses personnages et certaines idées à l'origine de l'intrigue, mais le manque de profondeur du propos et plusieurs problèmes de style font de ce roman un ratage ennuyeux et confus.


Jean-François SEIGNOL
Première parution : 3/11/2010 nooSFere


     Autant le dire tout de suite, on ne se souviendra pas de Brasyl pour la qualité de sa traduction. Autant l'admettre dans la foulée, il fallait le talent d'un Brèque ou d'un Goullet pour se tirer d'un pareil machin, mélangeant allègrement portugais et anglais, trois trames narratives situées à différentes époques, et un vaste Grand Tout Cosmique aux allures de Grand Tout Quantique. Raté pour cette fois, donc, mais que cela ne nous empêche pas de nous jeter sur l'ouvrage en guise d'apéritif, avant de poursuivre l'expérience avec River of Gods, à paraître chez Denoël en « Lunes d'encre », dans une traduction du susnommé Goullet, ouf ! (A noter qu'outre-manche, River of Gods est paru deux ans avant Brasyl). Amusant de constater à quel point Ian McDonald surfe sur les mêmes logiques, roman après roman. Entre Chaga (inédit en France) situé en Afrique, Brasyl consacré au Brésil et River of gods à l'Inde, on se dit que McDonald nous prépare sans doute un China... En attendant, il se livre à un exercice littéraire pas forcément évident, l'anticipation réaliste et globale d'un pays en devenir comme contrepoids à l'éclipse occidentale. De quoi nous mettre, nous, lecteurs français, mal à l'aise, tant les protagonistes de McDonald se passent très bien de toute intervention européenne et américaine. On avait fini par croire qu'en science-fiction, le monde se limitait à l'Occident propre (entendre, le blanc). Avec Brasyl, McDonald s'attaque à un très gros morceau. Mosaïque ethnique et culturelle, le Brésil est un pays-continent tragiquement pauvre et incroyablement riche, aussi vaste qu'hétérogène et aussi compliqué que bordélique. Pourtant, McDonald évite le pavé (ce sera River of Gods, patience...) et se contente d'un texte relativement court, tout en évitant l'écueil du didactisme. Brasyl est certes un roman choral d'anticipation, mais c'est aussi (et avant tout) un thriller percutant aux dialogues brefs, aux situations rapides et au rythme frénétique (toute ressemblance avec la vie quotidienne dans les mégapoles brésiliennes est fortuite, bien entendu). Brasyl se lit vite et ne possède pour seul défaut que l'ambition avouée de l'auteur, lier les trois histoires dans un tout fédérateur qui donne une ébauche d'explication (ou pas). C'est là que les choses dérapent, car si chaque élément fonctionne incroyablement bien, l'ensemble ne tient pas la distance, au point de regretter que McDonald ne se soit pas contenté d'en faire trois nouvelles distinctes. Déception, donc, mais aucun regret tenace à la lecture de Brasyl. Comme beaucoup d'œuvres anglaises, le ton, l'inventivité, l'intelligence et l'originalité du propos suffisent largement à emporter l'adhésion. Le reste, on pardonne. On l'a dit, l'intrigue de Brasyl est scindée en trois trames distinctes. On y trouve le Brésil d'aujourd'hui, le Brésil de 2032 et — surprise — le Brésil de 1732. Et comme de juste, chaque promenade jette un éclairage particulier sur le pays dans son ensemble (origine, aujourd'hui, et possible), à travers le destin de personnages bien campés en lutte avec leur environnement. Il y a d'abord Marcelina, journaliste sans scrupule, malhonnête, souvent immonde et donnant dans la téléréalité dans le Rio d'aujourd'hui, le Père Luis Quinn, jésuite irlandais (mais ex-duelliste et expert en mathématiques, ça aide) perdu dans la jungle brésilienne du dix-huitième siècle, et Edson Jesus Oliveira de Freitas, businessman drag queen (si si) très amoureux d'un hacker de génie dans le Sao Paulo postcyberpunk de 2032... Que du simple, donc. Mais si la multiplication des points de vue égare le lecteur, le talent de McDonald fait le reste. Les trois protagonistes principaux de Brasyl sont des réussites totales. Crédibles, touchant, humains, grands et dégueulasses, ils synthétisent gentils et méchants à eux seuls, tout en faisant voler en éclat tout manichéisme. Ainsi Marcelina, sans doute la plus aboutie du fait de son mélange de vice, de roublardise et de profonde humanité... Le genre de personnage qui mériterait un roman à lui tout seul. Si McDonald sait camper ses héros, il ne prend pas beaucoup de risque avec le déroulement général de l'histoire : une fois les oripeaux post-néo-rétro-cyberpunk (on assume parfaitement le mot valise) retirés, que reste-t-il du roman ? Trois personnages à l'existence bien réglée dont le quotidien bascule dès qu'ils mettent le doigt dans un nid à emmerdes d'envergure cosmique. Comme quatre-vingt quinze pour cent de la production S-F, somme toute...

     Reste que malgré les grosses ficelles et une certaine forme de classicisme vêtu d'habits ultramodernes, Brasyl s'impose pour ce qu'il est : un roman palpitant, bordélique, explosif et passionnant, pas toujours intelligent, mais souvent fulgurant et remarquablement accrocheur. De la S-F hardboiled, pas forcément premier degré, parfois profonde, mais hardboiled quand même.

