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La Reine des Lumières

Xavier MAUMÉJEAN



Illustration de Benjamin CARRÉ

FLAMMARION (Paris, France), coll. Ukronie n° (4)
Dépôt légal : novembre 2009
336 pages, catégorie / prix : 15 €
ISBN : 978-2-08-123016-3   



    Quatrième de couverture    
     La princesse s'avança, le regard fixé sur le buste de Kali-Gorgone.
     La déesse ouvrait la bouche, un trou noir qui donnait sur le néant.
     Roxane sortit de sa transe et plongea son bras dans la bouche de la déesse. Elle en tira un cobra. Elle le jeta aux pieds du Vénérable qui accueillit son geste sans broncher.
     — Tu m'as convaincu, affirma l'ancien. Ordonne et nous t'obéirons.

333 avant notre ère, Alexandre le Grand fonde son empire.
Deux mille ans plus tard, l'héritage du Conquérant s'étend
de l'Angleterre à l'Inde. La civilisation gréco-indienne repose
sur la religion, l'armée et l'esclavage. La belle Roxane, fille du souverain
qui vient d'être assassiné, réclame le trône pour mettre fin aux inégalités.
Avec l'aide du capitaine Drake, espion et aventurier,
la princesse va rassembler une poignée de fidèles prêts à tout
pour que règne la liberté.

La civilisation ne doit pas reposer sur l'esclavage :
elle s'en fait le serment.

     Ukronie : quand l'histoire se raconte autrement...
 
    Critiques    
     En 333 avant notre ère, Alexandre le Grand arrive à Gordion, où l'attend la légendaire prophétie : « Celui qui parviendra à défaire le noeud gordien s'emparera de l'Asie ». Un instant, il hésite à trancher le lien avec son épée. Mais il en décide autrement... et la face du monde en est changée...
     En l'an 2200 de l'ère alexandrine – soit en 1844 pour nous — , l'empire gréco-indien, toujours sous la coupe des descendants d'Alexandre, est si vaste que le soleil ne s'y couche jamais. L'esclavage légitimé par Aristote et le système des castes indiennes se sont fondus pour former celui des castEs. Le monothéisme n'a pu s'imposer face aux divinités multiples dont les figures les plus marquantes sont Appolon, Dionysos et Kali. L'immobilisme demeure l'un des fondements de cette société où la technologie pointe timidement son nez, avec les premières automotives à vapeur, les premières armes à feu.
     Lorsque Philippe de Macédoine assassine son frère Sykander, le souverain en titre, la fille de celui-ci s'oppose à son oncle. Avec l'aide de Thomas Drake, espion de la Compagnie des Indes, la belle Roxane rassemble sa faible armée et se lance dans un périple qui la mène de Londres aux colonnes d'Hercule, puis vers Delphes et l'Afghanistan...

     Après une incursion en SF Jeunesse en forme d'hommage à Heinlein et Haldeman – La Guerre spéciale, coll. Autres Mondes — , Xavier Mauméjean revient à l'Histoire mâtinée de philosophie, comme dans La Vénus anatomique ou Car je suis légion. Il en résulte cette très belle uchronie, où l'auteur met à profit son érudition et son talent pour peindre une société alternative totalement crédible dans son évolution, ou plutôt dans ses difficultés à évoluer.
     La mise en scène d'une civilisation gréco-indienne dominante offre des images fortes et contrastées, ainsi que des situations paradoxales : si l'esclavage demeure la règle dans une Europe qui n'a pas inventé les droits de l'homme, l'Afrique demeure libre et les négriers sont en principe interdits ; bien que l'Europe soit pacifiée depuis si longtemps qu'elle n'a pas été incessamment déchirée par des guerres ou des conflits religieux, armée et clergé dominent l'état.
     L'affrontement entre Philippe de Macédoine et sa nièce Roxane permet à l'auteur de nous présenter une société qui entre en mutation. La révolution industrielle s'y met en marche, les progrès dans l'armement et les transports en témoignent. Surtout, une prise de conscience émerge timidement : et si les hommes étaient égaux, s'ils naissaient libres ? Cette réflexion en faveur de droits de l'homme si « naturels » aux yeux d'un jeune lecteur de notre époque se montre d'autant plus pertinente qu'elle naît ici dans une société qui n'y est pas préparée : elle rappelle que la liberté est un « droit » durement acquis pour lequel il faut sans cesse lutter.

