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La Longue Terre

Stephen BAXTER & Terry PRATCHETT

Titre original : The Long Earth, 2012

Cycle : La Longue Terre vol.

Traduction de Mikael CABON
Illustration de LERAF

L'ATALANTE (Nantes, France), coll. La Dentelle du Cygne n° (334)
Dépôt légal : mai 2013
384 pages, catégorie / prix : 6
ISBN : 978-2-84172-637-0   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Dans les vestiges calcinés du domicile d’un scientifique discret, l’agent Monica Jansson découvre un curieux gadget : un boîtier abritant du fil de cuivre, un commutateur et... une pomme de terre. Ce « Passeur » est la porte d’entrée universelle que tout un chacun peut fabriquer pour accéder à une infinité de Terres parallèles sans présence humaine : il suffit d’un pas, un seul pas, vers l’est ou vers l’ouest.
     La découverte de cette « Longue Terre » sans limites va bouleverser à jamais l’humanité. Si une ère nouvelle s’ouvre aux pionniers, les gouvernements sont moins enthousiastes à la perspective de tous ces mondes incontrôlables. Et que de questions sans réponse !
     Auxquelles certains vont s’atteler. La plus improbable des missions d’exploration se prépare. À bord d’un dirigeable prennent place Josué Valienté, un jeune homme doué du talent de passer d’un monde à l’autre sans assistance mécanique, et Lobsang, une intelligence artificielle extravagante qui fut un réparateur de motocyclettes tibétain dans une vie antérieure. Un voyage aux confins de la Longue Terre les attend...

     Deux des plus grands noms des littératures de l’imaginaire, Terry Pratchett et Stephen Baxter, se sont associés pour composer ce roman virtuose. « Tout est possible de la part d’un excentrique, disait Jules Verne, surtout quand il est anglais. » Alors, s’ils sont deux...
 
    Critiques    
     Une œuvre signée en commun par Stephen Baxter et Terry Pratchett a de quoi exciter le lectorat. Tout d'abord parce qu'on ne présente plus les deux auteurs, parmi les plus marquants écrivains anglais de ces dernières décennies. Ensuite, parce que chacun s'est déjà adonné à l'écriture à quatre mains : Pratchett avec Neil Gaiman pour De bons présages, Baxter avec Arthur C. Clarke pour L'œil du temps. Enfin, et surtout, parce qu'on est très curieux de savoir ce que peut donner l'alliance entre Baxter, auteur très rigoureux qui attache une grande importance à la cohérence scientifique, et Pratchett, qui laisse libre cours à son imagination, jusqu'aux limites du nonsense (même si son univers reste d'une cohésion certaine).
     La Longue Terre du titre, c'est la découverte, un jour, d'une profusion de Terres parallèles à la nôtre. Par des univers parallèles comme on le conçoit habituellement, avec un décalque de notre société, parfois légèrement différent. Les nouveaux mondes de la Longue Terre sont pour la plupart vierges de toute présence humaine, il s'agit d'une extension de la planète telle que nous la connaissons, de nouveaux territoires à découvrir. Seule restriction : pour s'y rendre, il faut se munir d'un « Passeur », artefact inventé presque par hasard, et qui repose sur une pomme de terre comme source d'alimentation ! On trouve également quelques Passeurs-Nés, des personnes possédant la faculté de basculer d'un monde à l'autre sans aide d'aucune sorte. Josué est l'un de ces passeurs ; solitaire, voire asocial, il a déjà une solide réputation d'explorateur des Terres parallèles quand il est approché par une grosse entreprise, pour servir de guide à une intelligence artificielle nommée Lobsang – garagiste tibétain dans une vie précédente – dans la prospection des mondes supplémentaires.
     On imagine assez facilement – mais peut-être a-t-on complètement tort ? – comment les rôles se sont répartis pour développer l'intrigue de ce livre. Le postulat de départ est en effet très mathématique, présentant des axiomes incontournables : une infinité de Terres parallèles, où l'être humain n'a jamais pénétré, mais qui présentent des différences liées aux conditions environnementales, astronomiques et climatiques ; le fer non allié ne peut passer d'un monde à l'autre, ce qui oblige à redévelopper les moyens de production ou à en imaginer d'autres. Ces univers vont cristalliser tout un tas de conséquences, comme par exemple la protection des biens et des personnes (comme on bascule entre les mondes sans changer de position, il suffit pour aller voler quelque chose situé à un endroit A, de passer dans un monde parallèle, de se rendre à l'exact équivalent de l'endroit A, puis de revenir dans notre monde), l'évolution de la notion de propriété, une nouvelle ruée vers l'or, la recherche de matières premières supplémentaires... On imagine sans mal que Baxter s'est chargé de la vérification de la cohérence globale vis-à-vis de ces points, comme de l'idée d'un événement qui se propage d'un univers à l'autre, sorte d'onde de choc ou de fonction de déformation de ces mondes a priori indépendants à l'origine. Pratchett a quant lui apporté son sens du saugrenu, avec des idées dont il a le secret (au premier rang desquelles le chant des trolls), et des dialogues à haute teneur en décrispation zygomatique (les échanges entre Josué, Lobsang, et Sally), et qui font l'essentiel du roman.
     Car La Longue Terre, c'est surtout la description du voyage entre les mondes des deux hommes, l'artificiel et l'organique, à bord d'un zeppelin. Un voyage où il ne se passe pas grand-chose, puisqu'il s'agit surtout d'observer les Terres traversées, sans nécessairement intervenir (bien sûr, Josué et Lobsang ne pourront pas s'en empêcher de temps à autre). Et, la plupart du temps, pour peu qu'il y ait un tantinet d'action dans un monde, celle-ci est oubliée aussitôt passée dans le monde d'à-côté, puisqu'ils sont théoriquement totalement découplés. Du coup, le livre est surtout consacré aux discussions de Josué et Lobsang, tantôt philosophiques, tantôt beaucoup plus pragmatiques, et qui font office de liant le long du voyage. Souvent très drôles, elles font inévitablement penser à un classique du nonsense anglais : le Guide Galactique de Douglas Adams. La comparaison est évidente (sans doute même un peu trop pour réellement apprécier ce livre sans ressentir un léger malaise), et les auteurs y font d'ailleurs référence à travers le titre d'un ouvrage intitulé Pas de panique !. Comme dans l'œuvre d'Adams, les rencontres les plus improbables se produisent, et sont autant de raisons d'alimenter les considérations des deux voyageurs, qui ont ainsi tendance à accaparer l'attention et à occulter les autres aspects (les développements logiques de la découverte de ces Terres). Le lecteur hésite ainsi entre un plaisir assez jouissif à suivre les digressions comico-philosophiques de Josué et Lobsang et un ennui qui s'installe insidieusement en l'absence d'enjeu réel. En outre, la gestion de certains personnages laisse à désirer, car ils ne sont convoqués que quand ils servent le propos des auteurs, disparaissent entre temps sans que l'on comprenne pourquoi, et ne dégagent ainsi aucune épaisseur.
     Au final, ce livre laisse sur sa faim : s'il n'est pas désagréable et procure quelques éclats de rire bienvenus, l'ennui n'est jamais très loin. On attendait mieux d'une association Baxter/Pratchett.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 28/8/2013 nooSFere


