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Dæmone

Thomas DAY

Première parution : Saint-Mammès, Le Bélial, mai 2011


Illustration de MANCHU

BÉLIAL' (Saint-Mammès, France) n° (68)
Dépôt légal : mai 2011, Achevé d'imprimer : mai 2011
224 pages, catégorie / prix : 15 €
ISBN : 978-2-84344-104-2
Format : 13,0 x 19,9 cm  
Genre : Science-Fiction

Version révisée et rallongée de "Les Cinq derniers contrats de Daemone Eraser"


Autres éditions

Sous le titre Les Cinq derniers contrats de Daemone Eraser   BÉLIAL', 2001
Sous le titre Dæmone
   GALLIMARD, 2014

    Quatrième de couverture    
« Approchez. Regardez.
Tel est le pouvoir des Alèphes... »
 
     David Rosenberg est le « Golem de New Edo », le Dæmone Eraser, le démon revenu d’entre les morts qui efface ses victimes. Il est le Gladiateur le plus célèbre de l’Aire Humaine, une star sans équivalent dans l’histoire du Jeu, un combattant déjà mort n’ayant plus rien à perdre depuis qu’il sait sa femme plongée dans un coma dont elle ne reviendra pas. à moins qu’il ne tue à cinq reprises...
     « Pas d’innocent, pas d’enfant. Et tu retrouveras ta femme. Vivante. » Tel est le marché, le contrat faustien que lui propose l’Alèphe, un Guerrier du temps, l’une des plus mystérieuses créatures des Sept Berceaux, un géant insectoïde aux motivations impénétrables...
 
     Concentré de space opera, récit à mi-chemin entre La Horde Sauvage et La Geste des Princes-Démons, Dæmone est sans conteste le plus débridé des romans de Thomas Day.
 
     Thomas Day, auteur de nombreuses nouvelles et d’une douzaine de romans, dont La Voie du sabre, L’Instinct de l'équarrisseur et Le Trône d’ébène, a pas mal bourlingué ces dernières années, en particulier au Laos, en Thaïlande et au Cambodge. Quelque peu calmé depuis son ultime voyage, dont il est revenu marié, il a depuis posé son sac en banlieue parisienne et regarde pousser ses fils en menant de front sa carrière de romancier et ses activités d’éditeur.

    Sommaire    
 
    Critiques    
     Dæmone est la réédition largement remaniée et augmentée d'un roman précédemment paru en 2001 au Bélial', Les Cinq derniers contrats de Dæmone Eraser. Thomas Day s'explique dans l'entretien en fin d'ouvrage (que complète une bibliographie comme toujours indispensable d'Alain Sprauel) : la première mouture n'était pas assez claire sur les motivations des différents personnages, et il a travaillé sur la fluidité du roman. La fin précédente, un éclatement du temps qui se traduisait par un artifice un peu gratuit, deux colonnes narratives simultanées, a été gommée, et il a ajouté un prologue et un épilogue qui expliquent les agissements de Lhargo, mais sinon le cœur du livre est identique du point de vue du déroulement de l'action. Il y a également un travail de polissage du texte, avec suppression de termes un peu trop « marqués » (spatiodollars).
     Dæmone Eraser s'appelle de son vrai nom David Rosenberg ; il exerce la profession de Gladiateur, et excelle même dans sa catégorie. Il est déjà mort une fois, mais son esprit avait été passé au marbre, et il est donc revenu sous l'identité de Dæmone, encore plus fort, comme pour oublier le sort qui s'est abattu sur sa vie personnelle : sa femme Susan est morte alors qu'elle était enceinte. Son corps repose dans un cercueil cryogénique au domicile de Dæmone, qui ne peut se résoudre à lui dire au revoir. Aussi, lorsque Largo l'extraterrestre lui propose un marché permettant à terme de revoir Susan, Dæmone se jette sur l'occasion à corps perdu. Et ce même si sa part du marché consiste à éliminer cinq personnes dont il ne connaît rien...
     La trame globale du roman – cette mission amenant un homme à tuer cinq personnes – rappelle inévitablement la Geste des Princes-Démons, de Jack Vance, mais en diffère fondamentalement dans la motivation : pour Kirth Gersen, il s'agissait d'accomplir sa vengeance ; pour Dæmone, ce n'est qu'une monnaie d'échange lui permettant de redonner un sens à sa vie. Il n'a donc rien à perdre, et ses actes s'en ressentent fatalement : tout est guidé par son amour fou pour Susan, ce qui entraîne d'ailleurs Thomas Day sur un terrain où on n'a guère l'habitude de le voir, l'amour n'étant pas souvent le moteur premier des motivations de ses protagonistes ; il s'acquitte néanmoins de la tâche avec une certaine réussite.
     Parmi les autres influences du roman, l'auteur se réclame ouvertement de Sam Peckinpah ; on ne saurait lui donner tort, mais on peut aussi déceler sans mal une forte influence du cinéma asiatique, notamment hong-kongais et coréen, dans la maîtrise des scènes d'action. Car c'est bien là le but de l'auteur : procurer au lecteur un vrai plaisir de lecture, une série B qui se dévore (selon les termes de Day). Mission réussie : une fois le livre ouvert, on ne le lâche plus, et ce d'autant que Day a le bon goût de ne pas rallonger la sauce. La première version était sans doute trop courte, mais celle-ci, avec ses deux-cents pages environ, divertit sans radoter tout en restant crédible.
     Au final, Dæmone se révèle une jolie remise au goût du jour d'un des tout premiers romans de Thomas Day, un juvenile pop corn qui retrouve une certaine innocence, légèrement pervertie quand même (n'oublions pas que c'est Day qui tient la plume, et qu'il ne peut s'empêcher d'y ajouter un contenu sexuel explicite). On attendra donc avec une certaine impatience les prochains récits du cycle des Sept Berceaux – sur les vingt-six prévus par l'auteur, certains sont d'ores et déjà publiés – dont Dæmone constitue une mise en bouche plutôt savoureuse.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 5/6/2011 nooSFere