     Cette riche reconstitution d'une Histoire alternative nécessite sans doute un bon niveau de lecture et pourra peut-être déconcerter certains jeunes lecteurs habitués à des récits plus stéréotypés ou situés dans un univers plus familier. Néanmoins, un souffle épique emporte sans relâche cette aventure, même si la stratégie et la ruse l'emportent ici sur les combats purs. On y retrouve même les thugs et dacoïts qui menaçaient souvent ce bon vieux Bob Morane et avec eux cette Inde exotique et fantasmagorique popularisée par les romans populaires, cette Inde fascinante qui continue de nous faire rêver.

     Uchronie originale, brillante et intelligente, La Reine des lumières se lira avec plaisir dès l'âge de onze ou douze ans pour les bons lecteurs – surtout s'ils s'intéressent particulièrement aux romans d'aventures historiques – mais également avec délice à l'âge adulte, sans limite supérieure.


Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 17/11/2009 nooSFere


     Xavier Mauméjean fait partie de ces écrivains ayant sans arrêt la bougeotte. D'un roman à l'autre, de la Babylone antique au Coney Island du début du XXe siècle, du Londres victorien à l'académie militaire d'un futur lointain, il ne reste jamais en place. Aujourd'hui, dans le cadre de la collection pour la jeunesse « Ukronie », il se penche sur les descendants d'Alexandre le Grand.

     L'univers de La Reine des Lumières diverge lors d'un épisode célèbre, tenant davantage de la légende que du fait historique : l'histoire du nœud gordien. Ici, plutôt que de le trancher d'un coup d'épée, Alexandre consacre de longs mois à en découvrir le secret afin de le dénouer, accomplissant ainsi la prophétie qui lui permettra de s'emparer de l'Asie. La scène telle que Mauméjean la décrit, aussi amusante que peu crédible, permet de saisir l'esprit de ce roman. L'auteur se soucie moins de vraisemblance historique que des possibilités que lui offre la conquête de l'Inde par le Macédonien. Dans ces conditions, on ne s'étonnera guère que, vingt siècles plus tard, son empire continue de dominer le monde.

     A la place de la culture occidentale qui nous est familière, ce monde a vu s'imposer un modèle culturel mêlant des influences grecques et indiennes. La société est divisée en castes, allant des dirigeants aux parias, les principales religions sont consacrées à Apollon et Dionysos, l'empereur Sykander règne sur un domaine s'étendant de l'Europe aux confins de l'Asie. Le dépaysement est garanti.

     Après deux mille ans d'existence, l'empire d'Alexandre souffre de son immobilisme dans tous les domaines. La science et la technologie n'ont guère eu l'occasion de se développer, et même si Sykander fait figure de réformateur modéré, rien ni personne ne semble vouloir contester les fondements de cette société. Mais l'assassinat de l'empereur par son frère, le très conservateur Philippe, va remettre en branle les rouages de l'Histoire. Pour s'opposer aux projets du nouveau monarque, la Compagnie des Indes, gigantesque firme autant impliquée dans le commerce mondial que dans les arcanes politiciennes, prend le parti de Roxane, la fille de Sykander, et pour lui venir en aide fait appel à l'un de ses anciens agents, l'aventurier Thomas Drake. C'est sur ces deux personnages que va se focaliser La Reine des Lumières.

     A la complexité de l'univers décrit s'oppose la simplicité de l'intrigue. Passé le premier tiers du roman, consacré à la découverte de ce monde, parfois un peu laborieuse — les passages didactiques y abondent — , le rythme s'accélère et Mauméjean enchaîne les morceaux de bravoure : combats navals, escarmouches dans les montagnes afghanes ou batailles opposant des dizaines de milliers de guerriers ; les scènes spectaculaires se succèdent jusqu'au duel final. Entre deux poussées d'adrénaline, l'auteur continue d'interroger cette société et ses failles à travers une galerie de personnages souvent attachants, quelle que soit la cause qu'ils défendent.

     La Reine des Lumières est sans doute trop conventionnel dans son déroulement pour qu'on le range parmi les meilleures œuvres de son auteur. Il n'empêche que, par l'originalité de son cadre et l'énergie qu'y a insufflée Xavier Mauméjean, il constitue un excellent divertissement.

Philippe BOULIER
Première parution : 1/1/2010 dans Bifrost 57
Mise en ligne le : 7/7/2011


 
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