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Tant que nous n'aurons pas de visage

C. S. LEWIS

Titre original : Till We Have Faces, 1956
Première parution : Angleterre, Londres : Geoffrey Bles, 1956 / États-Unis, New York : Harcourt, Brace & Company, 1956
Traduction de Marie de PRÉMONVILLE
Illustration de Sébastien CERDELLI

Anne CARRIÈRE
Dépôt légal : septembre 2011
Roman, 328 pages, catégorie / prix : 20.50 €
ISBN : 978-2-84337-617-7
Genre : Fantasy


Autres éditions

Sous le titre Un visage pour l'éternité   L'ÂGE D'HOMME, 1995
Sous le titre Tant que nous n'aurons pas de visage
   Anne CARRIÈRE, 2011
Sous le titre Un visage pour l'éternité
   LIVRE DE POCHE, 2007

Quatrième de couverture
     Lorsqu'il acheva le dernier volume des Chroniques de Narnia, Clive Staples Lewis (1898-1963) était loin de se douter qu'elles feraient de lui un grand nom de la littérature pour la jeunesse, domaine qui ne recouvrait qu'une partie de son oeuvre romanesque et théologique.
     Membre, avec son ami JRR Tolkien, du très sélect groupe des Inklings d'Oxford, Lewis, malgré le succès de Narnia, a toujours considéré Tant que nous n'aurons pas de visage comme sa plus grande réussite littéraire et intellectuelle. Ce conte philosophique, adaptation du mythe de Cupidon et Psyché (tiré des Métamorphoses d'Apulée), est une réflexion subtile et atemporelle sur les questions de l'obscurantisme, de la grâce et du libre arbitre.
     Orual, fille aînée d'un roi barbare, retrace son parcours sous la forme de confessions adressées à des « hommes plus sages », dans l'espoir qu'ils pourront un jour juger de la vindicte qui l'oppose aux dieux. Eduquée à la philosophie par son mentor grec, l'enfant a développé très tôt un esprit de résistance aux croyances du royaume, dominé par le culte tyrannique de la déesse Ungit. Foi, trahison et repentir rythment le récit de ses bouleversantes réminiscences, marquées par le sacrifice de sa demi-soeur et par sa propre accession au trône.
Critiques des autres éditions ou de la série
Edition LIVRE DE POCHE, Fantasy (2007)

     A l'instar des pains dans le pays de Canaan, on assiste, dans nos contrées, à la multiplication des collections de poche dédiées à la fantasy. Après les éditions du Seuil, c'est au tour du Livre de Poche de proposer la sienne, lancée, comme cela devient une habitude, à grand renfort de publicité et avec une mise en place tapageuse en librairies. Ce ne sont pas moins de cinq titres qui déboulent dans le paysage, déjà saturé, de la fantasy. Rien que des rééditions, des débuts de cycle et quelques « one-shots ». La routine, en somme. Alors, puisqu'il faut bien juger sur pièces et au cas où la perle rare se cacherait dans ce premier lot, commençons par le roman le plus ancien : celui de C. S. Lewis.

     Bien moins connu en France que son collègue et néanmoins ami J. R. R. Tolkien, C. S. Lewis [1898-1963] est pourtant, en Grande-Bretagne, une célébrité. Il faut croire que l'adaptation cinématographique de Le Lion, la sorcière blanche et l'armoire magique et le coup de pouce de J. K. Rowling ont contribué à le sortir de l'ombre de Tolkien où il moisissait sous nos longitudes. Bref, c'est ici la réédition d'un roman paru initialement aux éditions L'Age d'Homme en 1995, qui nous revient sous une illustration de couverture tout simplement hideuse. Ceci étant énoncé, venons-en maintenant au livre. Un visage pour l'éternité est présenté par l'auteur comme un mythe gréco-romain réinterprété : celui de Psyché et Eros. Pour les très irrespectueux lecteurs de Bifrost, précisons que la version de cette histoire, qui se rapproche beaucoup d'un conte — d'ailleurs, on y reconnaît des éléments empruntés par quelques contes postérieurs, notamment celui de « Cendrillon » — , est relatée dans l'ouvrage d'Apulée L'Ane d'or ou les métamorphoses. Histoire de résumer ce mythe, disons qu'il s'agit d'une histoire d'amour contrarié (celui de Psyché et d'Eros) et de jalousie (celle de la déesse Aphrodite puis des deux sœurs de Psyché). Le tout se termine évidemment bien pour les deux amants. Ajoutons, détail qui a son importance pour la suite de cette chronique, que les philosophes néo-platoniciens virent dans le mythe de Psyché la promesse d'une renaissance, d'une vie future après la mort et d'un bonheur éternel.