     Ce titre raccourci de Daemone témoigne du véritable travail de réécriture pratiqué par Thomas Day sur Les Cinq derniers contrats de Daemone Eraser, paru dix ans plus tôt. Au point qu'avec son début et sa fin remaniés, cet ouvrage ressemble plus à un autre livre qu'à une simple réédition —  comme l'affirme l'auteur lui-même.

     Daemone Eraser est un gladiateur, qui combat à mort pour le plaisir du public. Déjà décédé et ramené à la vie une fois, il sait que son prochain trépas sera définitif. Mais il n'a plus rien à perdre depuis que son épouse git dans le coma. Bref, tout va mal pour notre héros, jusqu'au jour où un mystérieux individu, un mythique guerrier du temps Alèphe, lui propose un marché : cinq morts pour une vie, cinq contrats pour retrouver sa femme dans un monde parallèle. Daemone sait qu'il signe un pacte faustien, mais peut-il refuser ?

     Roman d'action mené tambour battant, Daemone se rapproche de L'école des assassins écrit en collaboration avec Ugo Bellagamba. Très rapides, bien construits et très cinématographiques, ces deux livres ont pour point commun de se dévorer d'une traite avec jubilation. Cependant, contrairement au roman à quatre mains Daemone bénéficie d'une dimension psychologique plus étoffée. Thomas Day construit par petites touches, l'air de rien, son personnage. Daemone n'est pas qu'un simple gladiateur sans peurs ni remords. Sa mission le fait se questionner sur ses motivations, sur la valeur de la vie (cinq morts pour une vie ...), sur sa propre existence depuis que sa femme n'est plus là. Bref, le héros s'interroge pour se révéler au final un être plus complexe.

     Et même si on ne ressent pas la puissance narrative du Thomas Day que l'on peut lire dans La Cité des crânes, on perçoit ici tout son amour pour les mauvais genres du cinéma, et notamment pour ces séries B auxquelles il a voulu rendre hommage (« la critique dira si Daemone est une série B réussie ou pas. Voilà pour le challenge. » dixit le romancier dans sa très intéressante postface). Ainsi, c'est une autre facette de l'auteur qu'on découvre dans cette histoire, pas le Thomas Day amoureux de l'Asie et de ses mystères, mais l'aficionado de SF d'aventure. Daemone est un « clin d'œil au lecteur de douze ans que j'ai été » (conseil personnel : ne pas mettre dans les mains d'un gamin de douze ans quand même).

     Roman honnête dans le sens où le lecteur y trouve ce qui est promis — du rythme et de l'énergie — , Daemone offre en plus une petite surprise en ne se résumant pas à un simple récit d'action. Sans se prétendre le meilleur texte de l'auteur, plus efficace dans des formats courts, voilà assurément un bon roman de détente.
     La série B est réussie, M. Day.