Voyager dans des mondes parallèles, c’est possible et d’une facilité déconcertante. On se demanderait presque pourquoi personne n’y a pensé avant ! Seules suffisent quelques composants électroniques et, surtout, une pomme de terre. Et voilà un « Passeur », porte ouverte pour des milliers de Terres. Des mondes vierges de toute présence humaine. Quelle aubaine pour les chercheurs d’or et autres explorateurs ! Quelle catastrophe pour la société telle qu’elle existait ! Les opportunités sont formidables, les bouleversements irrémédiables. Car chaque personne peu satisfaite de son existence (et il y en a plus d’une !) fait ses bagages et tente un nouveau départ, laissant derrière elle les impôts, dettes et autres tracas de la vie quotidienne.

Mais tout le monde ne pense pas qu’à s’enrichir, ou à créer une nouvelle société plus conforme à ses désirs en repartant à zéro. Certains essaient de comprendre ce qu’est cette longue Terre, cette infinité de planètes qui prolongent le berceau de l’Humanité. Sont-elles infinies ou existe-t-il une limite, une origine ? Pourquoi le fer, ce matériau essentiel, ne passe-t-il pas d’un monde à l’autre ? Et, surtout, quelle menace se profile, terrible, effrayante, derrière certains phénomènes étranges de plus en plus fréquents ?

Lobsang, une intelligence artificielle d’une puissance phénoménale et à l’humour très particulier (merci Terry Pratchett), affrète un dirigeable hyper technologique et part en quête de réponses. Elle s’adjoint les services de Josué Valienté, un jeune homme tout aussi spécial. Il est ce qu’on appelle un passeur né. Pour lui, nul besoin de machine, ni même de patate. Pour lui, pas de nausée après chaque passage. Traverser les mondes est aussi simple qu’éternuer ou respirer. Et le voyage commence, l’occasion pour le lecteur de rencontres savoureuses : des cités nouvellement bâties, des peuples étranges, des animaux fabuleux…

Mais tout cela est bien lent à se mettre en place. Même si le roman est le premier d’une série (le deuxième tome est d’ailleurs paru en juin dernier en VO), même si on se place donc dans le long terme, il est frustrant de devoir attendre la moitié du roman pour se dire qu’on entre enfin dans le vif du sujet. Les questions évoquées sont passionnantes : comment se créent de nouvelles sociétés ? Quelles conséquences pour la nôtre ? Comment réagir face à un tel bouleversement ? Mais, outre le début plus que poussif, La Longue Terre ressemble plus, sur d’interminables passages, à une galerie de mondes parallèles, avec ses descriptions d’animaux phénoménaux, ses plantes exotiques. Sans but apparent que d’occuper l’espace. Si tout pouvait être aussi rythmé que la fin !

Deux grands noms des littératures de genre qui s’associent dans le cadre d’un roman commun, finalement, ça fait saliver autant que ça inquiète. Chacun peut, bien sûr, s’appuyer sur les talents de l’autre et les mettre en valeur, rebondir sur les idées de son comparse et entraîner le lecteur vers des sommets : ça, c’est De bons présages (qui réunit Pratchett et Gaiman). Mais ils peuvent aussi se neutraliser, ne gratifiant le texte que de l’ombre d’eux-mêmes : ça, c’est La Longue Terre. Le ton mordant de Terry Pratchett, mondialement connu pour son cycle du « Disque-Monde » à l’humour ravageur, ne se retrouve que de temps en temps, plus diffus, plus inoffensif. La force de Stephen Baxter, sa capacité à susciter des voyages ébouriffants, vertigineux (ainsi, dernièrement, dans Accrétion aux éditions du Bélial’) sont atténuées. Bref, un premier voyage en longue Terre bien… long, justement ; de quoi attendre la suite avec un soupçon d’inquiétude… 


Raphaël GAUDIN
Première parution : 1/10/2013 dans Bifrost 72
Mise en ligne le : 3/2/2019


 
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