Patrick IMBERT
Première parution : 1/1/2010 dans Bifrost 57
Mise en ligne le : 10/7/2011

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition GALLIMARD, Folio SF (2012)


 
     Autant le dire tout de suite, on ne se souviendra pas de Brasyl pour la qualité de sa traduction. Autant l'admettre dans la foulée, il fallait le talent d'un Brèque ou d'un Goullet pour se tirer d'un pareil machin, mélangeant allègrement portugais et anglais, trois trames narratives situées à différentes époques, et un vaste Grand Tout Cosmique aux allures de Grand Tout Quantique. Raté pour cette fois, donc, mais que cela ne nous empêche pas de nous jeter sur l'ouvrage en guise d'apéritif, avant de poursuivre l'expérience avec Le Fleuve des dieux, par exemple, ouvrage qui, lui, bénéficie d'une traduction du susnommé Goullet, ouf ! Amusant de constater à quel point Ian McDonald surfe sur les mêmes logiques, roman après roman. Entre Chaga (inédit en France) situé en Afrique, Brasyl consacré au Brésil et Le Fleuve des dieux à l'Inde, on se dit que McDonald nous prépare sans doute un China... En attendant, il se livre à un exercice littéraire pas forcément évident, l'anticipation réaliste et globale d'un pays en devenir comme contrepoids à l'éclipse occidentale. De quoi nous mettre, nous, lecteurs français, mal à l'aise, tant les protagonistes de McDonald se passent très bien de toute intervention européenne et américaine. On avait fini par croire qu'en science-fiction, le monde se limitait à l'Occident propre (entendre, le blanc). Avec Brasyl, McDonald s'attaque à un très gros morceau. Mosaïque ethnique et culturelle, le Brésil est un pays-continent tragiquement pauvre et incroyablement riche, aussi vaste qu'hétérogène et aussi compliqué que bordélique. Pourtant, McDonald évite le pavé (ce sera Le Fleuve des dieux...) et se contente d'un texte relativement court, tout en évitant l'écueil du didactisme. Brasyl est certes un roman choral d'anticipation, mais c'est aussi (et avant tout) un thriller percutant aux dialogues brefs, aux situations rapides et au rythme frénétique (toute ressemblance avec la vie quotidienne dans les mégapoles brésiliennes est fortuite, bien entendu). Brasyl se lit vite et ne possède pour seul défaut que l'ambition avouée de l'auteur : lier les trois histoires dans un tout fédérateur qui donne une ébauche d'explication (ou pas). C'est là que les choses dérapent, car si chaque élément fonctionne incroyablement bien, l'ensemble ne tient pas la distance, au point de regretter que McDonald ne se soit pas contenté d'en faire trois nouvelles distinctes. Déception, donc, mais aucun regret tenace à la lecture de Brasyl. Comme beaucoup d'œuvres anglaises, le ton, l'inventivité, l'intelligence et l'originalité du propos suffisent largement à emporter l'adhésion. Le reste, on pardonne. On l'a dit, l'intrigue de Brasyl est scindée en trois trames distinctes. On y trouve le Brésil d'aujourd'hui, le Brésil de 2032 et — surprise — le Brésil de 1732. Et comme de juste, chaque promenade jette un éclairage particulier sur le pays dans son ensemble (origine, aujourd'hui, et possible), à travers le destin de personnages bien campés en lutte avec leur environnement. Il y a d'abord Marcelina, journaliste sans scrupule, malhonnête, souvent immonde et donnant dans la téléréalité dans le Rio d'aujourd'hui, le Père Luis Quinn, jésuite irlandais (mais ex-duelliste et expert en mathématiques, ça aide) perdu dans la jungle brésilienne du dix-huitième siècle, et Edson Jesus Oliveira de Freitas, businessman drag queen (si si) très amoureux d'un hacker de génie dans le Sao Paulo postcyberpunk de 2032... Que du simple, donc. Mais si la multiplication des points de vue égare le lecteur, le talent de McDonald fait le reste. Les trois protagonistes principaux de Brasyl sont des réussites totales. Crédibles, touchants, humains, grands et dégueulasses, ils synthétisent gentils et méchants à eux seuls, tout en faisant voler en éclat tout manichéisme. Ainsi Marcelina, sans doute la plus aboutie du fait de son mélange de vice, de roublardise et de profonde humanité... Le genre de personnage qui mériterait un roman à lui seul. Si McDonald sait camper ses héros, il ne prend pas beaucoup de risque avec le déroulement général de l'histoire : une fois les oripeaux post-néo-rétro-cyberpunk (on assume parfaitement le mot valise) retirés, que reste-t-il du roman ? Trois personnages à l'existence bien réglée dont le quotidien bascule dès qu'ils mettent le doigt dans un nid à emmerdes d'envergure cosmique. Comme quatre-vingt-quinze pour cent de la production SF, somme toute...
     Reste que malgré les grosses ficelles et une certaine forme de classicisme vêtu d'habits ultramodernes, Brasyl s'impose pour ce qu'il est : un roman palpitant, bordélique, explosif et passionnant, pas toujours intelligent, mais souvent fulgurant et remarquablement accrocheur. De la SF hardboiled, pas forcément premier degré, parfois profonde, mais hardboiled quand même.

Patrick IMBERT
Première parution : 1/10/2012
dans Bifrost 68
Mise en ligne le : 23/7/2017




 
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