Gaëtan DRIESSEN
Première parution : 19/7/2011 nooSFere


     David Rosenberg, célèbre gladiateur de l'Aire Humaine, n'éprouve plus aucun goût pour la vie depuis que Susan, son épouse, repose dans un caisson d'animation suspendue dans un coma définitif. C'est probablement ce qui lui permet de vaincre. Mais voilà que Lhargo, un Alèphe issu de la plus ancienne des civilisations, aux pouvoirs incommensurables, parmi lesquels la maîtrise du temps, et observateur des mœurs humaines, lui propose un contrat, à savoir le transférer dans un univers alternatif où sa bien-aimée est vivante et en bonne santé, en échange de cinq meurtres, uniquement de personnes qui ne méritent pas de vivre au vu de leur passif. Aidé de Kimoko, une femme plus tout à fait humaine, uberkriegerisch taillée pour le combat, séduisant garde du corps qui l'aime en vain, et de l'homme-chat Gilrein, mercenaire doublé d'un as de la technique, il exécute un à un ses contrats, pas toujours de la façon prévue. Les tentatives pour approcher la victime comme le détail des événements réservent quelques belles surprises.

     L'ensemble est enlevé, bien rythmé, avec les doses d'adrénaline attendues mais aussi une dimension psychologique qui place le récit sur un plan plus ambitieux : les victimes, malgré les horreurs commises, méritaient-elles vraiment la mort, au point de leur retirer la possibilité de se racheter ? Peut-on fonder l'amour, aussi sincère et profond soit-il, sur le meurtre ? Qui sera cette autre Susan d'un univers parallèle et devra-t-elle savoir ce qu'il a fait pour elle ? La fin fournit la conclusion appropriée, en revenant également sur les motivations de l'Alèphe à l'origine du contrat.

     Les Cinq derniers contrats de Daemone Eraser, paru en 2001 (même éditeur), a été entièrement réécrit pour la circonstance, approfondissant plus particulièrement les personnages tout en gardant leur côté « brut de décoffrage » propre aux héros d'aventures. Si le récit ne change guère sur le fond, il est à présent enchâssé de façon plus visible dans l'univers des Sept berceaux que Thomas Day a entre-temps développé au fil de nouvelles — il était à peine mentionné dans la première édition. La fin abandonne également, l'auteur seul sait pourquoi, la mise en page soulignant la poursuite du récit dans deux trames différentes, détail intéressant puisqu'il s'achève cette fois sur une fin unique, réduisant les possibles au choix, forcément douloureux et contraignant, quel qu'il soit, signe de la maturité et de l'évolution du personnage.

     L'ensemble est bien rythmé, mené sur un rythme soutenu, et contient un certain nombre de références à des auteurs de SF (Silverberg, Zelazny), le tout dans l'esprit des films à la Sam Peckinpah et La Horde sauvage, de l'aveu même de l'auteur dans la longue interview qui fait suite au récit. Son but assumé est de faire plaisir et de se faire plaisir en retrouvant l'excitation un peu naïve qui accompagnait les westerns galactiques de jadis. Pari réussi, voire davantage, car Daemone est quand même un cran au-dessus d'un space op' sans prétention.

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/10/2011 dans Bifrost 64
Mise en ligne le : 21/2/2013

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition BÉLIAL', (2002)


     « Créer des êtres qui tiennent plus du mythe que de la réalité, les aider à prendre conscience de leur potentiel, les sculpter pour façonner l'histoire, lui donner une esthétique préméditée, éloignée du chaos. Telle est ma vision. Tel est le Projet. » (p.6)

     Susan, la femme David Rosenberg, est tombée dans un coma irréversible et on la maintient artificiellement en vie. Rendu à demi fou par cette perte, David, qui se fait désormais appeler Daemone Eraser, est devenu une sorte de gladiateur qui noie son chagrin dans une violence démesurée, tuant sans pitié ses adversaires sous les yeux de milliards de spectateurs.
     Lui-même est déjà mort une fois, mais son clone a pris la suite. Ironie du sort, les lois bioéthiques interdise que Susan soit clonée tant qu'elle est en vie, et David ne peut se résoudre à la débrancher, ce qui pourtant lui rendrait du même coup l'être aimé.
     Un jour, un Alèphe nommé Lhargo, un guerrier du temps, serviteur de l'Equilibre, propose un marché à David. Susan peut lui être rendue, à condition qu'il élimine cinq personnages. Cinq individus aussi dissemblables que possible, mais qui tous menacent l'Equilibre.

     Les cinq contrats constituent cinq parties si différentes qu'elles forment de véritables nouvelles à l'intérieur du roman. Chaque meurtre se déroule dans des lieux de plus en plus spectaculaires et dans les conditions les plus diverses  : on retrouve dans ces récits abrupts et colorés, l'écriture rapide et incisive des textes les plus percutants de l'auteur.