     C. S. Lewis transpose le canevas de cette histoire dans un royaume barbare oriental : le royaume de Glome. Le récit nous est narré à la première personne par la fille aînée du roi de Glome, Orual, qui, en conséquence, devient le personnage principal : première différence — mais pas la seule — avec le mythe originel. Sous sa plume, le pays imaginaire qu'elle habite se pare d'une vraisemblance envoûtante que viennent renforcer des éléments empruntés à la réalité : le nom de lieux lointains (la Perse et la Grèce) et celui de personnages historiques (Socrate, Homère) ; des références à des récits mythologiques et à la philosophie hellène. L'ensemble donne une vague indication sur l'époque où est sensée se dérouler le récit. Justement, puisqu'on en parle, celui-ci est centré sur la vie d'Orual et la tragédie personnelle qui a déterminé sa destinée. C'est là l'une des forces du roman, car le point de vue d'Orual, son interaction avec les acteurs de son histoire intime, ne rendent que plus poignant le récit de ses souffrances, de ses doutes et de son désir de justice.

     Cependant, derrière ce drame humain se détache en filigrane une œuvre très proche des textes apologétiques de C. S. Lewis. En effet, ne nous voilons pas la face, Un visage pour l'éternité est une manière pour l'auteur de défendre sa foi chrétienne. Le dispositif narratif qu'il met en place est sur ce point transparent. La première partie présente les éléments du réquisitoire de Orual. En gros, si les puissances divines sont bonnes et toutes-puissantes, elles ne peuvent tolérer la souffrance de leurs créatures. Or, durant son existence, Orual ne va cesser d'être accablée par les malheurs. Laide de naissance mais appelée à succéder à son père, elle se décharge de son amour sur sa sœur benjamine, belle et adorable — elle ne va pas tarder à être adorée par le peuple aussi, d'ailleurs — , et noue une relation de complicité intellectuelle avec Le Renard, un grec érudit réduit en esclavage par son père. Mais sa sœur lui est ravie par les dieux jaloux, déséquilibrant l'harmonie de son existence. Elle ne songe plus alors qu'à se venger de ceux-ci, car, si leurs créatures souffrent, c'est que les dieux ne sont soit pas bons, soit pas tout-puissants, voire les deux à la fois. Et s'ils sont nuisibles, ils ne méritent que d'être condamnés. Ainsi, aux trois-quarts du livre, la sentence finit par tomber : si les dieux ne répondent pas à l'accusation d'Orual, c'est qu'il n'ont pas de réponse.

     Puis, la seconde partie débute et avec elle, évidemment, la révélation. Convoquée magiquement devant les dieux, Orual peut enfin leur faire part, sans intermédiaire, de ses récriminations et espérer une réponse. Bien entendu, la plainte est la réponse, car en la formulant, Orual se rend compte de l'inanité de celle-ci. En fait, si les dieux ne répondent pas à Orual, c'est que leur existence est la seule réponse à toutes les questions. Ce n'est qu'au seuil de la mort qu'Orual perçoit cette vérité. Elle peut alors partir en paix.

     Arrivé au terme de cette chronique, il faut donc se rendre à l'évidence. Un visage pour l'éternité est une réussite en matière de réinterprétation mythique. Mais en même temps, C. S. Lewis met son érudition au service d'une foi, certes sincère, mais par trop moralisatrice et qui donne l'impression de lire une profession de foi pour catéchumène. Qu'ajouter de plus face à cet assaut de religiosité ? Ah oui, retournez lire James Morrow.

Laurent LELEU
Première parution : 1/7/2007
dans Bifrost 47
Mise en ligne le : 10/11/2008

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