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Le Soleil liquide et autres récits fantastiques

Alexandre KOUPRINE


Traduction de Patrice LAJOYE & Viktoriya LAJOYE
Illustration de (non mentionné)

LES MOUTONS ÉLECTRIQUES , coll. Le Rayon vert
Dépôt légal : 2013
Recueil de nouvelles, 192 pages, catégorie / prix : 17 €
ISBN : 978-2-36183-124-0
Format : 17,0 x 21,0 cm  

Mois de parution : novembre.



    Quatrième de couverture    
     De nos jours, le progrès scientifique est le moteur du progrès social. Mais s’accompagne-t-il d’un progrès moral ? Quand un génial inventeur se propose de liquéfier la lumière du soleil pour en faire une énergie inépuisable, se rend-il compte que de bêtes sentiments humains peuvent faire échouer son projet ?
     Dans bien des siècles, les derniers nobles seront parqués, tandis que les anciens révolutionnaires en viendront à regretter ces illustres temps d’action où il était possible de faire le sacrifice de soi-même.
     Dans un lointain passé, les rois étaient, bons, ou sots, ou cruels, mais ils étaient rois et donc respectés, même quand le sort s’acharnait sur eux.

     Alexandre Kouprine (1870-1938), régulièrement considéré comme le « Maupassant russe » est principalement connu comme auteur réaliste, cru, voire cruel. Ses romans comme La Fosse aux filles ou Le Duel ont fait date et ont largement écorné le mythe de l’ « âme russe ». Cependant, comme tout auteur du début du XXe siècle, il a également touché au fantastique, à la science-fiction et même au merveilleux, avec un sens achevé de la parabole. Ce sont ces textes hors normes que nous rassemblons ici, dans une anthologie qui, si elle n’est pas exhaustive, se veut représentative de la diversité de palette de l’auteur.

    Sommaire    
1 - Patrice LAJOYE & Viktoriya LAJOYE, Préface, pages 5 à 14, préface
2 - Le Foudre (Vinnaâ bocka. Grotesk), pages 17 à 27, nouvelle, trad. Henri MONGAULT rév. Patrice LAJOYE & Viktoriya LAJOYE
3 - Une mission officieuse (Neglasnaâ reviziâ), pages 29 à 44, nouvelle, trad. Paul DE CHÈVREMONT rév. Patrice LAJOYE & Viktoriya LAJOYE
4 - L'Épouvante (Užas), pages 45 à 50, nouvelle, trad. Paul DE CHÈVREMONT rév. Patrice LAJOYE & Viktoriya LAJOYE
5 - Le Soleil liquide (Židkoe solnce), pages 51 à 107, nouvelle, trad. Henri MONGAULT rév. Patrice LAJOYE & Viktoriya LAJOYE
6 - La Justice mécanique (Mehaniceskoe pravosudie), pages 109 à 119, nouvelle, trad. Patrice LAJOYE & Viktoriya LAJOYE
7 - Le Toast (Tost), pages 121 à 125, nouvelle, trad. Patrice LAJOYE & Viktoriya LAJOYE
8 - Le Paradis (Raj), pages 127 à 131, nouvelle, trad. Patrice LAJOYE & Viktoriya LAJOYE
9 - Le Parc royal (Korolevskij park), pages 133 à 139, nouvelle, trad. Patrice LAJOYE & Viktoriya LAJOYE
10 - Le Roi des moineaux (Vorob'inyj car'), pages 141 à 151, nouvelle, trad. Henri MONGAULT rév. Patrice LAJOYE & Viktoriya LAJOYE
11 - L'Étoile bleue (Sinââ zvezda), pages 153 à 166, nouvelle, trad. Patrice LAJOYE & Viktoriya LAJOYE
12 - Le Baiser oublié (Zabytyj poceluj), pages 167 à 169, nouvelle, trad. Patrice LAJOYE & Viktoriya LAJOYE
13 - Le Bonheur (Scast'e), pages 171 à 173, nouvelle, trad. Henri MONGAULT rév. Patrice LAJOYE & Viktoriya LAJOYE
14 - Une légende (Legenda), pages 175 à 178, nouvelle, trad. E. CEKHANAVSKI rév. Patrice LAJOYE & Viktoriya LAJOYE
15 - Patrice LAJOYE & Viktoriya LAJOYE, Bibliographie française, pages 179 à 185, bibliographie
 