     On pourrait crier à la violence gratuite. Eh bien, non. Si la violence est omniprésente chez Thomas Day, elle n'est jamais gratuite, pour autant qu'elle puisse l'être chez qui que ce soit. A la fois révolte contre l'absurdité de l'univers et refuge contre le désespoir, la violence sert de cri et d'exutoire. David n'est rien d'autre qu'un être anéanti par l'injustice d'un pseudo deuil prématuré, incapable de l'accepter mais aussi impuissant à retourner cette violence contre lui en se suicidant ou contre la comateuse en la débranchant. Cet amour vous paraît excessif  ? Il est à la mesure des amours mythiques, et David, tel Orphée, est prêt à braver les Enfers pour retrouver son Eurydice  : « Ce qui compte... ce n'est pas tant qu'il meure, ça n'a même guère d'importance. Ce qui compte c'est que vous le tuiez pour retrouver Susan. Qu'un mythe contemporain naisse de votre histoire d'amour, des cinq vies que vous allez prendre pour moi. » (p.26)

     Bien que l'auteur ait un sens exacerbé du spectacle, les meurtres qui s'enchaînent n'ont donc pas seulement une fonction anecdotique et distractive, , ni même celle de ramener l'univers vers un quelconque Equilibre cosmique. Ils servent avant tout à la rédemption du personnage, le conduisant à un travail de deuil paradoxalement tout à fait inhabituel dans le cadre d'un mythe. Au dénouement, ce que retrouve David, manipulé par l'Alèphe, est très différent du but fixé  : il regagne un peu d'humanité.
     Le space opera violent et ravageur se transforme alors en une fable dont la leçon hautement morale peut surprendre de la part d'un auteur qui passe volontiers pour un provocateur (voir la critique de son recueil Sympathies for the devil). Pour terminer, le récit se dédouble, nous proposant sur deux colonnes des issues différentes  : n'oublions pas que l'Alèphe contrôle le temps !

     Comme on le voit, ce court roman est certes bourré d'action, mais la moralité sous-jacente à cette légende spatiale est beaucoup plus sensible que le thème ne le laissait présager. Voilà cent quatorze pages qui valent assurément le détour, bien plus que beaucoup d'ouvrages plus longs.

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 1/2/2002
nooSFere


 

Edition BÉLIAL', (2002)


     Le nom transparent de Daemone Eraser est lié à son activité de combattant des arènes, domaine où il excelle, peut-être parce qu'il n'attend plus rien de la vie depuis que son épouse repose dans un caisson d'animation suspendue. C'est alors qu'un Alèphe, créature qui maîtrise le temps, lui propose de vivre à nouveau avec sa compagne en échange de cinq meurtres. Des individus qui, l'Alèphe le garantit, méritent la mort... Eraser n'hésite pas longtemps. Avec Kimoko, la garde du corps qui l'aime en vain, et l'homme-chat Gilrein, également à son service, il se rend sur les planètes où l'attendent ses « contrats ».

     Ceux qui supposent que cette trame très linéaire ne sert que de prétexte à de spectaculaires combats seront surpris de voir avec quelle habileté Thomas Day en fait le support de propos plus ambitieux exposés par petites touches très adroites. Existe-t-il une peine, si grande soit-elle, qui justifie qu'on s'interdise de vivre ? Peut-on fonder un amour, même absolu, sur des meurtres, fussent-ils légitimes ? Le sont-ils justement, alors qu'il s'agit de personnes paumées ou qu'une erreur a transformé en monstres, et en sachant que tant que quelqu'un a un souffle de vie il lui reste une chance de se racheter ? L'art d'aimer est le plus difficile ; cette philosophie de la vie que Thomas Day expose sans prétention est en réalité la trame cachée de ce roman qui marie intelligemment aventure et réflexion.

     On apprécie également l'artifice de mise en page de la double conclusion, qui offre au héros d'explorer les existences entre lesquelles il a toujours balancé ; il revient au lecteur, également partagé entre ces deux solutions, de trancher, selon son tempérament.

     Les Rêves de guerre, ce péché de jeunesse publié dans le même intervalle (chez Mnémos), permet de mesurer le parcours de Thomas Day, du récit d'aventures à la violence gratuite vers plus de psychologie et de maturité. Un bon texte.

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/1/2002
dans Bifrost 25
Mise en ligne le : 8/9/2003




 
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