    Critiques    

            On connaît le goût des Moutons électriques pour les textes anciens. Le genre d’œuvres propre à émouvoir l’amateur d’antiquités chinées sur un bout de trottoir. En créant la collection « Le Rayon vert », l’éditeur lyonnais a choisi de se faire plaisir, ne cachant pas sa volonté de rendre à nouveau disponible quelques classiques de la littérature populaire. Des titres voués à prendre la poussière dans le grenier au lieu de trouver place sur les étalages des librairies. Des auteurs auxquels l’éditeur apporte toute son attention, leur offrant l’écrin d’une collection soignée. Bref, des beaux objets, accompagnés de préfaces et de bibliographies bien utiles au néophyte. Avec Le Soleil liquide, l’éditeur s’est adressé à Viktoriya et Patrice Lajoye (à moins que ce ne soit l’inverse), deux spécialistes de littérature populaire russe responsables des révisions de traduction des frères Strougatski chez « Lune d’encre », et pouvant s’enorgueillir d’autres projets, notamment chez Mnémos et Rivière blanche. Autant dire tout de suite que l’on n’est pas déçu un instant par la sélection des anthologistes où les inédits flirtent avec quelques rééditions.

            En dépit d’un nombre déplorable de coquilles, le recueil se révèle très agréable à lire. Un charme suranné imprègne les pages de l’ouvrage, du genre à refléter son époque sans en accuser l’âge. Le ton satirique de l’auteur russe n’est sans doute pas étranger à ce fait. Il fait merveille dans les nouvelles au style plus réaliste comme « Le Foudre » ou « Une mission officieuse », mais il n’est pas négligeable dans les contes et textes ressortissant à un merveilleux-scientifique que n’aurait pas renié Maurice Renard. Si la comparaison avec Maupassant ne paraît pas abusée, à la différence de l’auteur français, le Russe ne craint pas de s’aventurer dans le domaine de la conjecture scientifique. « La Justice mécanique », mais surtout « Le Soleil liquide » s’imposent ainsi comme des récits dignes de figurer parmi les meilleurs précurseurs du genre. Alexandre Kouprine y affiche une clairvoyance admirable, un peu à contre-courant de l’époque, sur la notion de progrès scientifique, démontrant par la fiction qu’il s’agit d’un processus trop aléatoire entre les mains de l’homme. À ses yeux, le plus grand Bien de tous masque trop souvent des visées entachées par la bassesse. L’humanité n’est définitivement pas à la hauteur de ses inventions.

            Observateur désenchanté de son siècle et des bouleversements de sa patrie natale dont il s’est exilé, Kouprine n’est pas dupe des promesses d’utopie. La nouvelle « Le Toast » décrit la fin de l’Histoire à l’ombre du bonheur mondial. Une euphorie très vite teintée d’ennui. Il réserve toutefois ses plus vives critiques à l’aristocratie et aux bolchéviques. Dans « Le Parc royal », il imagine une sorte de zoo où seraient parqués, comme des curiosités, les derniers souverains, princes et autres fins de race. Écrite sur un mode touchant, non dépourvu d’ironie, la nouvelle fait mouche. De son côté, « Le Paradis » se présente comme un fragment de manuscrit écrit par un journaliste amené à enquêter sur le territoire de la Commune de toute la Russie. On y découvre un univers carcéral où tout objet de différenciation – apparence, langage, identité, vêtement – est impitoyablement effacé. Cette vision de l’égalité poussée à l’extrême fait d’autant plus froid dans le dos qu’elle préfigure le goulag. Si les six autres nouvelles du recueil n’atteignent pas toutes l’excellence, certaines pouvant même paraître anecdotiques, elles n’en demeurent pas moins émouvantes ou grinçantes, en particulier « Le Baiser oublié », qui a su caresser par sa justesse et sa simplicité la fibre sensible du chroniqueur.

            Une dernière fois, saluons le travail d’exhumation de Viktoriya et Patrice Lajoye, car même s’il n’est totalement inconnu dans nos contrées, Alexandre Kouprine (1870-1938) mérite bien ce rappel. Espérons que Le Soleil liquide ouvrira la voie à d’autres (re)découvertes, récompensant ainsi les efforts des deux anthologistes.


Laurent LELEU
Première parution : 1/4/2014 dans Bifrost 74
Mise en ligne le : 25/3/2020


 
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